Daniel Bainville-Latour (---.---.183.130) 10 février 2006 16:04

Certes, il ne doit pas s’agir de lyncher le juge Burgaud, transformé en bouc émissaire. Mais doit on, pour autant, s’appitoyer sur la situation de ce « gamin fragile », tel qu’il est apparu, une fois les rôles renversés ? A t’il eu l’écoute et la pitié, face à cet autre gamin, sensiblement de son âge, qu’il a jeté en prison ? Envers ce handicapé dont la mère disait, de manière aussi touchante que grinçante, qu’il ne pouvait être soupçonné d’avoir enlevé sa petite culotte à une fille dès lors qu’il ne savait pas enlever la sienne ?

Ne lynchons pas mais restons lucides.

Il est facile également de noyer le poisson en soulignant que personne, dans la chaîne judiciaire, ne l’a prévenu qu’il faisait fausse route. Mais a-t-il lui même rendu compte ? Saisi sa hiérarchie ? Demandé conseil , si jamais il a pu avoir le sentiment d’incohérences où que cette affaire dépassait sa fraîche expérience, sa jeune envergure ?

Ne lynchons pas mais restons lucides.

En réalité, M. Burgaud apparaît comme le pur produit d’un système oligarchique où la séparation des pouvoirs n’est plus qu’une illusion. Formé - formaté devrait-on dire -, après Scienes-Po, paraît-il, par une école qui se veut le pendant de ce qu’est l’ENA pour le pouvoir exécutif, investi d’un pouvoir démesuré, quel étourdissement à l’idée d’appartenir à cette caste dirigeante, quel boulevard offert aux ambitions, quelle tentation de s’imposer magistralement dans son milieu, quelle chance de se voir attribuer une « affaire du siècle »...

Et nous avons tous connu des personnages d’autant plus cassants et tyraniques, dans leurs responsablilités, qu’intimement ,ils étaient fragiles et peu sûrs d’eux !

Ne lynchons pas mais restons lucides.

Si le système doit être réformé, alors il devra l’être profondément.Les magistrats ne rendent pas la justice « au nom du Peuple Français », belle formule creuse, mais au nom d’un état qui les recrute, les forme, les paie. L’indépendance est faible et la tentation de participer du pouvoir est forte, d’autant plus qu’il n’existe pas de procédure de remise en cause de la carrière d’un magistrat.

Réformer le système en profondeur, c’est déjà poser que l’état est un justiciable comme les autres et dès lors supprimer purement et s’implement les tribunaux administratifs, les cours d’appel administratives et le rôle de censeur du Conseil d’Etat à cet égard. L’obligation ,depuis quelque temps , de rendre la représentattion par avocat obligatoire en cas d’appel , montre bien comment le système se protège et rend plus difficile l’action du citoyen.

Pareillement, il faut supprimer toutes ces juridictions spéciales telles que juridictions de la sécurité sociale, des prud’hommes...Un tribunal n’est-il pas en mesure de statuer sur un différend entre un citoyen et l’état, un organisme de sécu ou son patron ?

Mais surtout, l’expérience montre qu’un magistrat ne peut véritablement juger « au nom de Peuple Français » que s’il procède de ce peuple français. A quand des juges élus et dont le mandat sera périodiquement remis en cause devant le peuple ? Certes c’est une révolution qui fera hurler le « système », mais à défaut, la France continuera à subir une justice fonctionnarisée, une justice sanctuarisée.

Ne lynchons pas ce pauvre gamin mais ne l’exonérons pas non plus. Et s’il a quelque mérite dans cette affaire, c’est de démontrer, sans le vouloir, que le système est à bout de souffle.


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