Le commerce équitable : panorama
Cet article est rédigé dans le simple but d’avoir une réflexion sur notre avenir. Vers quel futur allons-nous ? Que souhaitons-nous en tant qu’êtres humains ?
Chapitre
I : Présentation du commerce équitable
A première vue, associer les deux termes
« commerce » et « équitable » peut sembler un véritable
défi pour certains, voire relever de l’antinomie, car les lois régulant
l’économie de marché sont dépourvues de toute valeur
« humaine ». Elles ne prennent en compte que la notion de circulation
des marchandises.
C’est dans ce contexte que le commerce
équitable est né dans la seconde moitié du XXe siècle lorsque les
anciennes colonies des pays occidentaux ont accédé à l’indépendance.
En 1964, à la 2e conférence
des Nations unies sur le développement, les pays du Sud ont lancé le slogan
« Traid no aid ! » (Du commerce et non de l’assistanat).
Cette date a ouvert la voie à la
multiplication d’expériences d’échanges commerciaux privilégiés entre le Sud et
le Nord et le commerce équitable constitue l’une des possibilités de mise en
œuvre de ce principe.
En 1969 un premier « magasin du monde » s’ouvre aux Pays-Bas avec une offre de produits alimentaires et
artisanaux issus d’un commerce équitable.
L’étape suivante fut la création du logo
et d’une norme Max Havelaar en 1988 permettant une diffusion large des produits
équitables dans la grande distribution ; d’abord dans les pays du Nord de
l’Europe avant de progresser au Sud et particulièrement en France.
Pour information, Max Havelaar est le nom
du héros d’un roman néerlandais du XIXe siècle qui dénonce les
inégalités commerciales entre l’Indonésie et les Pays-Bas et fait une critique
virulente de l’exploitation des populations indigènes.
Aujourd’hui, le commerce équitable se
définit comme suit :
« C’est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et
le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le
commerce mondial. Il contribue au développement
durable en offrant de meilleurs conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et
des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de
Ainsi, un
principe du commerce équitable est la garantie donnée aux petits producteurs de
commercialiser leurs produits à des prix plus rémunérateurs que les cours
mondiaux. C’est également une garantie de relative stabilité des prix et la
mise en place de conditions et de délais de paiement, voire des possibilités de
préfinancement, qui évitent aux paysans et aux artisans de brader leurs
produits ou d’avoir recours à des prêts usuriers. Le prix équitable est
négocié. Il doit pouvoir couvrir tous les coûts de production du produit, incluant les coûts environnementaux et
sociaux, assurer aux producteurs un niveau de vie décent et une part
d’investissement.
La démarche du commerce équitable va au-delà d’un
échange commercial différent permettant une meilleure rémunération des
producteurs et, par là même, leur développement économique. Elle insiste sur le
fait que les organisations de commerce équitable, relayées par les
consommateurs, soutiennent les organisations de producteurs, sensibilisent le
grand public et mènent des campagnes visant à modifier les règles et les
pratiques du commerce international conventionnel.
Il est important de préciser que dans cette
relation de commerce équitable, les producteurs doivent gérer leur organisation
de façon démocratique. Cette notion
est importante et elle permet à de nombreuses personnes de constater que l’on
peut faire différemment.
Ensuite, ils doivent assurer la transparence de
leurs activités dans le cadre d’un développement durable, et tout cela sans pratiquer
aucune discrimination.
De la même façon, les acheteurs doivent respecter
un certain nombre de critères comme : la fixation d’un prix juste et plus
élevé que celui de la bourse, avoir une relation dans la durée, avoir une
notion de protection de l’environnement et du respect du droit du travail
Alors, comment le commerce équitable peut-il
être une réponse aux difficultés de certains pays ?
A titre d’exemple :
Entre 1998 et 2001, le café a perdu 68 %
de sa valeur, son niveau le plus bas depuis 30 ans. 25 millions de
caféiculteurs dans le monde ont ainsi perdu leur principal moyen de
subsistance. Les prix sont descendus bien en dessous des coûts de
production : ils couvraient juste 60 % des coûts dans la province de Dak
Lak au Vietnam. Dix ans auparavant, les exportateurs des pays producteurs leur
permettaient de percevoir un tiers de la valeur totale échangée sur marché. Ce
chiffre est tombé en dessous de 10 % pendant la crise.
Alors que les marques de café n’ont pas
changé leurs prix et ont engrangé des bénéfices considérables, les familles de
petits producteurs ont dû retirer leurs enfants de l’école, particulièrement
les filles. Elles n’avaient plus les moyens de payer les médicaments de base et
ont dû se priver de nourriture. Les négociants ont fait faillite. Les économies
nationales ont souffert et certaines banques se sont écroulées. Les caisses
publiques étaient à sec, la santé et l’éducation sous pression et les
gouvernements obligés de s’endetter.
Ce qui est vrai pour les producteurs de
cafés, est vrai pour de nombreux producteurs de matières premières.
Seul la garantie d’un prix plus juste
peut empêcher ce genre de catastrophe.
