Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 juillet 2011 19:27

Article bienvenu qui pointe très efficacement le problème récurrent de cette prétention à l’objectivité de nos journalistes franco-français.

Dans l’idée d’abonder dans le sens de l’auteur, j’aimerais apporter une nuance concernant la notion de « fait » :
 « Jamais, en effet, on n’accède à « un fait  » mais seulement à « la représentation d’un fait plus ou moins fidèle  »

Cette affirmation me paraîtrait tout à fait légitime mais je crois qu’elle serait plus exacte encore si la notion de »fait« était remplacée par celle de »réalité« .

On pourrait les croire identiques et elles le sont dans l’usage toutefois, le »fait« est beaucoup moins naïf que la »réalité« que nous recherchons tous mais qui constamment nous échappe.

Le »fait« , lui ne nous échappe pas, pour la bonne raison que, comme son nom l’indique, il est »fait« , il est »fabriqué« car il est ce à quoi nous décidons de nous arrêter.
Nous cherchons le fait et nous nous y arrêtons parce que nous savons qu’il »fait« consensus et que, dès lors, de par l’unanimité qu’il amène, il nous donne le sentiment d’accéder à une représentation de la réalité plus ou moins fidèle.

C’est ainsi que nous construisons la »réalité«  : par l’accumulation de faits dont ne nous voyons pas que c’est nous qui les faisons. La réalité est une construction et les journalistes feraient bien de faire non de la science (les chercheurs sont généralement d’un »réalisme désarmant« ) mais de l’épistémologie, cette science qui étudie les processus de construction de la connaissance.

Sans forcément en faire des »constructivisites« , cela les amènerait au moins à dépasser leur insondable naïveté pour entretenir un doute raisonnable et éviter les jugements hâtifs et catégoriques dont ils font preuves, surtout à l’encontre de ceux qui ne construisent pas la réalité comme ils le font (songeons au traitement reçu par les théoriciens du complot de la France d’en bas).

Pour conclure, j’en envie de citer le philosophe Giambattista Vico qui, il y a trois siècles environ, avait affirmé avec beaucoup de perspicacité »verum ipsum factum« , à savoir : »la vérité est cela même qui est fait".


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