easy easy 13 décembre 2012 11:36

Autrefois, certains entreprenaient tôt de construire leur mausolée.
Ils étaient puissants, disposaient de serfs et leur édifice était alors en quelque pierre.

Depuis 1789 que l’égalitarisme a mis dans l’idée de tout un chacun qu’il avait le droit à un traitement de prince et le devoir d’épater en prince, chacun veut son mausolée.
Bien des épiciers et fabriquants de lampes ont réussi à s’en bâtir d’assez important dans les cimetières du XIXème siècle. Mais ces mausolées ont viré de plus en plus au cénotaphe depuis que le Taj Mahal est connu et depuis les monuments aux morts sans squelette.
Ont surgi des cénotaphes en forme de collections de tableaux, de sculptures, de Palais Idéal, de Sagrada Familia, d’autobiographies et autres tours d’acier. La musique distribuée sous forme de duplicat s’est ajoutée à ces possibilités.




Depuis Internet, les gens ont la possibilité de se construire un cénotaphe immatériel. Ce sont les fauchés qui foncent sur cette opportunité car les millionnaires s’en tapent complètement et continuent de marquer le monde de tas de ferrailles.



Je pense que dans le Père-Lachaise virtuel en construction, celui de Dugué sera remarqué au moins pour avoir été un des premiers du genre.

Ceux qui plus tard le fouilleront ne seront certainement pas foudroyés par quelque mort subite car les mausolées virtuels sont carrément conçus pour être constamment visités. Je pense qu’ils trouveront ça aussi sympathique que généreux qu’intéressant.



Cette forme hyper cénotaphique où seule compte la pensée du défunt telle qu’elle était de son vivant (avec ses périodes, ses humeurs, ses dimensions aussi bien bestiales que divines) cette forme virtuelle infalsifiable est, il me semble, la meilleure.
Je pense que Newton aurait largement préféré cette forme à celle d’un énorme bazar de pierre où sa pensée aurait été finalement tronquée, utilisée, récupérée, transformée, déformée et surtout exclusivement divinisée.





Il y a 20 ans, avait existé dans l’idée-en-l’air, un concept selon lequel les cimetières seraient constitués de tombes d’allure classiques mais avec un bouton. En appuyant sur ce bouton le visiteur aurait fait surgir une image holographique du défunt et aurait pu papoter avec lui ou au moins l’entendre parler en son époque.
Or, le mausolée que se prépare notre ami Dugué se passe du moindre funéraire physique afin que n’importe qui dans le monde, depuis ses pénates, puisse le visiter à n’importe quel moment de sa convenance.




Face au champ infini de ces mausolées virtuels qui sont en train d’être édifiés, les visiteurs du futur auront deux entrées possibles :
Soit il y entreront par « Au fait, j’ai entendu parler de Dugué, je vais visiter sa pensée sur tous sujets ».
Soit ils y entreront par « Ah, Me voici devant un haricot, voyons ce que des anciens en pensaient » et de ne découvrir alors Dugué que par hasard et en ce qu’il pensait de la plante.

Peut-être y aura-t-il une autre heuristique conduisant à son mausolée mais pour l’instant je ne vois que ces deux là, celles du Google actuel.




Arrive le point de l’interactivité entre le visiteur et le défunt qui n’est pas facile à résoudre. Comment être immortel au moins en tant que penseur ?
Pour l’instant, la seule réponse possible qu’exploite très bien Dugué, consiste bêtement à s’exprimer sur tout, à répondre par avance à toutes les sortes de questions possibles que lui poserait le visiteur du futur.
Le visiteur d’aujourd’hui n’ayant évidemment aucune importance dans ce projet.



Enfin, dernier point à régler par celui qui se meurt pour que son entreprise ait du sens, il doit au moins escompter qu’il reste des Hommes sur Terre, sinon des Hommes au moins quelque entité capable d’apprécier ces visites hyper cénotaphiques et il doit espérer que ses survivants soient curieux.
Son discours prophétique doit traiter l’eschatologie mais il ne doit pas y croire.


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe