yvesduc 23 avril 2011 18:31
J’ai fait un tour sur le site de la fondation Scelles, dont le contenu est somme toute intéressant. LE chiffre important, expliquant peut-être la loi, me semble être celui-ci : « Sur les 15 000 prostituées exerçant en France, 70% viennent de l’étranger et n’ont pas de papiers [contre 30% il y a quelques années]. » (Fiches thématiques > Les personnes prostituées). Autrement dit la prostituée classique, venue à la prostitution par la misère économique ou sociale, ou à la suite d’un traumatisme personnel, tend à disparaître, chassée par la prostituée de l’Est amenée de force par un réseau mafieux et cassant les prix. Faute de pouvoir stopper sélectivement la prostitution associée au proxénétisme (de l’Est), la Mission entend stopper toute la prostitution, dont la prostituée économique ne constitue plus que 30 % et dont elle constitue alors une sorte de dommage collatéral.

Mais la conséquence sera que ces dernières, les prostituées économiques, seront rejetées dans une misère encore plus grande, ou dans les bras de réseaux suffisamment puissants pour défier la loi.

En lisant le site de la fondation Scelles, je me dis que la première chose à faire serait avant tout de s’attaquer aux causes de la prostitution (violence familiale, échec scolaire, etc.), bien expliquées par le site. La conséquence s’arrêterait alors d’elle-même.

Or, la droite, qui casse l’Éducation et laisse les banlieues à l’abandon, peut difficilement se prévaloir en la matière de résultats brillants...

Mieux, toujours après ma lecture du site, il me semble qu’il faut éviter à tout prix d’aggraver l’ostracisation de la prostitution, donc des prostituées. La fondation Scelles insiste, dans l’article, sur le statut de victime de ces femmes (et ce point est important). Sur le site, elle décrit les difficultés quotidiennes de ces femmes, leur dé-socialisation, etc. Tout cela plaide en faveur d’une normalisation ! Pas d’une ostracisation ! Or, c’est que la loi va produire puisqu’elle cible toute la prostitution, pas seulement le proxénétisme et les réseaux.

Sur un plan pratique, pour finir, je serais curieux de savoir comment la loi va s’appliquer. Par la dissuasion, ok. Mais passé le premier coup de frayeur, le client reviendra. Comment alors établir ce qui se passe dans l’intimité de la chambre ? Si on attend de la prostituée qu’elle dénonce son client, pourquoi ne dénonce-t-elle pas déjà son proxénète ?

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