Merci Rage, pour ton éclairage un peu plus « pratique » sur ce contrat. Je voudrais aussi répondre à Thomas en reconnaissant la justesse de ses remarques. L’argument « il faut essayer avant de dénoncer » semble être pétri de bon sens. Maleureusement cet argument est devenu, depuis son utilisation massive par les gouvernements libéraux, une véritable escroquerie intellectuelle. Pour plusieurs raisons.
La première est que l’idée selon laquelle « il faut tout essayer » pour lutter contre le chômage, qui tendrait à nous faire croire, que ces gouvernements cherchent effectivement « tout ». Or, il est maintenant impossioble de masquer le fait que ce « tout » exclut toute recherche hors d’un cadre strictement ultra-libéral. Ce « tout », à l’intérieur duquel on puise des idées, n’est qu’un réservoir à idées de plus en plus faiblardes intellectuellement, dont la caractréristique commune est d’accentuer toujours un peu plus, petit à petit, la précarité des salariés. Vous conviendrez aisément avec moi, que même si l’on enlève les aspects les plus irrespectueux de la dignité humaine, comme le licenciement sans préavis, le CPE n’est qu’un contrat de plus dans un paysage contractuel déjà compliqué, sans absolument aucune envergure. Au mieux, ça crève les yeux, ce n’est qu’une mesurette. L’angle de la baisse des charges ou des salaires pour faire baisser le chômage est, en réalité, ("tout tenter = tenter toujours la même chose, voir principe ci-dessous) le seul angle exploré par la droite depuis 20 ans avec un résultat désespérément nul. Et puis, il y a toutes les raisons de croire que les conditions générales de l’emploi en ce pays n’étant pas modifiées d’un iota par l’apparition de ce nouveau contrat, les CPI naissants se feront en grande partie sur le dos des CDI, aucune garantie n’étant prise pour que cela n’arrive pas. Bref, c’est du même acabit que de faire baisser le chômage en augmentant les allocataires du RMI.
La seconde raison est qu’il n’y a absolument aucune raison de faire confiance au mode de gouvernement en France quand, quelque soit la nouvelle mesure contestable que l’on nous propose, aucune disposition n’est pensée en aval pour faire le bilan de ces politiques, jamais. Ces sont de vagues promesses, des rapports enterrés. Et même quand ces rapports sont connus, la règle absolue est de ne jamais corriger ou revenir en arrière. C’est le dysfonctionnement typique de la république française, entretenue par ses élites, et sublimé par la droite en une admirable rhétorique fondée sur le mensonge complet. Quand on parle de dialogue, ça veut dire abreuver les gens de vains mots et ne rien cédér, quand on parle de « transparence », ça veut dire retirer un article voté par le parlement (loi DAVDSI) et ainsi de suite. Tout mot, toute expression est presque exclusivement utilisé dans une situation où la description objective voudrait que l’on emploie le mot contraire. C’est l’avantage absolu du mensonge, quand il est un droit visiblement reconnu. La réalité n’est pas considérée comme « médiatiquement » avantageuse ? On invente donc « sa » réalité. A force de pression, le gouvernement à fini par envisager l’idée que l’impact du CPE puisse être « évalué » dans 6 mois. Mais comment le croire ? Quel garantie de transparence, justement ? Quels experts de connivence ? Et même si ils pouvaient faire leur travail correctement, comment croire à une réévaluation éventuelle d’une mesure intellectuellement contestable, quand cela n’est presque jamais arrivé dans ce pays et encore moins sous ce gouvernement ?
