dimanche 17 janvier 2016 - par
La comptabilité aussi effarante que révélatrice de Uber
C’est une nouvelle qui a attiré l’attention de François Lenglet qui y a consacré une chronique du matin sur RTL cette semaine. Au premier semestre 2015, Uber a réalisé 663 millions de chiffre d’affaires, en hausse de 34%, pour près d’un milliard de pertes. Des chiffres révélateurs.

L’économie de mercenaires
Dans l’absolu, les chiffres sont totalement ahurissants. Comment une entreprise peut-elle dépenser plus de deux fois ce qu’elle touche ? Plus effarant, les dépenses progressent plus vite que le chiffre d’affaire ! Mais l’entreprise ne se soucie pas de ses pertes, comme le rapporte L’Expansion, puisque ses dirigeants ont levé plus de 6 milliards de dollars, ce qui fait qu’elle dispose de plus de 4 milliards de dollars de liquidités, ce qui lui a permis de doubler les dépenses marketing entre le premier et le second trimestre ! Les lois du monde des affaires ne semblent pas avoir de prise sur cette entreprise qui réalise l’extraordinaire prouesse de valoir plus de 60 milliards de dollars alors que ses revenus sont 40 fois moins importants et que ses pertes sont abyssales pour le moment. Les investisseurs sont-ils fous ?
Le plus incroyable est que l’on peut trouver une logique. En effet, les marchés font un pari sur l’avenir : ils indiquent de la sorte qu’ils croient qu’Uber va pouvoir dominer le transport urbain, voir son chiffre s’envoler de même que sa rentabilité. Et finalement, la croissance de 34% le valide en partie. Mieux, les revenus nets progressent plus vite que les revenus bruts : Uber arrive à conserver une plus grande part des courses, ce qui permet une progression de sa marge. D’ailleurs, en France, l’entreprise a pu baisser de 20% le revenu des chauffeurs et elle a déjà mis en place tous les dispositifs habituels de désertion fiscale. Mais cela pose problème car les investisseurs font un pari autoréalisateur, car les moyens qu’ils donnent à Uber vont lui permettre d’écraser les marchés sur lesquels il opère.
Ainsi, commence à poindre une critique de cette nouvelle économie de coucous à la recherche de rentes, ces barbares dénoncés par Franck Dedieu, et dont la Tribune note qu’elle n’est ni sociale ni solidaire. Ces entreprises ne sont-elles pas les mercenaires barbares des marchés ?

