Taire la dispendieuse maltraitance du nucléaire que Matignon, la CRE et RTE s’obstinent à méconnaître
Un récent rapport d’EDF manifestement gardé sous le boisseau par les pouvoirs publics alerte sur les conséquences néfastes de cette maltraitance. Celle-ci consiste à s’asseoir sur la conception technico-économique optimisée de nos centrales leur prescrivant de débiter continuellement leur pleine puissance, en les forçant à moduler cette dernière à une fréquence et à une amplitude croissantes. Non seulement ce dévoiement de leur régime nominal de fonctionnement se paye déjà en euros sonnants et trébuchants, en usure prématurée des matériels, en production supplémentaire d’effluents et de déchets, mais il menace d’écourter la durée de vie de ces centrales.
Ce que trahit la procrastination à publier un tel rapport
L’intention de ne pas répondre à l’interpellation plusieurs fois réitérée de messieurs Lecornu et Lescure par le syndicat CFE-Énergies, les exhortant à publier sans délai ledit rapport et les alertant sur le fait que l’effacement modulé de la production électronucléaire française, au profit d’énergies éolienne et solaire intermittentes, prioritaires sur le réseau et en forte croissance, menace d’avoir de lourdes conséquences sur la maintenance et sur la durée de vie de nos centrales nucléaires ; en un mot, menace d’amorcer le désastre économique promis par la mise en œuvre de la PPE3 (1).
L’intention de ne pas répondre non plus à Vincent Louault, le sénateur de l’Indre-et-Loire, groupe les Indépendants - République et territoires, s’élevant contre un appareil d’État ne voulant pas entendre parler du rapport d’EDF sur les conséquences pour son parc nucléaire de la modulation de puissance des réacteurs, et fustigeant les « conseillers de ministres et hauts fonctionnaires méconnaissant délibérément les avis des experts ne leur convenant pas » (2).
L’intention de ne tenir aucun compte de la suspicion croissante de l’opinion sur la politique énergétique que le gouvernement compte réellement mener… et pouvant commencer par enterrer ledit rapport. En 2018, dans un dossier de même nature remis aux ministres des Finances et de la Transition écologique, Yannick d’Escatha, ancien administrateur général du CEA, et Laurent Collet-Billon, ex-délégué général pour l’armement, considéraient qu’il fallait construire sans délai de nouveaux réacteurs, pour éviter à la France de perdre son savoir-faire. La suite donnée à ce document classé secret-défense ne fut pas moins la fermeture de la centrale de Fessenheim ! (3)
L’intention de ne pas commenter le fait que le report sine die de la publication dudit rapport ait pu déclencher une guerre entre Bernard Fontana, PdG d’EDF, en phase avec un gouvernement désireux « d’éviter toute instrumentalisation dans le débat explosif entre nucléaire et renouvelables » et Cédric Lewandowski, le directeur du parc nucléaire existant (4).
Le souci de complaire aux partisans de la doxa électro-énergétique dont on reste persuadé en haut lieu qu’ils restent majoritaires dans l’opinion, telle qu’exprimée par Jacques Marceau, le président du conseil scientifique de la Fondation Concorde, le 24 octobre dernier : « alors que 84 % des Français soutiennent les énergies renouvelables, la classe politique reste figée dans ses clivages partisans. Cette guerre idéologique entre nucléaire et EnR fragilise l'indépendance énergétique française dans un contexte géopolitique tendu ».
Quitte, le même jour, à exciper sans vergogne du travestissement suivant de la réalité gouvernementale, par la voix de Monique Barbut, une ministre de la Transition écologique notoirement anti-nucléaire : « je ne considère pas que l'État est le financeur de la transition écologique. L'État est là pour être sûr de mettre en place les lois et les règlements qui amènent l'économie dans son ensemble à aller vers les bonnes trajectoires ».
Ce que ce rapport contient de plus inquiétant
On trouvera en suivant les plus dangereux préjudices causés à nos tranches nucléaires par l’obligation de moduler leurs puissances indirectement intimée par les cancres du collège unique de la production électrique française, les EnR :
-Effets sur les matériels : augmentation d’environ 25 % des arrêts fortuits ; dégâts possibles sur la structure des cœurs de réacteurs (fuites, érosion de la cuve et/ou du combustible par une eau primaire dont le contrôle du pH finit par être perturbé par le déséquilibre entre la présence sans cesse renouvelée du bore et celle du lithium...) ; vieillissement prématuré du circuit primaire causé par le nombre abusif de cycles thermiques quotidiens induisant également des contraintes thermiques secondaires.
