vendredi 24 avril - par REMY Ronald

Relance économique Covid19 : Comment limiter l’inflation

En opposition avec toutes les pratiques institutionnelles et monétaires antérieures, les gouvernements européens ont collectivement décidé de faire marcher à fond la planche à billets pour sauver l’ensemble des économies sinistrées par la crise du coronavirus.

Un coût budgétaire gigantesque dont le remboursement peut éventuellement être repoussé à plus tard, à la charge de nos enfants ! Il peut aussi être habilement diminué par effacement organisé de certains types de « dettes hors emprunts ».

Mais la redoutable « main spoliatrice invisible » de l’inflation sévira fatalement, tôt ou tard, avec une plus ou moins grande intensité. Il existe cependant une étude peu connue sur un très vieux projet d’outil financier de gros investissements limitant l’inflation.

Tout d’abord, rappelons que dès sa mise en place en 2017, le gouvernement juppéïste « rapiat » d’Edouard Philippe décide de revenir sur certaines promesses du candidat présidentiel Emmanuel Macron en augmentant les prélèvements obligatoires (la France devenant la championne du Monde en la matière en 2018 ET 2019 !) tout en diminuant certaines prestations sociales (triste exemple de bouts d’APL mesquinement récupérés dans la poche des veuves retraitées en difficulté pour leurs logements). La raison ? L’administration française a besoin d’argent, doit faire des économies et raboter ses budgets. A ces prélèvements supplémentaires successifs contraires aux engagements électoraux, sont ajoutées des taxes écologiques « punitives » (carbone/fuel/essence : 4 milliards). Une « goutte d’eau fiscale » de trop qui déclenchera la longue et coûteuse jacquerie des « Gilets Jaunes » (11 Milliards, doublés par les dégâts !).

Puis un jour, en pleine crise sur la réforme des retraites (sagement reportée depuis) et en pleine élection municipale (sagement interrompue puis décalée à l’automne), le covid19 s’impose à nos tables médiatiques. Mystérieusement et « officiellement apparu » le 17 Novembre 2019 près d’un laboratoire suspect P4/P2 dans la ville de Wuhan en Chine (à des centaines de Km des chauve-souris incriminées !), il finit par atteindre le 24 janvier 2020 une France observatrice, insouciante, mal préparée et aussi très mal aidée par une OMS (Organisation Mondiale de la Santé, sous influence chinoise) qui n’a réagi que tardivement, le 11 mars 2020, pour déclarer ce virus pandémique. Les USA cesseront de financer l’OMS en raison de ce « mystérieux et inacceptable » retard.

Par ailleurs, le Milliard technocratiquement économisé (en sus des salaires) au niveau des masques, des gels, des tests, des oxygénateurs et des lits d’hôpitaux entraine un énorme et coûteux délai d’approvisionnement auprès des fournisseurs externalisés en Asie (déjà débordés de commandes depuis deux mois). Face au manque caricatural de moyens en France, une obligation de confinement sévère est donc décidée en ultime recours, avec un « très polémique » verrouillage interne des retraités en EHPAD manquant de moyens et de consignes (notamment en provenance des bureaucratiques ARS, Agence Régionales de Santé).

Le coût économique global encore plus énorme de cette imprévoyante et brouillonne organisation est évalué en France entre 110 Milliards (chiffre officiel gouvernemental du 14 avril) et 450 Milliards (l’avenir précisera ce chiffre effroyable). Paradoxalement, pour relancer l’ensemble de l’économie en péril en plein milieu de cette coûteuse crise, le gouvernement « trouve » l’argent qu’il n’avait pourtant pas auparavant pour la veuve retraitée en difficulté…

Contrairement à ce que prétendent certains « patriotes critiques » mal informés, la santé ne fait absolument pas partie des prérogatives du très faible budget habituel de l’Union Européenne. Les institutions européennes n'avaient donc strictement rien à se reprocher.

