BA
27 avril 2013 19:15
La France est en faillite,
l’Italie est en faillite, l’Espagne est en faillite, mais au moins l’Espagne,
elle, elle a le mérite de truquer ses chiffres !
Le problème, c’est que tout le monde sait que l’Espagne
truque ses chiffres !
Samedi 27 avril 2013 :
Espagne : les chiffres officiels mis en doute.
Peut-on encore croire les chiffres donnés par l’Espagne ? Le
gouvernement espagnol a revu à la baisse ses objectifs de déficit et ses
prévisions de croissance pour les trois prochaines années lors du conseil des
ministres du vendredi 26 avril. Pour reprendre les termes de la numéro deux du
gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, le gouvernement a "réordonné ses
chiffres".
Mais pour certaines données, comme le déficit prévu en 2014,
(5,5 % selon Madrid), le gouvernement reste encore très au-dessous des
prévisions de Bruxelles ou du Fonds monétaire international (FMI), qui
l’estiment respectivement à 7,2 % et 6,9 % du PIB.
Or l’expérience passée impose la méfiance. Les chiffres du
déficit de 2011 ont été revus à la hausse à trois reprises l’an dernier. Le
dérapage de trois régions et l’ajout de factures non payées avaient finalement
porté le déficit de 8,5 % prévu initialement à 9,4 %...
Pour 2012, il semble déjà que l’histoire se répète. Les
chiffres que le gouvernement a publiés en février ont été contredits par
Eurostat un mois plus tard : estimé à 6,7 % du PIB selon Madrid, le déficit
serait en fait selon l’institut de statistiques européen de 7 %.
L’opposition soutient qu’il n’est pas impossible que ce
chiffre soit encore inférieur à la réalité. En mars, le porte-parole économique
du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Saura, avait accusé le
gouvernement de « maquiller les comptes » en gonflant de 10 milliards
d’euros les revenus publics perçus en 2012. Selon lui, le gouvernement aurait
notamment retardé les remboursements des trop-perçus d’impôts afin qu’ils
soient comptabilisés sur 2013 au lieu de 2012.
Ces accusations s’ajoutent aux doutes exprimés par certains
économistes. La Fondation des études d’économie appliquée (Fedea) a relevé
certaines données inexplicables, « bizarres » même, lors de la
présentation du dernier rapport de l’observatoire fiscal des régions autonomes,
le 18 avril.
L’économiste Juan Rubio-Ramirez, professeur à l’université de
Duke, s’est étonné que les dépenses courantes en biens et services aient chuté
de 38 % en Cantabrie et de 26 % en Castille-La Manche et aux Baléares. Selon
lui, pour parvenir à une telle réduction des dépenses, ces régions auraient dû
fermer une grande partie de leurs établissements scolaires et hôpitaux, ce qui
n’a pas été le cas.
Les régions dans leur ensemble sont parvenues à baisser leur
déficit de 3,31 % à 1,73 % en 2012, selon le gouvernement.
Plus étonnant est l’effort qu’aurait réalisé la Castille-La
Manche, baissant son déficit de 7,8 % à 1,5 % en un an...
Faute d’explications détaillées par le gouvernement,
difficile de savoir si ces résultats sont bien réels, s’ils sont erronés ou si
ce sont les résultats des années précédentes qui ont été gonflés.
Quoi qu’il en soit, les doutes sont là, comme en témoigne
l’avertissement de l’agence de notation Moody’s. Le 9 avril, elle a maintenu la
note de l’Espagne, Baa3, avec une perspective négative, en avertissant que
"les révisions répétées des chiffres, ajoutées au manquement répété aux
objectifs fixés, détériorent clairement la crédibilité du plan de rigueur
espagnol."
Vendredi, le ministre de l’économie, Luis de Guindos, a
insisté sur la fiabilité des nouvelles prévisions macro-économiques, qu’il a
qualifiées de « très conservatrices ». Pourtant certaines données n’ont
pas manqué d’étonner la presse.
C’est le cas du taux de chômage prévu en 2013 : 27,1 %, un
taux que le pays a déjà atteint au premier trimestre, selon l’Institut national
de statistiques. Or si la récession est effectivement de 1,3 % du PIB cette
année, comme l’affirme le gouvernement, il semble peu probable que le chômage
n’augmente pas encore.
"La chute de la croissance, le chômage qui ne cesse
d’augmenter, tout cela témoigne que ce dont souffre l’Espagne n’est pas une
récession mais une dépression, souligne l’économiste en chef d’Intermoney, José
Carlos Diez. Le gouvernement devrait le reconnaître pour défendre auprès de ses
partenaires européens la mise en place d’une politique de croissance."
http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/04/27/espagne-les-chiffres-officiels-mis-en-doute_3167715_3234.html
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