armand armand 25 avril 2010 10:25

Je suis fan de Tardi depuis la sortie du premier volume d’Adèle...
Le film ? Bof ? Bien ficelé, les reconstitutions sont léchées, le rythme convenable. Alors qu’est-ce qu’il cloche ? (et qui fait que je n’irai pas voir une deuxième fois, alors que les albums, je ne me lasse pas de les relire).
Tout, ou presque, a été dit ci-dessus. En particulier l’incapacité de Besson à mélanger le pathos, le dérisoire, le second degré et l’humour comme le fait si bien Tardi. L’absence de la dimension politique idem, sauf de façon parfaitement caricaturale. En somme, des défauts qui étaient déjà bien présents dans l’adaptation des « Brigades du Tigre » d’il y a quelques années.
A la décharge de Besson ne serait-ce pas là une des limites du cinéma, qui tend à s’imposer comme forme ultime aux autres arts mais qui, comme la plus belle fille du monde, ne peut donner que ce qu’il a ? En effet, rupture de ton, passage d’un genre à un autre, c’est le privilège de la pageécrite ou du carton du dessinateur. Mais à l’écran...

A propos de la « plus belle fille », justement, parlons-en, et c’est là un des défauts majeurs du film. Louise Bourgoin fait ce qu’elle peut. C’est une débutante, elle cause comme une (très) jeune femme de 2010 et non comme une feuilletoniste de cent ans plus tôt, mais elle a de l’entrain, de l’humour, et elle arrive par moments à frôler la misanthropie et l’antiséduction d’Adèle. Mais voilà, rien ne fait oublier la jolie frimousse, notamment aux yeux des hommes, vieux grigous, jeunes scientifiques, momies hors-d’âge. Or, Adèle Blanc-Sec n’est pas jolie, bien au contraire. Et Tardi, au fil des albums, ne cesse de l’enlaidir jusqu’au dernier, où les abus du blanc-sec sur la physionomie un rien bouffie de la journaliste sont patents. Qu’elle exerce, néanmoins, un indéniable sex-appeal sur certains extravagants (dont je suis) ce n’est en rien contradictoire. Après tout :

Ce ne seront jamais ces produits de vignettes,
Produits avariés, nés d’un siècle vaurien.
Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes
Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.

Faire jouer la rousse un peu boulotte, au nez retroussé et à la lèvre boudeuse et revêche par une grande longiligne, comme Besson nous en sort tous les cinq ans, non, ça ne passe pas. L’Adèle de Tardi se coiffe à la hâte de son sempiternel chapeau, enfile chemisier et jupe longue, car il faut bien sortir ainsi vêtue ; celle de Besson de délecte de ses élégantes toilettes. Et les louables tentatives de Mlle Bourgoin pour faire oublier sa joliesse, à coups de brusquerie et de phrases assassines, font d’elle la grande jeune fille toute simple, bien de nos jours, qui s’interdit toute coquetterie sur son lieu de travail. Et non l’enquêtrice solitaire, attablée à minuit devant sa Blickensderfer en grillant clope sur clope, dont le style tient plus de Louise Michel que de la belle Otero.
Malgré tout le plaisir que m’a procuré la prestation de Louise Bourgoin - encore une fois, elle fait ce qu’elle peut, ce serait très bien si son personnage était issu du seul cerveau du réalisateur - j’aurais préféré Charlotte Gainsbourg... ou Sylvie Testud.

Sans doute que Besson, outre ses goûts personnels, doit tenir compte non pas de la niche d’irréductibles fans de Tardi, mais d’un grand public qui exige qu’à l’écran il y ait un couple jeune et beau selon les canons actuels. Passe encore quand l’action se déroule en l’an 2000, mais c’est génant quand on applique au passé les canons de maintenant. Ainsi, à la télé, Sartre et Beauvoir doivent être beaux et jeunes (ils ont été jeunes, certes, mais jamais « beaux »). J’ai bien aimé la franchise de l’historienne qui a servi de consultante au téléfilm La Commanderie - impossible de faire apprécier à un public moderne les beautés au front épilé et à la bouche en cul-de-poule du (vrai) XIVe siècle. On aura droit à une beauté bien de maintenant, ainsi qu’au jeune premier soigneusement mal-rasé. De même, dans les Tudors, les principaux rôle masculins ont le cheveu ras (comme le Persée du « Choc des Titans ») alors que nous savons que l’époque était plutôt chevelue (coupée au carré) comme nous le montrent d’ailleurs les seconds rôles. En d’autres temps les Hercules de péplum portaient un brushing bien des « Fifties » - on aurait pu espérer cette époque révolue. 


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