L’escalade électorale
Avant de dévisser…
Nous avons eu droit aux premiers de cordée, une métaphore au cœur de la crise sanitaire pour glorifier ceux qui œuvraient pour maintenir le pays en état de marche. Une reconnaissance conjoncturelle pour flatter dans le sens du poil avant que de revenir aux bonnes vieilles pratiques d'un système qui ne récompense véritablement que ceux qui ne mettent jamais la main à la pâte tout en ne cessant jamais de mépriser les emplois si subalternes qu'ils en sont indispensables.
Mais là n'est plus le sujet qui préoccupe les grands guides de hautes montagnes qui aspirent à conserver ou prendre le pouvoir. Ils regardent avec une telle frénésie les sommets enneigés qu'ils sont disposés à toutes les bassesses pour y accéder, pour tenir la corde, avoir une petite chance de l'emporter dans un contexte international qui fait la part belle à ceux qui pratiquent la surenchère, la violence et l'ostracisme de masse.
Comme dans le pays même, le vent mauvais souffle et porte lui aussi les plus viles idéologies qui soient, nos professionnels de la démocratie tombent à gorge déployée dans les hideux discours qui font recette. Ce n'est pas chez eux une nature profonde, une conviction chevillée au corps, une manière d'envisager les relations sociales. Ils ne sont pas gens à avoir des idées propres, ce n'est certes pas ainsi que l'on fait carrière dans ce métier de l’opportunisme.
Ils se contentent de suivre la tendance, de la mesurer à travers des enquêtes d'opinion qui leur conseillent de se précipiter dans l'escalade verbale pour avoir une petite chance de déborder sur sa droite, le parti qui fait la course en tête dans les sondages. Le plus surprenant c'est que cette escalade verbale dans l'abjection, la négation des valeurs fondamentales de notre République, dans cet humanisme né des Lumières ne leur pose nullement problème.
Les uns rêvent de rafles, d'autres de déportations ethniques, pour quelques-uns il importe désormais de mettre en place une forme d'apartheid législatif quand tous font assaut de mesures sécuritaires et d'un recours systématique à la violence pour les forces de l'ordre nouveau. Rien n'est trop fort pour montrer ses muscles et se comparer aux héritiers du pétainisme. Chose fort surprenante, cette hypertrophie du discours fascisant n'est pas l'exclusivité des vieux barons des partis de gouvernement traditionnels mais concerne plus sûrement les jeunes loups dont la jeunesse explique sans doute qu'ils s'émancipent totalement des terribles leçons de l'histoire du XX° siècle.
Ajoutons que pour avoir une petite chance d'hériter de l'exposition télévisuelle sur des chaînes entièrement au service de l'idéologie de l'abjection, il convient de participer à la terrible petite musique qui sévit dans ces officines de la haine. Pour nos chers postulants à la notoriété politique, se salir l'âme n'a aucune importance pourvu qu'ils fassent parler d'eux et qu'ils s'exposent là où l'indignité est la condition de la popularité.
Flatter ce bon peuple dans cette tentation de la désespérance est leur seule manière d'envisager leur rôle et leur avenir. La banalisation des idées d'exclusion, de répression, d'inégalités et de sanctions est à ce point en marche qu'ils ne peuvent plus envisager de tenir des discours de tolérance, de prévention et de justice.
Aspirer à être élu impose désormais, pour avoir une petite chance de réussite, de tenir un discours qui s'inspire des pratiques de ces potentats délirants qui font secrètement l'admiration d'une grande partie de notre classe politique. Plus leurs propos font froid dans le dos, plus ils frôlent le dérapage, plus ils sombrent dans la négation de notre devise républicaine, plus ils auront une chance de recueillir les voix d'un peuple tout disposé désormais à signer un pacte avec le diable.
Cette escalade n'annonce rien de bon et préfigure des heures noires, des souffrances et des drames humains. Ce n'est certes pas de cette hideuse classe politique qu'il faut espérer un sursaut. Des voix doivent s'élever dans la société civile pour bouter tous ces monstres des rênes du pouvoir.


