Jordi Grau J. GRAU 24 mars 2011 21:03

A Marc Gelone

J’ai écrit : « Mais sans la raison, le sentiment aboutit à des catastrophes. »

Vous répondez : « La raison a tant de fois débouché, elle aussi, sur des catastrophes, qu’on en vient à se demander si la catastrophe n’est pas l’aboutissement normal et logique de la décision politique - le succès étant l’exception. Et c’est d’autant plus compliqué à apprécier que la décision politique a des conséquences à court, moyen, long et très long terme... »

Mon commentaire : Je ne vois pas quand ni où la raison a débouché sur des catastrophes. Bien entendu, le mot « raison » est fréquemment employé par des hommes politiques, mais cela ne signifie pas que leurs décisions soient rationnelles ou raisonnables. Et puis il faut s’entendre sur ce qu’on appelle « raison ». Je n’entends pas seulement par là une raison calculatrice, technicienne, mais cette faculté qui permet de concilier les intérêts particuliers dans l’intérêt général.

J’ai écrit : « Et puis il faudrait aussi réfléchir à ce mot d’ »appartenance« . Pour moi, ce qui fait qu’on appartient à une communauté, ce n’est pas seulement un héritage culturel qu’on partage avec d’autres : c’est aussi et avant tout le fait de participer aux affaires communes. »

Votre commentaire : Ca, c’est une connivence, une complicité, qui est à la limite de la posture intellectuelle... Et je ne suis pas sûr que vous la partagiez avec des gens dont les valeurs sont aux antipodes des vôtres. La véritable appartenance nationale procède de deux critères, en son temps définis par Renan : avoir une histoire commune et l’envie d’un avenir commun.

Mon commentaire à votre commentaire : Je ne suis pas sûr d’avoir compris la première phrase de votre commentaire. En tout cas, ce que je veux dire est assez simple : j’ai un sentiment d’appartenance à une communauté politique (en l’occurrence le peuple français) parce que nous sommes tous dans le même bateau et parce que nous avons - dans une mesure hélas très réduite en ce moment - la possibilité de conduire ensemble ce bateau. Cela ne veut pas dire que j’ai de l’amitié ou de la sympathie pour tous mes concitoyens. Comme vous dites, nous n’avons pas tous les mêmes valeurs. Mais la politique, c’est bien l’art de trouver des compromis avec ses adversaires.
 
Quant à la définition de Renan, j’y adhère, à condition qu’on s’entende sur le mot « commun ». Si une partie de la population confisque le pouvoir et prétend incarner le peuple, je ne me reconnais pas grand chose de commun avec elle. Cette minorité va se servir du sentiment national pour ses propres intérêts, en couillonnant au passage des millions de gens de bonne volonté. Exemple récent : G.W. Bush et sa clique. C’est pourquoi je pense que le sentiment d’appartenance est un leurre s’il n’y a pas de participation des citoyens aux affaires publiques.

Bonne soirée. Je ne pense pas que j’ai le courage de répondre encore à vos commentaires si vous en écrivez. A vrai dire, je pense que nous pourrions encore discuter pendant des jours sans tomber d’accord sur l’essentiel. C’est cela, aussi une nation...


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