Bertrand Damien Bertrand Damien 24 juin 2006 22:40

Bon, une première petite précision : Orange n’est pas le premier opérateur français a avoir commencé à déployer du FTTH. C’est déjà le cas depuis 2 ans sur Pau, à travers le projet Pau Broadband Country, et son opérateur local IPV7. Projet initié et lancé par le défunt Sénateur-Maire Labarrère.

La question « a-t-on besoin de 100 Mb, quelles sont les applications etc... » est une question en réalité sans objet. On me l’avait posée lorsque je faisais il y a 2 ans une conférence à Bruxelles pour le FTTH Council EMEA. J’avais alors répondu par une annecdote, que voici :

Quand j’habitais dans une petit appartement de 25 m2 en ville, lorsque j’avais une vingtaine d’année, mes affaires et mon mobilier étaient à la dimension de l’appart : riquiqui. 20 ans plus tard, j’habite à la campagne et je dispose de 500 m2, en comprenant les combles utilisables. Guess what ? Tout l’espace est occupé. Et si je devais vivre maintenant dans une cabanne au fond du bois, je m’adapterais en conséquence.

Mais voilà, la nature a horreur du vide, disais-je à mon auditoire. Une façon de dire que la question est « irrelevant » : donnez-moi 100 mb, et je remplirai les tuyaux avec de nouveaux usages, que les utilisateurs s’empresseront d’inventer eux-mêmes.

Chose par ailleurs prouvée au Japon, ou Softbank a déjà 4 millions d’abonnés en FTTH, ou bien Fastweb en Italie et ses 1,5 millions d’abonnés.

La vitesse de son implémentation à grande échelle, inévitable, est conditionnée par la combinaison des 3 facteurs clés :

- maturité technologique, coûts et retour sur investissements (le coût à l’abonné en fibre est actuellement situé entre 500 et 1500 euros, selon qu’il existe ou non des conduits vides où souffler de la fibre)
- maturité marché : c’est à dire l’existence d’un ou de plusieurs champions qui auront un intérêt particulier à déployer (logique d’aménagement du territoire comme à Pau, ou bien logique de compétitivité industrielle). Cette maturité marché peut-être largement influencée par des facteurs de substitution : par exemple, le prix du pétrole par exemple augmentera énormément les usages de services « télécommunicants » pour éviter de prendre sa voiture
- maturité sociale, c’est à dire la sensibilité des consommateurs à l’innovation et aux nouveaux services, sensibilité qui dans le monde des télécoms est largement tirée par les jeunes générations dans le marché résidentiel, ou bien par les besoins des entreprises

Alors oui, l’ADSL a rendu service, en permettant l’explosion rapide du haut-débit sur une infrastructure de boucle locale déjà amortie (le cuivre). Mais non, l’ADSL ne suffit pas, pas plus qu’il ne répond véritablement à la fracture numérique. Dans ma campagne, j’ai l’ADSL (maximum 2 Mb), mais mon voisin à 50 m ne peut pas en bénéficier, parce que son cuivre est partagé sur le même MCU de France Telecom avec son proche voisin, comme 5% de la population française, ce qui permet à chacun d’avoir du téléphone RTC, mais pas d’ADSL, et qu’ils devraient débourser de leur poche quelques centaines d’euros pour que ça change. Le service du haut débit homogène pour tout le monde via d’ADSL est un mirage.

Selon la situation géographique, la densité de population, la volonté politique des collectivités locales et la volonté industrielle des opérateurs de télécoms, etc etc, de multiples boucles locales concurrentes vont se développer. Du xDSL, du Wimax, de la Fibre, du cable HFC, du WiFi meshed, de la 3G HSPD etc. Mais seule la fibre optique dispose du réservoir technologique et économique permettant de continuer la course à la bande passante. Une fois que la fibre est tirée, on se contentera de changer les équipements actifs de réseau pour continuer à accroitre ses capacités. Toutes les autres technologies sont intrinsèquement limitée.

C’est pourquoi la fibre optique est le seul choix qui vaillent pour investir sur le long terme et créer des infrastructures qui seront encore viables dans 40 ans.

Et n’oubliez pas : pour une entreprise qui veut s’implanter, disposer d’artères gibabits au même prix que du SHDSL sur cuivre de quelques 20 Mb, c’est un critère aussi important que la proximité d’un aéroport, de crèches pour les enfants de ses employés, de commerces de proximité et de voies de communication en bon état.

Salutation, Bertrand.


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