abelard 23 avril 2012 13:42

Bonjour à tous,

Je suis évidemment très déçu par le score obtenu hier soir par le Front de Gauche...
Mais, après avoir passé la nuit à réfléchir, j’ai envie de vous faire partager les fruits de mes cogitations et d’essayer de sortir des sentiers battus.

On pourrait analyser les résultats d’une façon très différente de celles que je lis ici ou que l’on entend dans la presse ozordres :

France libérale : FH + NS + FB = + de 60%

France anti-libérale : MLP + JLM + extrême gauche + une partie des verts = + de 30%

Bien sûr j’ai conscience qu’ajouter les voix des deux fronts va faire hurler dans le Landerneau... Permettez moi de m’expliquer :

Le libéralisme se décline depuis toujours sous deux aspects : le libéralisme politique et le libéralisme économique.
Or l’un ne peut aller sans l’autre et selon les analyses des courants philosophiques représentés par JC Michéa et d’une certaine façon par O. Todd ils concourent tous les deux, et de façon logique, à la victoire de l’individualisme, la destruction des solidarités sociales traditionnelles pour le plus grand profit du capitalisme mondialisé.

On pourrait alors dire que le FN représente l’anti-libéralisme politique, mais il lui manque l’anti-libéralisme économique. Historiquement l’extrême droite s’est toujours ralliée au grand capital international. Et ce n’est pas la conversion toute récente de l’héritière Le Pen aux thèses de l’opposition aux marchés qui peut nous convaincre de sa sincérité. Il suffit de relire les programmes économiques des Le Pen depuis la fondation du FN pour comprendre que l’extrême droite au pouvoir sera la victoire de « Goldman sachs ».

Le Front de Gauche, lui, est l’émergence en France d’un anti-libéralisme économique radical. La guerre totale contre la toute puissance de la finance est en effet absolument nécessaire... Mais elle n’est pas suffisante si elle reste engluée dans le libéralisme politique. L’idée de « progrès » si elle ne s’appuie pas sur la solidarité nationale issue de notre histoire, de notre culture et de nos traditions n’est que fuite en avant... La France, cette puissance mondiale de premier plan, ne peut se montrer généreuse et accueillante que si elle se réconcilie avec elle même, que si elle offre aux yeux du monde le spectacle d’une société solidaire, fière de sa culture unique et millénaire.

Pour un anti-libéral convaincu, le score élevé du FN au premier tour n’est donc pas une catastrophe, c’est un continent proche à conquérir.
En effet, je ne crois absolument pas que 20% de mes concitoyens soient tombés dans cette insulte à l’intelligence qu’est le racisme. Je crois plutôt qu’il s’agit d’un phénomène que j’ai envie d’appeler le « paradoxe de Timsit ». Souvenez vous du film de Colline Serreau intitulé « La crise » : le personnage joué par Patrick Timsit y éructe un discours d’un racisme écoeurant... Avant d’aller partager le couscous avec ses amis « Abdel » et « Mouloud ». Et à celui qui s’étonne d’un tel grand écart Timsit répond : « Eux, ce n’est pas pareil, c’est la famille... »

Quand je réfléchis à la proposition du Front de Gauche de régularisation de tous les travailleurs sans papiers, je me dis qu’elle est absolument pertinente du point de vue économique : il s’agit d’éviter la concurrence entre les travailleurs en donnant aux « sans papiers » les mêmes droits qu’aux ouvriers français... Mais c’est aussi une erreur due au libéralisme politique : les droits distribués à de nouveaux arrivants ne partageant ni nos valeurs, ni nos réseaux de solidarités traditionnels sont vécus comme une agression par les populations concernées.

... En tant qu’auteur scénariste je m’aperçois que je me suis toujours battu contre la dilution de notre culture et de nos traditions dans un modèle soit disant « moderne », « international », qui n’est en définitive que l’imposition de la sous culture américaine et de ses valeurs libérales. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait de général que du particulier, c’est à dire qu’un film comme « Stromboli » de Rossellini qui ne traite que d’un petit village de pêcheurs parle à l’humanité toute entière pour la cette raison même.

Alors amis de gauche, chers camarades, encore un effort. L’idée socialiste est la seule qui mérite que l’on se batte pour elle. Mais retrouvons le sens du socialisme des origines, radicalisons nous, combattons en nous ces restes de libéralisme politique qui nous empêche encore d’être majoritaires...


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