armand (---.---.135.251) 24 juin 2006 00:08

Très intéressante, cette discussion. Je prends souvent le bus à Paris, moins le métro et, oui, je l’avoue, j’aime être entouré d’inconnus, les regarder, être regardé, entendre leurs conversations, éventuellement échanger des propos sur le temps,etc. C’est le propre d’une sociabilité partagée, du partage d’une zone temporaire, neutre, où on a physiquement affaire à des personnes qui, le plus souvent, ne relèvent pas de notre famille, collègues ou bande de copains. Et je trouve que l’abus du portable met à mal cette neutralité. Comme je l’ai dit à une jeune fille dans un train qui parlait fort dans son téléphone, et qui me rétorquait « on est dans un lieu public » lorsque je lui ai fait des remontrances, « Justement, vous privatisez le lieu public ». Certes, il y a des utilisateurs de portables, le plus souvent jeunes et connaissant bien leur outil, qui parlent vite, efficacement, et on n’entend presque rien. Je ne veux pas paraître sexiste,(oui, je suis contre les femmes, mais tout contre...)mais souvent ce sont des jeunes femmes qui prennent le parcours complet d’une ligne de bus pour leurs conversations interminables. Et il m’arrive parfois de faire remarquer que « ça ne m’intéresse pas vraiment, ce que vous racontez ». Une fois, comme on m’a répondu vertement, j’ai menacé de confisquer le joujou et de le rendre à la descente.(Je sais vivre dangereusement, j’ai eu un échange beaucoup plus vif avec un balèze du Sénat en costume sombre qui beuglait des inepties sur les récentes élections). Interprétation ? Celle qu’on lit et qu’on entend partout : la recherche de l’entre-soi et la méfiance, voire la peur, qu’inspire l’inconnu. Ainsi on reste branché sur sa tribu, sa famille, son chéri, permettant d’envoyer un signal autour : « Vous ne les voyez pas, mais ils sont là, ils me protègent ! » La séduction en prend un coup:plus guère de mystérieuses inconnues avec qui échanger un regard en coin, en deux minutes on sait déjà tout de leur situation de couple !On a longtemps pensé qu’au Moyen Age les gens étaient impudiques et n’étaient pas génés par la nudité, et puis on s’est rendu qu’il s’agissait le plus souvent de nobles qui se déshabillaient, se baignaient, et même copulaient devant des domestiques : ces derniers, pour eux, n’existaient pas en tant qu’êtres humains. J’ai peur que nous assistions à un processus analogue : en dehors de sa tribu, les autres n’existent pas.


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