Mais parce que l’Europe fait face à la plus grande récession depuis la seconde guerre mondiale (inédite par l’ampleur sans précédent du choc Covid19 et son impact durable sur les économies), une remarquable aide européenne a été mise en place. énumération ci-dessous de cette bureaucratique mais extraordinaire mobilisation financière (liste quasiment à la Prévert, à compléter et réactualiser). Un énorme volume monétaire Banque Centrale creusant le déficit et faisant donc tourner la planche à billets (le tout accepté par les Allemands eux-mêmes !) :

La BEI (Banque Européenne d’Investissement) :

Premier paquet de 28 à 40 Milliards afin de soutenir les besoins en investissement et en liquidité des PME et ETI (extensions de crédit et délais de grâce pour le remboursement des prêts consentis, instruments d’affacturage pour lever les contraintes de liquidité, assouplissements d’exigence en matière de collatéral, etc.).

Plan de 5 Md€ de prêts au secteur de la santé dans l’UE, qui permettrait de financer des besoins urgents en infrastructures et équipements, des facilités de traitement, des mesures de préparation aux pandémies, et des fabriques de médicaments liés à la crise sanitaire ou plus globalement des projets à fort impact.

En sus, la BEI a proposé la mise en place d’un « Fonds pan-européen de garanties », garanti par les Etats membres, à hauteur de 25 Milliards € et lui permettant de déployer rapidement 200 Milliards € d’instruments financiers ciblant en particulier les besoins en liquidité et en investissement des PME européennes (soit plus de 1 % du PIB de l’UE).

Le MES (Mécanisme Européen de Stabilité) :

Cet instrument de soutien à la balance des paiements pourra fournir à chaque Etat un prêt de l’ordre de 2% de son PIB. Cela représente une enveloppe d’environ 240 Milliards € pour toute la zone euro. Cette enveloppe permettra aux pays qui en font la demande de financer les coûts directs et indirects liés aux soins de santé, à la guérison et à la prévention face à la crise du COVID 19.

En sus, la Commission Européenne pourra emprunter sur les marchés afin de prêter à des conditions favorables jusqu’à 50 Milliards € aux Etats non membres de l’Euro qui en feraient la demande.

Le SURE (Support mitigating Unemployemnt Risks in Emergency) :

Instrument temporaire permettant d’apporter une assistance financière d’un montant de 100 Milliards € au total, sous forme de prêts accordés par l’UE aux Etats membres à des conditions favorables. Cet instrument vise à atténuer les risques de chômage : il viendrait principalement soutenir les politiques de protection des travailleurs et de l’emploi dans les Etats, notamment les dispositifs de chômage partiel et d’aide aux travailleurs indépendants.

Le Fonds de relance au niveau européen :

Mis en place par l’Eurogroupe, il permet de financer une augmentation de certains programmes du budget de l’UE destinés à préparer et soutenir la reprise de l’économie et qui viendrait en aide en priorité aux Etats les plus touchés par la crise. Ce fonds temporaire, ciblé est « doté d’une taille  » qui permette de répondre à l’ampleur du choc sans précédent. Il aidera à étaler dans le temps le coût des dépenses engagées en réponse à la crise grâce un financement approprié (La France souhaite que ce fonds soit alimenté par un endettement commun complémentaire « significatif » des Etats membres, qui alimenterait le budget de l’Union, afin de financer une réponse solidaire de l’Union à la crise).

A ces massives mesures financières européennes (que certains annoncent déjà en prévisible hausse !), s’ajoutent bien évidemment les déficits budgétaires nationaux maintenant accordés et des mesures financières nationales « exceptionnelles ».

Le Conseil ECOFIN :

Au vu de l’ampleur de la crise, ce conseil a soutenu le 23 mars la proposition de la Commission européenne d’activer la clause pour récession économique sévère (appelée Clause Dérogatoire Générale ou « general escape clause »), pour permettre une réponse budgétaire coordonnée à la pandémie au niveau européen. (Cette clause du Pacte de Stabilité et de Croissance n’avait jamais été activée auparavant).

