Cuba risque de perdre son embargo protecteur et les USA leurs certitudes
Les États-Unis ont une telle phobie viscérale du communisme qu'ils violent les bases de la démocratie dans leur territoire, dans leur voisinage et ailleurs dans le monde afin d'éradiquer un mode de pensée qui pourrait menacer leur oligarchie économico-financière toute puissante et monopolistique. A ce titre, Cuba, pouvant donner des idées de changement au peuple américain, a été une cible de toutes sortes d'agressions politiques, économiques, financières et criminelles. Cuba, a priori opposant à détruire, n'a jamais attaqué le sol américain, ni ses intérêts à travers le monde entier. L'ignoble embargo américain a fait souffrir le peuple cubain et l'a soudé dans l'adversité. Pour les USA le résultat a été à l'opposé des attentes. La fin de la toute puissance "relative" des Américains dans le contrôle du monde les conduit à de nécessaires revirements de politique internationale, en particulier avec la levée de l'embargo "protecteur" sur Cuba. Les réticences de Raul Castro à la levée rapide de l'embargo sont capitales pour la survie de Cuba.
Cuba n'a jamais attaqué les USA ni directement ni indirectement en fomentant des attentats terroristes : Cuba n'est pas Gaza ! A voir la "relative retenue" du gouvernement israélien dans ses réponses aux attaques terroristes du Hamas (pour 13 morts de civils israéliens lors de l'opération "plomb durci" la riposte "modérée" s'est traduite par la mise hors service de 1440 Palestiniens, terroristes actifs, mères de terroristes, enfants destinés à devenir des terroristes, soit un ratio supérieur à 100 pour 1). Une attaque terroriste de Cuba contre les USA aurait enclenché le rouleau compresseur américain pour dissuader à tout jamais les Cubains de recommencer : dans le meilleur des cas des bombardements massifs, "ciblés" se seraient soldés par des milliers de mises hors service, avec un rapport de l'ordre de 1000 pour 1. Dans le pire des cas et le plus probable, il y aurait eu un débarquement massif pour chasser les Castro et les communistes du pouvoir. Mais les Castro ne sont pas tombés dans le panneau !
Depuis la révolution cubaine menée par Fidel Castro, chassant le dictateur Batista le 2 janvier 1959, et mettant fin à une colonisation de fait de Cuba par les forces économico-financières américaines, le Gouvernement Fédéral et la Congrès ont pris une multitude de mesures contre Cuba, renforcées de décennies en décennies. L'ensemble des mesures coercitives et des actions illégales des USA envers Cuba a fait l'objet d'un excellent article en deux parties (Salam Lamrami, Agoravox-International des 26 et 28 mars 2015 : Rapprochement Cuba/ États-Unis). On ne peut comprendre les réactions américaines à l'aune des pensées européennes des droits universels de l'homme impliquant le respect et la solidarité indépendamment des "droits" attachés aux origines, à la naissance, à la race, au statut social et à la richesse possédée. L'essence du peuple américain est celle des colons individualistes, conquérant par les armes des territoires et des richesses fossiles, avec le droit inaliénable de tout exploiter (ressources fossiles et main-d'oeuvre "inférieure et soumise"), celle des WASP d'aujourd'hui possédant et dirigeant l'économie civile et militaire, le commerce national et international, l'entertainement de propagande, et la finance "divinisée". Dieu est même mis à contribution : "In God we trust" sur les billets en dollars ! La voie messianique est un indispensable complément au droit de maintenir et développer "l'american way of life" et d'en faire la promotion mondiale. Ce qui est absurde car le système ne peut se développer que sur l'exploitation massive des humains. Par essence, la démocratie américaine consiste à sélectionner des candidats aux fonctions politiques par les maîtres de l'économie et de la finance, puis à financer massivement leurs campagnes électorales. En retour, les élus, le Président, les membres du Congrès et du Gouvernement fédéral sont tenus d'agir dans le respect des avantages acquis du système économico-financier en place. La Gouvernance des USA est au service du système, ne doit pas s'y substituer par des nationalisations ou entreprises publiques. Par contre, en cas de coup dur, de malversations du système la Gouvernance doit préserver le système, secourir les piliers "trop gros pour faire faillite", prendre à sa charge les dettes et déficits. Avec la crise liée aux errements des "subprimes" Bush, partisan de la non intervention de l'état, a fait une erreur en laissant disparaître la banque Lehman Brothers : cette erreur a été pardonnée car de bons prédateurs financiers ont profité des dépouilles et qu'ensuite Obama est venu en aide massivement aux canards boiteux menacés de disparaître dans les assurances, la finance, l'automobile : les chantres du moins d'état se sont tus momentanément. Heureusement une grande partie des aides a pu être récupérée suite aux "nettoyages" internes chez les canards boiteux secourus. Ainsi il serait logique qu'un amendement de la Constitution américaine interdise toute nationalisation d'intérêts privés, les entreprises étatiques ou publiques et, in fine, le communisme.
