Patrick Adam Patrick Adam 8 août 2006 09:12

@ Akad-émiquement à côté de la plaque

Si je n’ai de mépris ni pour les Libanais, ni pour les Israéliens, ni pour les Iraniens, les Syriens ou tout autre peuple, j’en éprouve de plus en plus pour ceux qui, (de toute obédience), tentent de faire régner un terrorisme intellectuel, dans nos débats.

Apprenez une bonne fois pour toutes que critiquer n’est pas « mépriser », et encore moins « haïr » comme je le lis chaque jour dans ces lignes. Ne dit-on pas « qui aime bien châtie bien » ? Critiquer l’autre, c’est s’y intéresser et, si la démarche est entreprise de façon honnête, c’est aussi se mesurer à l’autre et en apprendre sur soi-même.

M’immerger dans un pays de culture musulmane m’a beaucoup appris sur ma propre culture, à la fois pour comprendre un peu mieux ce qui fait sa richesse mais aussi pour mieux en percevoir ses défauts et ses contradictions. Ce qui, automatiquement, induit la réciprocité de la démarche.

Etes-vous, vous-même, en train de faire un travail analogue ? J’en doute. Vous passez votre temps à rejeter ce qui va mal chez vous, sur le dos des autres. Vous vous proclamez plus blanc que blanc et vous justifiez l’injustifiable.

J’en ai marre de voir des gens qui défilent en France pour réclamer toujours plus de droits (ce qui est normal) et qui soutiennent (de loin) des régimes qui chaque jour en suppriment un peu plus à leur peuple. Et c’est le sens la plupart de mes articles et de mes commentaires. Ils n’ont pas été écrits dans un autre but.

L’islam doit se réformer s’il veut s’intégrer à la modernité. S’il refuse cette modernité, il n’a qu’à le dire clairement et apprendre à parler d’une seule voix pour savoir où nous allons devoir mettre les pieds. Je ne suis pas le seul à parler ainsi et j’ai le droit de le dire, même sans être musulman, que ça vous plaise ou non. Procurez les beaux textes du philosophe égyptien Fouad Zakariya, notamment le recueil d’articles intitulé « Laïcité ou islamisme - les Arabes à l’heure du choix ».

Eh oui, M. Akad, il va bien falloir se résoudre un jour à choisir. Je sais, choisir est parfois douloureux car tout choix induit un rejet, donc une déchirure. Et ce choix, personne ne peut le faire à votre place. Plus vous attendrez, plus ça sera douloureux.

Je vous concède cependant que la politique étrangère américaine d’aujourd’hui n’est pas faite pour inciter les Arabes à faire ce travail sur eux-mêmes. Je ne cautionne en aucune façon ni leur idéologie dominatrice, ni leur façon expéditionnaire de procéder chez les autres, surtout quand ils font faire le sale boulot par autrui.

Pour ce qui est de Michel Aoun, laissons les opportunistes avec les opportunistes. Je pense que vous n’alliez pas chez lui puiser vos citations quand il était l’allié d’Israël pour nettoyer les camps palestiniens de Sabra et Chatilla. Alors pourquoi l’appeler aujourd’hui à la rescousse ? Michel Aoun est resté le même. Il tient à revenir sur le devant de la scène politique libanaise et pour lui tous les moyens sont bons, même de s’allier momentanément avec le diable. De plus la phrase que vous citez est significative de la valeur morale du personnage. Lui, on ne peut pas dire que ce soit un « résistant ».

Et si, comme vous le dites, « le gouvernement Le gouvernement libanais [...] appuyait le plan franco américain et la résolution 1559 » pourquoi n’a-t-il pas levé le petit doigt depuis deux ans pour l’appliquer ? Pourquoi n’a-t-il rien fait pour désarmer le Hezbollah et déployer dans le sud du pays et le long de la frontière syrienne une armée nationale ? Pourquoi les pays arabes ne l’ont-ils pas aidé à constituer cette armée ? Non, c’est toujours aux Européens de payer, pour en retour se voir être traités de lâches ou d’incompétents.

Quoiqu’il en soit, je ne sais pas si vous l’avez remarqué en lisant mon texte sur la possible utilisation par Israël d’armes prohibées, je suis loin de me ranger aveuglément derrière ce pays et ses méthodes (et encore moins derrière les Américains), et je rappelle chaque fois qu’il m’en est donné l’occasion que, pour moi, le mythe de la « Terre promise » est une belle escroquerie qui n’a pas fini de faire des dégâts.

Mais n’est pas ce mythe qui est repris de façon toute aussi farouche dans la notion de « terre sacrée » si chère aux Arabes ? Les dirigeants israéliens ont fini par comprendre que ce mythe du « Grand Israël » les conduisait à la catastrophe et ils l’ont peu à peu abandonné. On attend la mêm démarche en face.

Le conflit au Proche Orient ne pourra pas être résolu tant qu’une des deux parties refusera d’adopter un langage clair. Explicitement... Implicitement... Y a en marre de ces vieilles conneries de débiles. Je te tends la main le matin et je te crache à la figure le soir. Le Hamas reconnaît-il oui ou non Israël ?

Arafat l’avait fait en son temps et cette attitude responsable l’avait conduit au bord de la paix. Il s’est heurté alors à l’intransigeance aveugle d’une partie de ses troupes concernant le retour des réfugiés. Il savait bien que s’il rentrait parmi les siens en ayant lâché d’un pouce sur ce point, il n’y aurait pas survécu ni politiquement, ni physiquement.

La question des réfugiés reste aujourd’hui le nœud du problème. Ceux qui s’arc-boutent sur ce « principe » savent très bien que leur attitude empêchera toujours l’amorce d’un règlement viable pour tous. Et telle est bien leur intention : ce qu’on ne gagne pas sur le terrain, on le gagne avec le temps...

Patrick Adam


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