Cette clause autorise une « déviation » par rapport aux cibles budgétaires fixées par le Conseil. La France s’est donc inscrite dans ce dispositif exceptionnel. Sur cette base, elle a autorisé trois régimes d’aides d’Etat français afin de soutenir les entreprises touchées par la crise. Deux de ces régimes vont permettre à BPI France de fournir des garanties d’Etat sur ses prêts et des lignes de crédit pour les entreprises employant jusqu'à 5.000 salariés. Le troisième régime va fournir des garanties d’Etat aux banques sur les portefeuilles de nouveaux prêts pour tous types d’entreprises.

L’initiative d’investissement en faveur de la lutte contre l’épidémie de Coronavirus :

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Adopté par l’Union Européenne le 30 mars sur proposition de la Commission, elle représente une mobilisation de 37 Milliards € pour soutenir l’investissement à partir des enveloppes de fonds structurels encore disponibles. Ces crédits pourront être utilisés pour renforcer les systèmes de santé, soutenir la trésorerie des PME, financer les mesures de chômage partiel et les services de proximité.

La réserve pour l’aide d’urgence de l’UE :

Elle soutient directement les systèmes de santé des Etats membres. Pour financer cette action, la Commission mobilise 3 Milliards € d'euros provenant des marges de crédits disponibles dans le budget de l'UE 2020. 300 millions d'euros seront en particulier alloués à la réserve de matériel médical RescEU. L'instrument d'aide d'urgence permettra à l'UE d'apporter une réponse coordonnée au niveau de l'UE en finançant des mesures concrètes en réponse aux besoins exprimés par les pays. À titre d'exemple, la Commission soutiendra l'importation, le transport et la distribution d'équipements de protection, en se concentrant sur les régions les plus durement touchées. Elle contribuera aussi au transport de patients dans le besoin vers des hôpitaux transfrontaliers qui disposent encore de capacités ou encore accélérera la mise au point de médicaments et de méthodes de dépistage.

Le Fonds européen d’investissement :

En sus d'aider les Etats membres à financer les dépenses de santé, la Commision Européenne l'a doté de 1 milliard d'Euros pour encourager les banques à octroyer des liquidités aux PME et aux petites entreprises de taille intermédiaire. Grâce à cette garantie, environ 8 Milliards € de financements seront déployés pour venir en aide à au moins 100 000 PME et petites entreprises de taille intermédiaire européennes.

Le programme d’achat de titres par la BCE :

La Banque Centrale Européenne a annoncé un nouveau programme d’achat de titres (publics et privés) portant ses achats nets sur l’année à plus de 1.100Milliards € (20 Milliards mensuels étaient déjà actés auxquels ont été ajoutés 120 Milliards, annoncés le 12 mars, puis 750Milliards le 18 mars). Ces achats permettent d’assurer le bon fonctionnement des marchés de titres, nécessaire au financement de l’Etat et des grandes entreprises ou celles de taille intermédiaire. Ce programme permet en outre d’éviter la fragmentation financière entre les pays de la zone euro et de garantir la bonne transmission de la politique monétaire dans toute la zone euro.

Elle a aussi décidé d'un assouplissement du refinancement à long terme des établissements bancaire, qui pourront se refinancer à un taux abaissé à -0,75 % ( !!! ) s’ils maintiennent leurs encours de prêts à l’économie réelle (entreprises et ménages). Si les banques ne prêtent pas assez aux entreprises et aux ménages, le taux appliqué sera ainsi plus élevé. Ainsi, la BCE garantit l’accès aux crédits des ménages et des entreprises, en particulier celui des PME, qui se financent moins sur les marchés de titres.

Le 7 avril, la BCE a aussi assoupli son cadre de collatéral : elle a élargi l’univers des titres qu’elle accepte de prendre en contrepartie du refinancement bancaire, assurant ainsi une bonne liquidité bancaire. En élargissant ce cadre, elle incite davantage les banques à prêter aux entreprises et aux ménages.

Enfin, la BCE a aussi assoupli les règles prudentielles afin d’éviter un resserrement des conditions de crédit qui aurait résulté de la dégradation de la qualité des actifs détenus par les banques.