Pour revenir à Cuba, si les frères Castro renoncent à l'oeuvre de leur vie, à la mise en pratique d'un véritable communisme, comme le fait la Chine où les ex-dirigeants communistes se sont transformés en capitalistes tout en conservant la mainmise sur le pouvoir politique (de bons disciples des maîtres de la gouvernance des USA), alors le Congrès sur injonction de ses mentors annulera toutes les lois, décrets et réglementations relatifs à l'embargo, et ce en quelques séances rapides. Cuba redevenant alors un dominion, une colonie américaine car les capitaux et entreprises américains feront main-basse sur toute l'économie cubaine, les cubains retrouvant le statut de main-d'oeuvre paysanne, hotelière, ouvrière de l'industrie, du commerce et du sexe. Les dirigeants fondateurs cubains en ont pleinement conscience et veulent seulement distendre l'embargo pour conserver les grandes avancées de leur régime : l'éducation pour tous et une santé de qualité au bénéfice de tous sans conditions de revenus. Même si certains cadres du régime cubain se verraient bien en capitalistes rouges à la chinoise.
Alors pourquoi donc Obama, incité par ses conseillers du système économico-financier, propose-t-il de renouer des liens normaux avec Cuba ? Les raisons sont multiples, la première mise en avant par Obama est l'inefficacité des mesures d'embargo pour détruire le régime cubain. Les autres découlent de l'émancipation des pays des continents américains, surtout de l'Amérique du Sud, refusant de se plier aux fourches caudines du grand frère Yankee : ces pays se développent et tissent des liens forts commerciaux, technologiques et scientifiques dans l'international mondial, en particulier avec la Chine. Celle-ci est fortement intéressée par des implantations à Cuba, aux portes des USA, des Caraïbes et de l'Amérique Centrale : la Chine utiliserait Cuba comme cheval de Troie comme elle le fait avec la Grèce aux portes de l'Europe. Une autre raison de reconnaître le droit de vivre pour Cuba est le nécessaire repliement des USA sur le pré carré des Amériques car les USA payent le prix de leurs mauvaises politiques au Vietnam, en Afghanistan, en Irak, en Iran, en Lybie, en Russie, en Ukraine et dans bien d'autres pays. En outre les USA peuvent maintenant se passer des hydrocarbures du Moyen-Orient. Sans oublier que la Chine, première puissance mondiale dans de nombreux domaines, est en train de redevenir le grand empire plurimillénaire, assoupi pendant la parenthèse du colonialisme anglais prolongé par la domination mondiale américaine. L'ensemble des Amériques pèsera alors plus lourd que la Chine ! Cette nouvelle politique suppose que les USA laissent l'Europe se construire avant qu'elle ne s'associe avec la Russie. Sinon l'empire russe sera avalé par l'empire chinois !
Le rétablissement des relations diplomatiques entre les USA et Cuba et la levée partielle de l'embargo protecteur de Cuba ne sont pas la simple suppression d'une injustice notoire, ni la reconnaissance aux peuples de pouvoir vivre dans la dignité sous un régime privilégiant les avancées sociales au détriment d'un libéralisme individualiste et destructeur. La nouvelle politique panaméricaine d'Obama, dictée par le système économico-financier régissant les USA, n'est qu'un nécessaire revirement de politique pour s'adapter à le nouvelle donne mondiale.

