Pierre Régnier
22 octobre 2008 23:09
@ jeanclaude.
Vous ne me fatiguez pas. Depuis 15 ans que j’essaie d’amener les croyants du monothéisme à sortir la tête du sable je suis de plus en plus indigné par l’entêtement de leurs institutions à les maintenir dans l’égarement, mais je ne suis pas fatigué (bien qu’ayant, non plus 69 ans comme le dit toujours Agoravox mais maintenant 70). Je peux même dire que, moins on veut réfléchir aux drames durables ET TRÈS ACTUELS qu’entraîne la conception criminogène de Dieu, plus je trouve l’énergie pour tenter de briser le tabou de son indispensable remise en cause.
Personne, Jean-Claude, n’oblige l’église à SE faire hara kiri. C’est elle seule qui le choisit. Pour ma part, je le répète, je suis convaincu qu’elle peut SI ELLE VEUT se détacher de la conception criminogène de Dieu. Ça lui est d’autant plus facile que Jésus, qui est sa référence suprême, a passé sa vie, jusqu’à accepter d’en mourir (il y a déjà 2000 ans !) à tenter de faire comprendre la nécessité absolue de ce détachement. Il suffit à l’église de cesser de le trahir en préférant les dogmes fous, qu’elle a mis en place après sa mort, au message des Évangiles.
Bien que ce ne soit plus mon problème depuis longtemps, je ne vois pas en quoi remettre en cause la conception violente de Dieu obligerait à rejeter la croyance en la « révélation divine ». Mais ça obligerait à coup sûr à remettre en question LE TYPE de révélation auquel croient encore les catholiques. Vouloir à tout prix, comme tous les adeptes des multiples sectes où l’on adhère à la « pensée magique », trouver dans l’histoire humaine des preuves que l’on a raison, c’est seulement cela qui serait rejeté dans la foi en une révélation divine qui n’inclurait plus la justification de la prétendue criminalité de Dieu.
La « valorisation épistémologique de l’Ancien Testament par le Nouveau » dans laquelle vous voyez, Jean-Claude, « une des voies royales pour une autocompréhension et donc une expression »non criminogène« de la foi chrétienne » ça donne par exemple ceci :
Dans le Livre de Josué on voit les hébreux massacrer, jour après jour, tous les habitants des cités de Canaan. Absolument tous, sans en excepter aucun puisque Dieu, paraît-il, y tient (c’est sa manière de « donner » au peuple qu’il a élu la terre qu’il lui a promise). Les simples habitants des cités sont « passés par l’épée » mais les rois méritent un sort particulier, ils sont pendus.
Ne voyons pas là-dedans une quelconque barbarie ou une contradiction avec le message jésuïste. Faisons-nous aider par la Bible de Jérusalem et on comprendra tout. Dans cette bible (éd. du Cerf / Fleurus Mame, 2001) les auteurs se fixent précisément le double objectif de « présenter un texte biblique fiable et, d’autre part, fournir une aide pour y entrer et en tirer un aliment pour la foi et la réflexion ». Des annotations marginales proposent alors des « clefs de lectures ». Après le massacre des douze mille habitants de sa cité le roi d’Aï est pendu. Annotation marginale :
« Le roi d’AÏ, prince de la ruine et objet de la malédiction, est pendu à un arbre afin que le péché qu’il incarne meure avec lui. Mais le péché ne sera définitivement vaincu que par le Christ, mort ignominieusement pendu au bois de la Croix pour sauver les hommes de la mort. » (p. 402)
Ce n’est qu’un exemple mais il illustre bien, Jean-Claude, la démarche de la « valorisation épistémologique ».