En sus de cette massive première intervention financière européenne absolument historique (en espérant le moins possible de paperasseries inutiles et de lenteurs bureaucratiques), des moyens colossaux sont en préparation pour le Fonds Européen de Relance via le budget européen multiannuel (le MMF, selon l'acronyme anglais). La discussion entre les leaders européens porte sur l'ampleur de l’effort relance. Le Commissaire Européen Thierry Breton est en train de faire le tour des filières pour définir plus précisément quels sont les besoins. Selon ses dires depuis mars, on serait proche de 1 600 milliards d'euros. On en aura une idée plus précise dans quelques mois, lorsque tous les pays européens seront sortis du confinement et que les dégâts seront plus clairement analysables. En attendant, voici deux exemples de mesures nationales « complémentaires ».

En Allemagne :

Le 25 mars, le Bundestag a voté, après un débat très succinct, la levée de l’obligation constitutionnelle de limitation de la dette publique. Il a avalisé sans broncher un plan de relance sans équivalent dans l’histoire allemande : un budget complémentaire déficitaire de 156 milliards d’euros, plus de 500 milliards d’euros de garanties sur les emprunts privés et la création d’un fonds public de participation. Doté de 600 milliards d’euros, ce dernier sera capable de nationaliser tout ou partie d’un grand groupe en difficulté, pour éviter son rachat par des investisseurs étrangers. 50 milliards d’euros ont commencé à être distribués, quasiment sans conditions, aux travailleurs indépendants du pays, au travers des banques publiques régionales. Tout cela dans un large consensus politique et économique.

En France :

Pour faire face à cette crise sanitaire et économique inédite, et mettre en application le « quoi qu’il en coûte » présidentiel, le gouvernement français a aussi dû muscler son plan d’urgence. Face aux besoins croissants des entreprises en matière de reports de charge et de chômage partiel notamment, il passera de 45 à 100 milliards d’euros. Les dépenses « exceptionnelles » dédiées à la santé vont aussi augmenter de 2 à 7 milliards d’euros. Le projet de budget rectifié prévoit également des primes pour les personnels soignants et certains fonctionnaires. Conséquence de cette récession et du renforcement des mesures de soutien, le déficit public va (officiellement) grimper à 7,6 % du PIB et la dette publique exploser à 112 % en 2020.

Vous constatez néanmoins que fin Avril, l’effort de relance national français est en fait cinq fois moins puissant que celui de l’Allemagne. (Les allemands avaient également bien plus de tests, d’oxygénateurs et de lits d’hôpitaux malgré un budget santé proportionnellement similaire aux français. Le tout ayant abouti à un meilleur bilan humain… 5 fois moins de morts !). Il est vrai que la proportion « d’administratifs » par rapports aux personnels d’entreprise ou aux personnels médicaux est bien plus élevée en France).

Comparés ensuite aux américains, en proportion, les français apparaissent encore bien plus « petits bras ». Aides US de Santé et Sécurité Sociale : 180 Milliards, Etats et Gouvernements locaux : 340 Milliards, Particuliers : 603 Milliards, PME : 377 Milliards, Grandes entreprises : 500 Milliards + 4.000 Milliards en crédits potentiels). Soit un total (provisoire) USA de 6.000 Milliards.

Dans cet article déjà trop long, je ne vais pas vous énumérer les autres comparatifs des nombreux budgets déficitaires au sein de la trentaine de pays européens. En résumé, à part deux ou trois pays (nordiques), les déficits explosent quasiment partout avec, comme conséquence, une planche à billets tournant sans discontinuer.

Au cours de ce dernier demi-siècle, la priorité avait été donnée à la lutte contre l'inflation et à l'indépendance monétaire européenne via l'ECU.

(Unité de Compte Européenne) appelé aujourd'hui Euro à la demande impérative des allemands (le sympathique acronyme ECU, clin d’œil historique à l’ECU tournoi du moyen âge, voulant héla aussi dire « vache » en allemand).

