easy easy 24 juillet 2010 10:20

L’expression pervers narcissique est bidon.

Bon, les 9 parts.
L’origine de l’égoïsme se niche peut-être dans la planque suivante :

S’il est vrai que le Bien et le Mal peuvent souvent s’inverser en valeur, ils représentent donc nos Charybde et Scylla contre lesquels nous sommes constamment drossés depuis notre naissance. Mais alors pourquoi, tenons-nous à passer le si périlleux détroit de Messine au lieu de rester planqué sous une couverture ?
Parce que notre premier désir (après manger et boire) serait de réussir : à marcher, à faire du vélo sans roulettes, à jeter une balle, à nager, etc. Et plus on grandit, plus il s’agit de réussir des choses réputées difficiles, des conquêtes d’Everest.
La loi de la sélection naturelle joue probablement à plein dans cette histoire et nous n’avons pas tous la même ardence à réussir.



Réussir un truc difficile, où on risque même sa peau et tout le reste, c’est une pensée si importante, si tournée et retournée dans tous les sens qu’il y en a qui en viennent à explorer ses limites, marécages et culs-de-sacs : ils réussissent à ne pas réussir, désirent ne pas désirer et veulent ne pas vouloir.

Alors, quelle que soit l’épreuve qu’on vise à réussir et qu’on réussit, on tient ABSOLUMENT à l’avoir réussie seul. On ne déteste rien de plus que de reconnaître que notre prix Nobel, nous le devons à l’animalcule qu’on a étudié, aux professeurs qui nous ont enseigné la méthode, à la concierge qui nous monte le courrier, au poissonnier qui nous a vendu du poisson correct ; à nos élèves qui nous ont chahuté, au policier qui nous a verbalisé, aux travaux scientifiques d’autres chercheurs, à notre conjoint qui nous a soutenu, à notre chien qui nous a égayé, à Mozart qui nous a enchanté, à Pasteur qui nous a évité de mourir de la rage, à Hitler et à Jean Moulin. A tous.

Hercule s’est démerdé seul, Prométhée aussi. Alors on veut faire comme eux, réussir seul (Thésée a dénié l’aide d’Ariane)
Il est même possible qu’on ait inventé les dieux pour dire « Bon, si je dois quelque chose à quelqu’un, ce n’est pas à mes semblables mais à un dieu. Seul un dieu peut m’aider »

Le déni de l’autre n’a qu’une fenêtre d’exception, c’est dans le domaine amoureux et seulement quand on est très amoureux. Il n’y a que là qu’on parvient à avouer et même à chanter, que l’autre nous est absolument indispensable. Et ça vaut jusqu’au jour du divorce.

Ainsi, c’est parce qu’un patron, comme n’importe quel humain ou plutôt plus réussiste que d’autre, déteste reconnaître qu’il doit sa réussite à tout le monde, qu’il cherche à en donner l’air en s’arrogeant les 9 parts. Il se décore lui-même de la médaille du mérite.
(très rares sont les entreprises où ce sont les salariés qui votent le salaire de leur patron)
 

On se construit une fortune folle non pour se gaver de caviar mais pour affirmer qu’on a réussi parfaitement, absolument seul et qu’on ne doit rien à personne, surtout pas à l’inconnu qui nous a offert son sang quand on a eu un accident.



Et ce que je dis là vaut dans une famille. On peut les compter sur les doigts, les enfants ou adultes qui reconnaissent devoir leurs réussites en grande partie à leur parents .

Quand réussit-on vraiment seul ? Quand on traverse la Manche à la nage, peut-être. Ils sont très rares les cas où l’on ne doit rien à personne.



Déjà Clovis, avec le vase de Soissons cherchait à poser qu’il avait plus de mérites que ses soldats. (et Alexandre et César avant lui)

Si tu ne trouves rien à redire à Clovis depuis 500, tu ne trouves rien à redire à un patron qui se gave en 2010. Sauf à jeter qu’il est pervers narcissique pour essayer de le faire passer pour un anormal.


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