Il y a beaucoup mieux ! (humour noir, très noir). Ce sont les annotations qui nous font comprendre qui est Josué, celui que Dieu a choisi pour diriger la conquête de la terre promise (cette merveille apprise avec beaucoup d’admiration au catéchisme de mon enfance). Le texte lui-même nous montre Josué dirigeant effectivement l’extermination annoncée de longue date. Annotation marginale de la page 398 sur le massacre de Jéricho :
« Rahab, la prostituée, ouvre les portes de la cité du péché pour y laisser entrer Josué, FIGURE DU CHRIST (c’est moi qui souligne). Par elle l’humanité pécheresse coopère à l’oeuvre du Salut : »Les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu"
Je rappelle que le très louable comportement qui a valu à Rahab d’être épargnée par les massacreurs et d’entrer au Royaume de Dieu, c’est de n’avoir pas prévenu son peuple qu’on s’apprêtait à le massacrer, alors qu’elle le savait !
Autre explication de l’extermination totale menée par Josué (p. 408) : « La puissance de Josué réside dans son total abandon à la volonté de Dieu. Il fait comme Yahvé lui avait dit. (je souligne) IL PRÉFIGURE AINSI LE CHRIST JÉSUS dont la toute puissance sera l’obéissance jusqu’à la mort : »Non pas comme je veux, mais comme tu veux".
Ben voilà, « y a qu’à » rejeter la « lecture littérale » de ceux qui voient le mal partout (qui l’inventent, en fait, quand ils croient le voir dans les textes sacrés des religions ?), « y a qu’à » se faire expliquer, par ceux qui savent, qui est vraiment « Josué-Jésus » (annotation p. 428) et on peut alors, en bon chrétien bien cohérent, aller en paix dans le monde qui a reçu la Bonne Nouvelle. Annotation de la page 427, en face du texte où « Josué résume son œuvre » :
« Josué envoie ses frères prendre possession de leur pays, non de manière violente, mais en annonçant à toutes les nations la grandeur de Dieu. De même, maintenant que le Christ a combattu et vaincu, par sa mort et sa Résurrection, tout ce qui faisait obstacle entre les hommes et lui, il nous faut proclamer, partout dans le monde, la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité ».
Aujourd’hui, donc, ça reste vrai : accepter d’être tué sur une croix plutôt que de renier ses convictions pacifiques c’est la même chose que de massacrer des milliers d’individus. L’important est que ce soit bien, dans les deux cas, pour la MÊME bonne cause. Mais ça reste vrai SEULEMENT POUR LE PASSÉ. Les criminels qui tuent AUJOURD’HUI devraient comprendre que les justes massacres de masse d’avant Jésus ne sont plus justes aujourd’hui. C’est pourtant simple...
Décidément oui, je trouve qu’ils ont bon dos, ceux qui tuent de nos jours au nom de Dieu et qu’on dit seuls responsables de leurs crimes !
Outre l’énorme insulte envers le pacifique et pacifiant Jésus que constituent ces « y a qu’à » des théologiens fous il me semble, Jean-Claude, qu’on a ici une belle illustration de la manière dont l’église catholique se fait aujourd’hui hara kiri. Il me semble d’ailleurs que de telles justifications des pires massacres ne concernent pas seulement les catholiques et que, dans tout autre domaine que le domaine religieux, elles tomberaient sous le coup de la loi car, je le rappelle, elles sont contemporaines d’une époque où se situe, entre autres, le massacre du 11 septembre 2001.
Mais non, la Justice a mieux à faire, paraît-il, que d’interdire la publication de tels livres. Elle condamne par exemple une femme, Fanny Truchelut, qui demande à deux de ses hôtes de son gîte rural de retirer leur voile islamique dans les parties communes de ce gîte. Tenter pacifiquement, de sa propre initiative, de faire disparaître de son entourage immédiat, et même de chez soi, le symbole de la prétendue infériorité de la femme, de sa nature prétendument méprisable, c’est ça qui est grave pour les juges de la République laïque d’aujourd’hui !
Les institutions religieuses ont quelque raison de se trouver au moins une « excuse » : le monde profane est bien souvent égaré lui aussi, de nos jours, dans la tricherie et la lâcheté.
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe
