PETITGIRARD (---.---.21.108) 30 janvier 2006 23:26

Réponse d’un ignorant paresseux...

Qu’il est facile d’asséner autant d’affirmations en utilisant les chiffres pour leur faire dire ce que l’on veut.

Indiquer par exemple que 60.000 sociétaires ne touchent rien et que la Sacem est bien contente de prendre leur cotisation... Mais cher Monsieur, l’enregistrement des œuvres de ces compositeurs dans les bases de données avec la documentation que cela représente coûte beaucoup plus que leur cotisation.

Prendre la somme globale répartie de 578 millions et la diviser par 109.000 sociétaires, c’est tellement stupide que je ne commente pas. Cela a déjà existé dans le passé, on sait où.. Au passage vous oubliez le reversement aux sociétés étrangères, les éditeurs...

Vous avez tort également de considérer les 60.000 sociétaires qui ne touchent rien comme « les petits sociétaires ». Il y a beaucoup parmi eux qui ont déposé une œuvre une fois, qui ont voulu protéger leur création, sans plus. Beaucoup s’apparentent et je dis cela en toute sympathie, merci de ne pas mal interpréter ma pensée, à des peintres du dimanche. Ce que j’appelle les « petits toucheurs », ce sont les 30.000 compositeurs ou auteurs qui touchent de 1 à 1.000 euros et les 10.000 qui touchent de 1.000 à 10.000 euros. Et 3.000 touchent l’équivalent du smic, ou plus, certains beaucoup plus.

Vous critiquez des frais de gestion à 20%. Mais vous gardez bien de dire que la sacem répartit à 83% au programme identifié ce que ne fait aucune société au monde. C’est cela qui permet de répartir des droits à 42.027 auteurs ou compositeurs, sociétaires sacem en 2007. Si nous faisions comme les anglosaxons, avec 50% de sondages (ce que souhaitent toutes les Majors, nos sois disant amis), les frais de fonctionnement baisseraient de très sensiblement. En tant que compositeur dont les droits proviennent essentiellement de la télévision, j’aurais tout à y gagner. Mais je défendrai toujours la précision maximum possible.

Vous déformez nos propos d’une façon étonnante. Nous n’avons jamais dit que la sacem ne répartirait pas aux sociétés étrangères la part dûe aux auteurs étrangers, nous serions au contraire les seuls à le faire !!!

Vos grands amis de l’Adami et de la Spedidam (j’appartiens aux deux sociétés en tant que chef d’orchestre) eux sont totalement incapables de répartir aux interprètes étrangers la part qui leur reviendrait.

La sacem a des accords de réciprocité avec toutes les sociétés d’auteurs du monde. Une fois reçue sa maigre part et en fonction des sondages qui lui indiqueront la part des répertoires étrangers téléchargés (devenue largement majoritaire, par effet de masse), elle renverra scrupuleusement à chaque société la part qui lui revient. Et quand je dis sondage, évidemment que ce seront des sondages sur Internet, ils n’en seront pas moins approximatifs. Au passage, quand vous envisagez la paresse de la sacem de créer de nouveaux comptes pour les étrangers vous dites une absurdité. Cela ne changerait strictement rien, nous n’envoyons pas d’argent aux créateurs étrangers, mais aux sociétés locales équivalentes à la sacem auxquelles ils sont affiliés.

L’Adami n’a pratiquement aucune société sœur et, à ma connaissance, un minimum ou aucun accord de réciprocité avec elles. Ce n’est pas de leur faute, la copie privée est très peu répandue dans le monde. En plus, au jour d’aujourd’hui, il faut que la fixation ait été réalisée par un interprète membre de la CE ou enregistrée sur le territoire de la CE pour qu’elle soit prise en compte, avec obligation pour les artistes concernés de s’inscrire à l’Adami..

Comment feront-ils lorsqu’ils vont toucher via la Licence Globale les droits des interprètes du monde entier ? Exiger que tous les interprètes du monde s’inscrivent à l’Adami ? Réalisez vous un seul instant qu’ils ne sont absolument pas équipés pour cela ?

Qui aujourd’hui ne renvoie rien de la copie privée aux artistes américains ? Croyez vous un seul instant que ce qui « passe » pour le détail copie privée serait toléré une seconde par les interprètes et producteurs étrangers sur une partie conséquente de leurs revenus ?

J’adore au passage votre proposition de « plug in sur ordinateur » venant de gens qui reprochent au projet de loi de fliquer, c’est génail. Et combien de gentils internautes accepteront l’installation d’un pareil procédé sur leur ordinateur.

Parlons maintenant de la Spedidam. Ce n’est pas parler contre les musiciens de séances que de dire qu’ils sont payés au cachet pour enregistrer, cachet forfaitaire, payé 15 jours au plus tard après l’enregistrement. Ils ne sont donc pas intéressés aux ventes, que ce soit sur internet ou sur CD. En voulant une part de la LGO, la Spedidam ne fait que proposer un supplément de rémunération à ses membres. Reconnaissez tout de même qu’ils ne prennent pas de risques comparés aux auteurs. Quand bien même la spedidam toucherait une part de la LGO, pouvez vous m’indiquer comment elle pourrait rémunérer les musiciens étrangers qui ont participé aux enregistrements des milliards de fichiers téléchargés... Elle ne dispose d’aucun accord de réciprocité avec des sociétés équivalentes, pour la bonne raison qu’il n’en existe que très peu.

En ce qui me concerne, j’écris de la musique contemporaine ou des musiques de films. Je suis un tout petit vendeur de disques et cette LGO m’affecterait directement très peu. Ceci ne m’empêche pas d’estimer qu’elle engendrerait un processus incontrôlable de destruction progressive du droit d’auteur car son exemple inciterait tous les grands payeurs de droits à remettre en cause les accords passés. Je la refuse au niveau du droit moral, au niveau du contrôle et de la répartition des œuvres, au niveau également de tous ceux qui entendent en profiter alors qu’il ne devraient pas y avoir droit. J’imagine aussi toutes les mesures de rétorsion prises par les sociétés étrangères à notre égard si elles se sentaient à ce point spoliées.

Je suis ouvert au dialogue mais je vous suggère de ne pas imaginer que tous les gens qui ne sont pas de votre avis sont ignorants, paresseux ou avides de garder leurs fabuleux privilèges.

Enfin j’ai un site internet idepuis sept ans, je ne me sens ni fossile, ni débile. Je suis abonné à l’édition électronique du journal Le Monde. Ah oui à propos, cela coûte 6 euros par mois, un prix qui me rappelle quelque chose... Et bien figurez vous que pour ce prix, j’ai Le Monde, pas El Païs, Die Welt, The Times...., ni même Libération ! Non seulement Le Monde, mais là, vous trouvez tous cela normal...

Cordialement.

Laurent Petitgirard Compositeur Chef d’orchestre


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