Pierre Chauveau (---.---.97.33) 25 juin 2006 10:15

J’adhère totalement au commentaire de Bertrand concernant les avantages indéniables de la Fibre optique par rapport à la panoplie actuelle de moyens de se connecter à Internet dans un futur proche.

Nos hommes politiques, de toutes tendances, prennent des engagements pour répondre à l’attente des jeunes particulièrement sensibles à ces discours. La fibre optique, sera-t-elle un nouvel enjeu politique ?

Compte tenu des multiples initiatives dans ce domaine, tout porte à le croire. Qu’il faille prendre de l’avance en France en matière d’accès très haut débit, il y a consensus sur le sujet. Pourtant, sans décision volontariste, nous risquons fort d’être les derniers à franchir à grande échelle les étapes de l’après-ADSL.

Plutôt que des initiatives individuelles, teintées d’électoralisme, ne serait-il pas souhaitable d’organiser un grand débat national si nous voulons que notre pays, qui a déjà raté bien des trains technologiques majeurs, par frilosité, conservatisme et vision à court terme du futur, puisse être dans 10 ans en tête de la compétition numérique mondiale.

En revanche, le déploiement du très haut débit sur tout le territoire nécessite des investissements considérables, sans commune mesure avec le haut débit actuel. L’IDATE estime l’investissement nécessaire à 10 milliards d’euros pour couvrir les 40% de la population des zones urbaines et à près de 30 milliards d’euros pour couvrir également les 60% restants.

Seule solution pour supporter ces investissements colossaux : la mutualisation des coûts entre les opérateurs. Deux options sont a priori identifiables et compatibles avec la réglementation, explique l’Idate. "On peut imaginer la création de joint-ventures à l’initiative des opérateurs privés qui décideraient de partager les investissements et d’assumer conjointement le risque particulier propre à ces zones. La mutualisation peut être intégrale ou limitée au partage du génie civil ou des fibres noires. Il est cependant probable que dans de nombreux cas, le concours des collectivités locales sera recherché.

Celui-ci peut se concentrer sur la fourniture d’infrastructures ou s’inscrire dans le prolongement des nombreuses DSP mises en oeuvre ces derniers mois pour dégrouper les centraux et étendre la couverture des offres DSL. Dans ce dernier cas, les nouveaux réseaux sont conçus comme des infrastructures ouvertes et partagées. Leur financement (incluant une subvention publique), construction et exploitation sont délégués au terme d’une mise en concurrence à l’opérateur ayant fait la meilleure offre. Tous les opérateurs et fournisseurs de service sont égaux dans l’usage des ressources (fibre noire ou bande passante) du réseau d’accès ainsi mis en place."

Par ailleurs, l’Idate réclame que le secteur soir régulé, afin de stimuler la concurrence. Ce qui ne plaira pas forcément à l’opérateur historique. France Télécom a ainsi à plusieurs reprises déclaré qu’en contrepartie de ses investissements, il entendait ne pas partager dans un premier temps son réseau.

Cette vision qui n’est pas partagée par l’Arcep, le régulateur des télécoms. "Un scénario de développement de fibre dont les modalités conduiraient, de droit ou de fait, à une re-monopolisation du marché du haut débit professionnel, ne serait pas conforme aux objectifs fondamentaux de la régulation. A moyen terme, tant les entreprises individuellement que la compétitivité de la France dans son ensemble, en paieraient le prix.

Bruxelles partage l’approche de l’Arcep, Angela Merckel a en effet déposé une proposition de loi au Bundestag prévoyant une situation concurrentielle privilégiée pour Deutsche Telekom sur le très haut débit. Une idée qui a fortement déplu à Bruxelles, qui, estimant l’avantage injustifié, a ouvert une procédure. Viviane Reding, dans un communiqué publié en mai dernier, avait déclaré « Si le parlement allemand devait suivre le projet de loi gouvernemental, je serais déterminée à ouvrir une procédure pour infraction contre l’Allemagne ».

Par ailleurs, quand l’Idate recommande « le concours des collectivités locales » et « prolongement des nombreuses DSP mises en oeuvre ces derniers mois pour dégrouper les centraux et étendre la couverture des offres DSL. », la réponse de ces dernières est sans appel : « L’accès à Internet dans des conditions de navigation acceptables devient indispensable et l’engagement des collectivités dans ce but prend tout son sens. Il n’en est pas, à notre avis de même des services justifiant le très haut débit comme la télévision à la demande ou les jeux en réseau qui restent des usages de loisirs pour lesquels une collectivité ne doit pas nécessairement s’engager. »

A la lecture de cette phrase, on mesure le fossé qui existe entre les attentes des consommateurs et la vision des politiques. La stratégie est claire, 2 Mégas ça suffit bien pour faire de l’Internet !

Pour le reste « la position consiste à adopter une attitude prudente tout en anticipant la généralisation du très haut débit qui reste malgré tout un scénario probable à moyen terme. » Source courrier du Conseil Général du Loiret.

Ces quelques réflexions révèlent le fossé qui existe entre les « bonnes » intentions et notre capacité de mise en œuvre de ce qui constitue une priorité nationale au même titre que la construction de l’infrastructure routière ou l’évolution du système éducatif...


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe