a Chambronne,
Je voudrais juste rappeler que la comparaison qu’il fait avec l’Argentine est très intéressante. Une dictature atroce, soutenue par les Etats-Unis, aussi réactionnaire que possible, qui a jeté les bases d’un libéralisme qui s’est poursuivi sous la démocratie. La gauche n’y a d’ailleurs jamais réellement été au pouvoir depuis bien longtemps. Le laisser-faire en matière de liberté des changes a provoqué la fuite des capitaux quand la crise a pointé le bout de son nez, laissant les Argentins devant le plus gigantesque hold-up de l’histoire. Leur niveau de vie a totalement dévissé, tout l’argent est parti.
En France, nous n’avons pas eu de dictature après-guerre. cela dit, comme dans le reste des pays du monde, les politiques ultra-libérales s’y imposent depuis plus d’une dizaine d’années. Si vous voulez bien m’accorder la mesure plus symbolique qu’autre chose des 35 heures, le gouvernement Jospin a été aussi un gouvernement libéral. En cela, je ne pense pas que vous ayez grand chose à craindre pour l’orthodoxie ultra-libérale que vous semblez défendre, si jamais le PS devait reprendre le pouvoir ; votre virulence à leur égard m’étonne quelque peu, donc. A moins que cela ne s’explique par les arguments de la gauche et leur empressement à attaquer cette superbe réforme qui va certaienement (dixit Villepin), faire baisser le chômage. C’est la mauvaise foi du PS qui vous dérange ? Mais la mauvaise foi et l’hypocrisie systématique de la droite, au gouvernement comme dans l’opposition vous dérange-t-elle ? Tous ces appels au dialogue, à la main tendue, depuis 5 ans, sous Raffarin-Sarko-Villepin qui n’ont jamais abouti à modifier la position gouvernementale d’un iota, tout ce cirque nauséeux, cet incroyable prétention à avoir raison même quand la colère gronde, cette fierté mise dans les réformes les plus impopuliares, comme si la norme du « courage politique », devenait synonyme de faire des réformes contre l’avis de la majorité de ce pays, ce qui entraîne des réformes favorisant les minorités les plus aisées et improductives, ça vous gêne pas ?
Peut-être vous êtez de ceux qui en profitent remarque, peut-être. Sinon, je ne comprends vraiment pas en quoi la gauche serait plus de mauvaise foi ou plus incompétente que le gouvernement actuel. Ce serait vraiment difficile. Après tout, sous Jospin, la situation financière de la France était équilirbée. Elle ne l’est plus, et même si la droite est une spécialiste de la diffamation du bilan de la gauche, leur misérable gestion est de plus en plus difficile à cacher. Alors quoi ? Une passion pour notre romantique et fougeux poète politique ?
Vous comprendrez que je ne différencie pas tant que l’on veut bien nous faire croire PS et UMP. Et ne me traitez pas de stalinien comme cela peut démanger tous ceux qui invectivent les protestataires parce qu’ils ne supportent pas d’imaginer que la droite pourrait avoir tort ; cette droite ultra-libérale que vous défendez, et qui caractérise si bien cette tentative de sabrer les droits des salariés.
Et encore, si votre martingale (moins de droits entraîne plus d’emploi) fonctionnait. Elle ne fonctionne absolument pas en France, pas comme ça. Cela fait vingt ans qu’on exonère d’impôts progressivement les entreprises (et les plus grandes en particulier). 9 Milliards de cotisations chômage sont manquantes depuis les années Balladur. Mais à l’époque, c’était pas grave, on allait bien se débrouiller sans. Vingt ans qu’on nous dit qu’ainsi, on allait faire baisser le chômage, mais comme ça ne marche toujours pas, alors on procède à de misérables tours de passe-passe en radiant les chômeurs ; Malheureusement le chômage ne baisse pas d’un pouce. On comense les nouveaux chômeurs en envoyant les anciens au RMI. La Droite devrait essayer d’inventer une nouvelle réalité, celle dans laquelle son programme fonctionnerait. Un France virtuelle et magnifiquement libérale.
Cela dit, vous avez raison de ne pas croire que le PS puisse faire beaucoup mieux (ils peuvent être moins nuls, toutefois). Parce qu’ils ont eux aussi, intégré ce modèle libéral duquel il est très difficile de se dépatouiller.
Ce modèle se traduit en France par l’abandon et la misère progressive de l’égalité devant le service public et de secteurs d’une importance absolument capitale pour le bien-être et la cohésion d’une société : L’éducation, la santé et la justice. Les budgets pour ces trois principes-clés de notre société, pour les trois missions, dont je pense que le peuple français estime être prioritaires sur tout le reste, deviennent faméliques au regard des besoins. La justice française, en matière de moyens par habitant, est aujourd’hui comparée à la justice moldave. En sachant cela, on ne peut plus se scandaliser des violences qui secouent notre pays ; car on ne peut pas se scandaliser devant un phénomène qui devient inéluctable de par notre incurie.
Néanmoins, nombre de réformes pour plus de démocratie, ni gauchistes ni libérales par essence, pourraient être réfléchies, en ce pays.
Alors, j’en conclus sur l’Argentine : il est pas impossible qu’on s’y dirige, comme tous les pays gouvernés par les libéraux, chacun à son heure. Malgré tout, je ne désespère pas : je suis sûr que vous trouverez bien le moyen d’accuser la gauche et ces étudiants aux arguments parfois trop simples (mais il est difficile d’imagine qu’il puisse en être autrement) ; si c’étaient des étudiants de droite pro-CPE qu’on interviewait, leurs arguements vous apparaîtraient étonnamment pertinents...
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