Et cet exemple doit nous rappeler notre
article 23 de la Déclaration des droits de l’homme de 1948 qui dit :
« Quiconque travaille a droit à une
rémunération équitable et satisfaisante lui assurant, ainsi qu’à sa famille,
une existence conforme à la dignité humaine. »
Quand on pense que plus de la moitié de
l’humanité se trouve dans un état de pauvreté...
Chapitre
II : Limite du commerce équitable
Pour différentes raisons, nous verrons
que le commerce équitable ne remet pas en cause la domination occidentale sur
les pays du Sud.
Premièrement :
Les pays du sud sont principalement
producteurs de matières premières et c’est la valeur ajoutée, c’est-à-dire la
création de richesse, qui reste dans le Nord.
En effet, la quasi-totalité de
l’industrie de transformation des matières premières restent dans le nord. Dans
le prix de vente final d’un produit, la part revenant au petit producteur reste
faible. Elle est de l’ordre de 0,5 % à 5 % dans le commerce international
classique et de 10 % à 20 % au mieux avec le commerce équitable.
Les pays du Sud sont toujours dans
l’incapacité de créer leurs propres filières de transformation et ainsi d’augmenter
leurs profits. Ils sont donc dans une logique productiviste : toujours plus
de rendement, de qualité et de quantité pour espérer obtenir davantage de
revenus.
Deuxièmement :
Les pays du Sud restent dans une logique
exportatrice. Ils produisent pour les pays du Nord et eux-mêmes ne consomment
pas les produits finis. Ce commerce ne reste équitable que dans un sens. Nous
achetons des matières premières mais ils n’ont pas accès aux produits finis.
Troisièmement :
Le développement des pays du Sud par
cette logique exportatrice et productiviste de matières premières engendre des
dégâts écologiques sans commune mesure. Cette critique ne concerne pas
seulement la production des produits issus du commerce équitable mais il n’en
tient pas compte.
Souvent on a associé le commerce équitable
au concept de développement durable ou à la préservation de l’environnement. Il
s’agit d’une imposture. Dans un monde où tous les produits seraient issus du
commerce équitable, la destruction accélérée de notre environnement ne serait
pas évitée. Les moyens de transports, les emballages, les techniques de
production sont identiques aux produits de consommation classiques.
En Europe, notre empreinte écologique
est si élevée que si tous les habitants de la planète avaient un mode de vie
identique au nôtre, il faudrait une surface totale équivalente à deux planètes
Terre supplémentaires pour répondre à nos besoins.
Pour information, l’empreinte écologique
d’un individu désigne la surface en hectares et les ressources nécessaires pour
maintenir un niveau de vie constant et assurer l’élimination des déchets
produits par cet individu. La moyenne mondiale de l’empreinte écologique est
estimée à
Pour ces raisons, commerce équitable et
écologie sont incompatibles. Qui souhaite se nourrir de la manière la plus
« écologique » possible, consommera des aliments de saison, produits
localement.
Pour illustrer ce propos, voici un
exemple très parlant : le jus d’orange.
90 % du jus d’orange produit dans le
monde est consommé en Europe, au Japon et aux Etats-Unis.
Plus de 80 % du jus d’orange bu en
Europe provient du Brésil, principal producteur mondial. L’Allemagne étant le
plus gros consommateur mondial avec
Pour arriver dans le verre de notre
consommateur allemand, le jus d’orange effectue un voyage d’environ
Sa fabrication nécessite du pétrole et
de l’eau. Le pétrole sert comme énergie pour le procédé de concentration du
jus, pour le transport et
Au final, chaque tonne de jus d’orange
brésilien nécessite environ
Et si on va plus loin, et que l’on prend les
Etats-Unis comme producteur de jus d’orange avec son système d’irrigation
intensive, il faut pour un seul litre de jus d’orange produit, en moyenne
Un développement important même
équitable de production de matières premières sera à terme sans issue au niveau
écologique.
Quatrièmement :
Dans la notion de commerce équitable, il
y a une volonté des organisations, relayées par les consommateurs, de modifier les règles et les pratiques du commerce
international conventionnel.
Ils pensent
que le pouvoir d’achat est pour le « consomm’acteur »
un des derniers pouvoirs disponibles pour « corriger » les grande
distorsions du système actuel. Ils se basent sur l’idée selon laquelle le
consommateur serait roi et orienterait par ses choix de consommation la
production de marchandises. La réalité est bien différente et pour bien des
raisons :
Premièrement,
nos choix sont très souvent influencés par la publicité dont le pouvoir
médiatique est sans commune mesure aujourd’hui avec la publicité faite par les
associations du commerce équitable.
Deuxièmement,
l’offre de produit issue du commerce équitable dans une même gamme est infime
comparé aux groupes alimentaires.
Troisièmement,
dans nos sociétés existent, hélas, de grandes disparités de pouvoir d’achat et
les produits du commerce équitable s’adressent, par leurs prix plus élevés, à
une minorité de gens.
Pour toutes ces
raisons, il sera difficile pour l’ensemble des acteurs du commerce équitable de
modifier les règles actuelles du commerce mondial. Mais ce concept reste peut
être à ce jour une forme de commerce moins mauvaise et moins injuste.