La troisième est ultime raison tient en le présupposé de la compétence du gouvernement. Au cours de mes études, dans un IEP notamment, j’ai pu constater à quel point, le présupposé de la compétence de nos professeurs, éminents juristes, avocats et spécialistes de la vie politique, pouvait être remis largement en cause en de nombreux points (pas tous évidemment), pour peu que l’on veuille bien laisser les évènements postérieurs illustrer leurs propos, en se donnant le temps de la réflexion. Ce présupposé de la compétence explose en mille morceaux en ce qui concerne ce gouvernement en particulier quand on réfléchit à ce que l’on est en droit d’attendre, a minima, d’un ministre, en matière de connaissance de son domaine, et quand on confronte cela au CV de nos ministres. Mis à part la critique habituelle et grandement justifiée de l’institution ENA, on ne peut que constater leur homogénéité de formation rhétorique et idéologique. Du copinage, des pantouflages croisés grandes entreprises-postes ministériels, des apparatchiks portes-paroles à la langue finement ciselée dans le bois le plus dur. En tout cas, aucune exigence de compétence ne paraît avoir présidé à la formation des deux gouvernements précédents. L’absence de compétence est particulièrement manifeste dans les questions macro-économiques. Leur nullité est affligeante et se manifeste par l’absence totale de toute visibilité économique en France, dénoncée par les patrons eux-mêmes. Si au moins ils comprenaient qu’à force de soutenir et de co-opter des petits copains, à force d’afficher une solidarité de classe vis-à-vis de la droite politicienne, ils ne font que sélectionner les éléments les plus stéréotypés et fossoyeurs de toutes politiques. Mais la mort de toute idée de politique arrange aussi beaucoup d’intérêts extrêmement influents. Je persiste donc à nier vigoureusement toute compétence économique à notre premier ministre. Les gouvernements Raffarin et Villepin sont une nouveau type de gouvernement en France, de ceux qu’on a déjà pu voir à l’oeuvre en Amérique Latine, sous Carlos Menem en Argentine, ou Carlos Andrés Perez au Vénézuela : Des équipes dont le travail repose essentiellement sur la « communication », pour faire avaliser des réformes « essentielles » et « urgentes » qu’eux-mêmes n’ont pas, dans les grandes formes, rédigé.
Pour la France, ces idées viennent essentiellement de la Commission Européenne ou bien du MEDEF.
Et si leurs arguments sont minables, ce qui les pousse à abuser de fausses notions de « conviction » de « croyances » (quand allons nous prier Dieu pour le retour de la croissance ? ), de « refus de l’immobilisme », ou de tous autres arguments flirtant avec la mauvaise foi ou la foi du charbonnier, c’est que les décisions contestables qu’ils veulent imposer ont souvent deux caractéristiques principales :
1) Elles ne répondent en rien au problème évoqué. Elles ont d’autres objectifs moins reluisants et prennent le problème évoqué comme prétexte.
2) Elles ne servent en rien l’intérêt général, vu qu’elles sont rédigées par des personnes agissant pour le compte d’intérêts catégoriels.
Pour finir, il est bien entendu que ni moi, ni la gauche française, (et encore moins le PS, semble-t-il) n’avons une solution miracle. Toutefois, il existe un grand nombre de réformes à proposer, allant dans le sens de plus de démocratie (terme qui n’est qu’une parodie dans ce pays) sur lesquelles une majorité très substantielle de citoyens pourraient se retrouver dans un esprit de citoyenneté de responsabilité et de solidarité. Ce processus se met en place en Amérique Latine et permet de dégager des priorités et des axes de réforme répondant aux réels besoins d’une majorité. Seulement, cela implique de se donner le droit d’aller chercher des solutions pour « tout tenter », ailleurs que dans la petite boîte libérale qui est la seule qu’on nous accorde.
En France et en Europe, ce droit est encore à gagner et je suis convaincu qu’il sera durement combattu. Car il serait la seule hypothèse de changement substantiel et enrichissant pour notre société. Et il est temps de se rendre compte que ces mesures assez similaires dans de nombreux pays que l’on nous impose au nom du « changement », n’ont que pour objet d’ancrer un vieux système fondé sur la justification des inégalités croissantes.
Fishlord.
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