velosolex
20 février 2018 22:38
Une des plus belles pages de Guerre et paix est ce passage où le prince Pietr est fait prisonnier des troupes napoléoniennes. Promis à la mort, affamé, un pauvre clochard lui offre une des deux pommes de terre qu’il a pu sauver.
Alors ce prince qui a toujours vécu dans la luxe fait l’expérience du suprême..
.Sauvé, il se rappellera toujours du gout somptueux de cette pomme de terre, et surtout celle de la noblesse de cœur de l’homme qui lui sauva ainsi la vie, et changera à jamais ses paradigmes.
Il m’est arrivé moi aussi d’avoir vraiment faim. De ne plus penser qu’à cela, encore plus que du froid intense. C’était lors d’un retour homérique par la route en stop des indes, en hiver, avec pas un sous en poche, alors qu’il faisait moins trente degrés près de la frontière russe.
Un camionneur bulgare me prit dans son semi remorque, après que nous eûmes mis les chaines aux roues, et me donna enfin du potage au chaud de la cabine, et après avoir mis le feu sous le camion, pour faire fondre les congères..
Il m’apprit l’alphabet cyrillique avec les lettres en vermicelle.
Voilà le meilleur repas que je fis, mélangeant culture, et extase, en repensant au prince Pietr, à « guerre et paix »....
Je venais d’avoir 21 ans. Je me sentais vieux. Et tout autant très jeune. Ma vie était entre hors d’’oeuvre, poire et dessert. Depuis, mon sens du luxe, à moi aussi changé.
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