Marianne
24 septembre 2009 16:04
Je n’ai aucun intérêt sur CLEARSTREAM et ne travaille pas pour cette boîte. Par confidentialité je ne vous préciserai pas le groupe bancaire dans lequel je travaille, exerçant une fonction d’analyse. Je vous ai simplement décrit la réalité technique du dispositif car cela m’ennerve de voir ces contrevérités, des gens qui parlent de se qu’ils ne connaissent pas en entretenant une paranoïa, une théorie du complot et au final un discours démagogique « on nous cache tout on nous dit rien » avec un bouc émissaire tout trouvé pour porter les fléaux de ce monde. Même si je pense que Denis Robert était sincère en croyant que Clearstream était une machine à blanchir.
Clearstream est un tuyau dans lequel on peut faire passer à la fois des flux propres « clear » et des flux pollués, sans que Clearstream sache la provenance et la destination finale de ces flux, qui transitent par des banques.
La morale de l’histoire, dans un contexte de refonte du capitalisme financier, de « moralisation » et de régulation, de suppression du secret bancaire et des paradis fiscaux, serait de proposer que les flux soient traçables de bout en bout dans une centrale de flux comme Clearstream. Les chambres de compensation sont un moyen efficace de contrôler le marché, qui détient des comptes et des positions sur qui, entre acteurs bancaires et même acteurs finaux, à condition d’imposer des règles plus strictes sur l’information qui circule.
C’est pareil en correspondent banking, lorsqu’on fait un virement international auprès d’une banque, qui doit faire mouvementer un compte que cette banque détient dans une banque du pays de cette devise, qui elle même enverra les fonds au destinataire domicilié chez elle ou chez une autre banque du pays (ou même d’un autre pays). Il y a une combine pour ne pas indiquer directement les coordonnées du bénéficiaire en envoyant les fonds, la technique du virement « dissocié » (au lieu de faire un swift MT103 de virement clientèle la banque du donneur d’ordre fait d’une part un MT103 clientèle à la banque du destinataire, qui n’est pas forcément dans le pays de la devise, avec mention « couverture dissociée pour l’envoi des fonds », d’autre part un virement de banque à banque MT102 dissocié pour l’envoi des fonds, rappelant une ref swift du MT103 pour que la banque destinataire puisse vérifier l’arrivée des fonds, rapprocher les messages et enfin payer le bénéficiaires.
Comme cela occasionne des fuites dans la traçabilité des flux mafieux ou du terrorisme et peut contourner des embargos, les américains ont demandé à la BRI et à Swift une restriction de règles pour obliger le MT102 à rappeler toutes les infos donneur d’ordre et bénéficiaire, comme si pour Clearstream on imposait de véhiculer toutes ces infos même si elles ne servent pas au clearer central, uniquement par souci de transparence.
J’ajouterai que la réforme du système financier international devrait obliger à passer par des chambres de compensation avec appels de marges pour toutes les opérations de marché actuellement négociées de gré à gré (ne laissant en règlement bilatéral que les opérations vraiment pas standard). Si on avait fait cela pour les CDS (Credit default Swaps), on aurait su tout de suite les positions en risque de contrepartie de toutes les banques en bilatéral et en net global et des appels de marge auraient sécurisé lemarché.
C’est une proposition « technique » mais très efficace, que Larosière et d’autres professionnels reprennent dans leurs recommandations.
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