Manuel Atreide
23 novembre 2007 11:18
@ l’auteur ...
j’arrive un peu après la guerre, et comme ce papier risque de disparaitre de la une, je crois bien que mon intervention sera pour une fois destinée (presque) à vos seuls yeux.
Pourquoi pas après tout, c’est une occasion rare de pouvoir écrire un petit mot à l’un des maitres de notre pouvoir médiatique. Ne voyez pas dans cette phrase une quelconque rancoeur ou un désir frénétique de vous cirer les pompes. Non, je ne fais que constater froidement votre situation : interviewer quotidien sur RTL, vous intervenez aussi quotidiennement sur canal, sans oublier que vous dirigez l’une des deux « grand-messes » politiques, le grand jury RTL - sponsor partenaire -sponsor partenaire.
Que vous le vouliez ou non, vous êtes désormais tout en haut de l’échelle, parmi cette petite élite qui s’exprime quand elle le souhaite dans les médias, n’importe quel média, à peu près n’importe quand, et sur n’importe quoi. Vous êtes attendu, le public vous demande, les politiques sont suspendus à vos lèvres, les patrons de médias vous sollicitent. Littéralement, votre parole vaut de l’or.
Cette situation doit être grisante. Vous avez beaucoup travaillé, pendant des années, et vous touchez enfin la récompense de toute cette énergie dépensée, ces nuits à se lever à pas d’heure pour aller bosser à RTL quand tout le monde dort. Vous vous sentez reconnu. Aimé ? Oui, peut être aussi, aimé. Mais surtout reconnu pour la qualité de votre travail. Fier de ce parcours, vous devez être. Légitimement fier. On le serait à moins.
Jusque là, est ce que je me trompe ? Allez, pas de beaucoup je crois.
C’est vrai que les commentaires de vos billets sur le net tranchent sans doute désagréablement avec ce quotidien où vous passez de radio en journal, de salle d’interview en plateau télé. Ici, la critique est acerbe, nerveuse, exigeante, excessive, fielleuse, mauvaise, frénétique, sectaire et j’en passe. Elle est tout cela à la fois. Et sans doute, pire encore.
Je comprends votre réflexe. Pourquoi continuer dans ce cas, alors que vous vivez dans un monde qui s’incline devant votre talent et qui vous suffit largement ? Pourquoi poursuivre l’exercice et se retrouver avec des commentaires en forme de lazzis et sifflets ? Pourquoi grand diable ne pas renoncer à cette expression insignifiante et regagner votre monde médiatique exigeant mais brillant, drôle, qui vous veut et vous réclame ?
Peut être parce que vous savez qu’il y a du miroir aux alouettes dans ce monde ?
Nous le savons tous, c’est difficile de faire face à la critique. C’est dur de voir son boulot discuté pinaillé, déchiré, c’est pénible de voir un texte mis en pièce alors qu’on a souvent envie d’y mettre le meilleur de nous même. Alors, pourquoi continuer ? Je voudrais vous soumettre quelques remarques. Qui sait, vous y trouverez peut être matière à alimenter votre réflexion.
Vos textes sont-ils tous à ce point bon - à vos yeux - que toute critique ne peut être qu’injuste ? Bon journaliste, vous l’êtes. Mais avez vous atteint ce divin stade de la perfection du commentaire politique ?
Pour qui exercez vous votre métier ? Pour les gens que vous croisez tous les jours et qui vous connaissent ? L’équipe de RTL ? de Canal ? Ou faites vous votre métier de journaliste pour vos auditeurs, les anonymes, ce qu’on ne voit pas et qu’on n’entend pas à la radio ou à la télé ? Ici, vous en avez quelques uns. Des teigneux, des chiants je vous l’accorde. Mais ici (sur le web, j’entends), vous avez une prise directe avec eux. n’est ce pas cela que vous cherchez, pour au moins accepter que vos billets soient parfois publiés sur agoravox et ailleurs ?
Dans toutes ces critiques qui viennent commenter vos papiers, il y a le pire, c’est vrai. Il peut aussi y avoir le meilleur. Certains commentaires publiés plus haut sont pertinents, justes, parfois écrits avec un talent incroyable. Certains commentateurs sont de vraies plumes. Un Forest Ent possède une capacité de réflexion, d’analyse, une volonté de fouiller et de construire des papiers sérieux que même vous, ne devez pas croiser tous les jours.
Le web est -entre autres - une vaste caisse de résonnance où se croisent la parole de tout un chacun. Ne commettez pas l’erreur de croire qu’il n’y a aucun talent, personne de valable en dehors de votre cercle de pouvoir, si brillant soit-il. Dans les vastes ténèbres du monde extérieur se trouvent aussi intelligence, culture, pertinence.
Alors oui, c’est peut être dur de se voir mis au même niveau qu’un rédacteur lamba d’agoravox quand on est un Jean Michel Aphatie. L’égo en prend peut être un coup. On doit avoir le sentiment de retomber dans cette fange de laquelle on a mis tant de temps à s’extraire. Cette réalité collante et un peu boueuse qui fait si vite tache sous les spotlights des plateaux de télévision. Mais c’est dans cette même réalité un peu banale, parfois sordide que vous puisez votre légitimité. C’est ici que se trouvent les racines de votre succès, l’origine de votre « pouvoir », la justification de votre position.
Oubliez cela ne serait-ce qu’un instant et vous chuterez si vite que vous n’aurez pas le temps de réclamer une seconde chance. Les exemples de tels faux-pas sont nombreux. Coupez vous de « la base » et vous perdrez tout. Honneurs, renommée, fortune, tous ces mots seront à conjuguer au passé.
Je sais que vous savez tout cela. Je sais que vous n’avez nul besoin qu’un petit commentaire sur agoravox vienne vous rappeler cette vérité. Je sais aussi, parce que vous êtes humain, comme moi, qu’une piqure de rappel n’est jamais mauvaise. Vous êtes un homme intelligent, brillant, plaisant à écouter. Vous faites du bon boulot. Pas toujours, quand même.
Laissez la critique se faire. laissez votre public dire ce qu’il a envie de dire. Tirez-en les enseignements. Profitez de cette chance que vous avez de voir votre travail analysé et disséqué, pour l’améliorer sans cesse. Pour être encore meilleur. Votre public est autre chose que de l’espace cérébral disponible pour des annonceurs. Ne l’oubliez pas, ou le retour de bâton pourrait être terrible.
Allez, on ne va pas se quitter sur une telle gravité. un p’tit clin d’oeil, une petite tape sur le dos, un sourire en coin. Au plaisir de vous lire bientôt sur agoravox. Car ici, contrairement à la télé ou à la radio, j’ai le plaisir non seulement de voir un pro à l’oeuvre, mais aussi de lui dire son fait quand l’envie m’en prend.
C’est chiant un public, non ?
Manuel Atréide.
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