-Usure prématurée des grappes de contrôle et de leurs tubes guides susceptible d’affecter la sûreté nucléaire des installations.
-Production supplémentaire d’effluents et de déchets radioactifs : La variation de la puissance thermique du cœur est obtenue en en faisant varier la réaction nucléaire au moyen de la dilution ou de la concentration du bore empoisonnant cette dernière dans le circuit primaire. En résulte la production d’un volume excessif d’effluents liquides qu’il est nécessaire de traiter sur résines échangeuses d’ions et/ou sur évaporateurs. D’une part, cette séparation liquide-solide produit des déchets radioactifs à enfuter et, d’autre part, les volumes résiduels d’une eau légèrement radioactive ne peuvent être rejetés à la rivière qu’à un débit sévèrement règlementé et contrôlé par un décret propre à chaque site.
- Impacts sur les finances d’EDF : perte d’opportunités de vente aux bons prix d’achat ; perte de production ; coût marginal du KWh la plupart du temps défavorablement subi. Une récente estimation experte de ces impacts arrive à un chiffre annuel compris entre 7,9 et 12,2 Milliards d’euros !
La conclusion au moins implicite de ce rapport : entre le délétère avatar français de l’Energiewende et la pérennité d’une production électronucléaire robuste, il est temps de choisir
Les Français ont en effet intérêt à choisir vite, car non seulement ils sont désormais exposés à la panne récurrente, voire à la casse d’une machine à KWh conduite en dépit du bon sens, mais nombre d’entre eux sont appelés à rencontrer des difficultés croissantes à se payer suffisamment de ces derniers, sans l’espoir d’apprécier ou seulement de percevoir un jour la récompense climatique promise à leur abnégation. Si d’aucuns en doutent encore, notre ami Jean Pierre Riou est là pour les ramener à une salutaire lucidité.
En ce qui concerne l’évolution du prix de l’électricité, on se contentera de rappeler que le prix TTC du kWh , abonnement compris, a augmenté de 142% de 2009 à 2024, que la part des taxes destinées à financer les renouvelables est passée de 20,77 % de la facture en 2002 à 35% en 2016, avant sa couverture occulte par le budget de l’État (5).
Quant à l’inénarrable ouverture de ce marché de l’électricité mâtiné de transition énergétique et de guerre faite au CO2, façon UE, elle se solde aujourd’hui par des records de production inférieurs à ceux de l’EDF d’il y a 20 ans – y compris sur la performance bas carbone – payés au prix de la désintégration du plus bel appareil industriel dont la France se soit jamais dotée (6).
L’impéritie au service du clientélisme administré doit rapidement cesser
Tolérer que le sort de la politique énergétique française ne découle que d’une confrontation des opinions et des intérêts particuliers méprisant la souveraineté de l’expertise ne devrait plus tarder à coûter très cher à notre pays. Aussi, voir encore trop de cadres et d’influenceurs français se faire ainsi les complices de la mise en péril de la capacité de ce dernier à tendre vers une autonomie électrique rationnelle apparait-il d’autant plus insupportable que les Japonnais ont redémarré la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande du monde, et que, le 16 janvier dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz se fendait de la déclaration suivante : « notre sortie du nucléaire est une "grave erreur stratégique". La transition énergétique que notre pays mène actuellement est non seulement la plus coûteuse du monde, mais nous prive de capacités de production trois ans après la fermeture de nos derniers réacteurs. »
(1) Transitions & Énergies, le 8 janvier 2026 - https://www.transitionsenergies.com/exclusif-courrier-alerte-envoye-syndicat-cfe-energies-ministre-energie/
(2) Transitions & Énergies, le 14 janvier 2026 - https://www.transitionsenergies.com/etat-pas-a-intervenir-pour-bloquer-rapport-edf-modulation-nucleaire/
(3) L’Express, le 19 janvier 2026 - https://www.lexpress.fr/economie/modulation-des-reacteurs-nucleaires-le-rapport-dedf-que-letat-prefere-taire-TRLNEY2THRH2LBVRHTD5HXW2EQ/?cmp_redirect=true
(4) La Lettre, le 20 janvier 2026 - https://www.lalettre.fr/fr/entreprises_energie-et-environnement/2026/01/08/edf—un-rapport-sur-la-modulation-du-parc-nucleaire-au-coeur-de-la-guerre-entre-fontana-et-lewandowski,110593185-eve
(5) In medio veritas, évolution du prix de l’électricité -https://lemontchampot.blogspot.com/2025/09/in-medio-veritas.html
(6) Transition énergétique, à la recherche du temps perdu -https://lemontchampot.blogspot.com/2026/01/transition-energetique-la-recherche-du.html