Aujourd'hui, en raison de la crise du coronavirus, tous les dogmes budgétaires et monétaires établis ont volé en éclat pour sauver « à tout prix » les entreprises (donc les emplois) et les banques (donc les épargnes et même vos simples dépôts déjà menacés AVANT le Covid19). La création monétaire intensive (via rachat des dettes par la BCE, impression massive de monnaie et quasi "diffusion par hélicoptère") a donc été privilégiée afin d’arroser un maximum d’industries sinistrées et bloquer ainsi les effondrements économiques en dominos. Néanmoins, nombre de responsables, dont François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, estiment quil faudra tôt ou tard rembourser tout cet argent, sous peine d’inévitables conséquences.

Vu la masse monétaire injectée et le niveau d'endettement existant déjà la veille de cette crise sanitaire mondiale, vu la difficulté voire l’impossibilité de rembourser la totalité de cet argent pour nombre de pays, la probabilité est effectivement forte de voir se réveiller une inflation excessive (un fléau monétaire craint par les allemands qui se souviennent douloureusement qu’une brouette de billets ne payait parfois qu’un simple repas familial sous la République de Weimar entre 1921 et 1924. Une époque infernale où il a fallu au final jusqu’à 12 trillons de Marks pour un seul Dollar !). Certains pays subissent encore aujourd’hui ce fléau. Exemple : 300.000% de taux d’inflation en 2020 au Venezuela du régime autoritaire Maduro, admiré avec entêtement par le leader de « l’insoumission variable » Jean-Luc Mélenchon. Un leader français autocratique refusant obstinément aussi, élection après élection, la représentation des usagers dans les conseils d’administration des services publics (privatisés ou non).

En cette période de douloureux problèmes budgétaires généralisés, l’idéologie « YAKA » d’annulation des dettes est bien entendu redevenue à la mode. Et un souhait d’annulation pas seulement pour l’Afrique...

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Le think tank « En Marge » attire l’attention sur certains types de dettes qui sont impossibles à annuler. Sous peine de léser les épargnants (entrainant en cascade d’autres conséquences économiques négatives et maintenant bien connues). Sous peine aussi que les prêteurs cessent immédiatement de prêter (aggravant automatiquement et dramatiquement l’étranglement financier. Les exemples autant historiques qu’actuels de ce type d’erreur de décision sont symptomatiques).

Pour faire court et simple (voire simpliste), « En marge » estime que seules les dettes non issues directement d’emprunts peuvent faire l’objet de moratoires via la Banque Centrale Européenne (à l’instar de ce que fait déjà la FED, la Banque Fédérale américaine). Pour les dettes hors emprunts, les taux réduits à zéro, les étalements quasi infinis, voire les moratoires d’extinction définitives pouvant même être bénéfiques sur le plan économique.

Cependant, l’accroissement incontrôlé de la masse monétaire génère un tout autre problème n’ayant rien à voir avec la spoliation des prêteurs. Cet accroissement anarchique a des conséquences fatalement inflationnistes, plus ou moins fortes, plus ou moins dommageables, pour l’ENSEMBLE de la population. Et cela, quelles que soient les judicieuses modalités de traitement des dettes dites « négociables ».

De plus, l’aspect quantitatif, le caractère massif de la création monétaire ne suffit pas toujours à relancer l’économie (on l’a bien vu ces dix dernières années après la crise des subprimes 2008). Le critère de vitesse de rotation de la monnaie a été totalement sous estimé. Sans parler de l’affectation précise de cette monnaie. Certains secteurs productifs de l’économie réelle en auront bien plus besoin que d’autres (le danger des fameuses « bulles de rente »). 90% de la monnaie créée jusqu’ici par la BCE est allée vers… l’économie spéculative ! (exemple de la titanesque bulle sur produits spéculatifs appelés « dérivés », frauduleusement sortie en douce des bilans des banques, devenue quasi hors contrôle législatif et fiscal, qui dépasse maintenant et très largement le budget des Etats !!!).

En résumé : Comment mettre une laisse autour du cou de chacun des billets de banque massivement imprimés. Telle est le problème que personne n’a été capable de résoudre sur cette planète jusqu’à ce jour.

Cette grave menace inflationniste européenne et mondiale rend d’actualité les travaux d’atelier sur les crédits dit DTSL, réf. 1988-1993). Des Droits de Tirage Spéciaux Locaux partiellement gagés sur l’Euro qui permettront de financer sans délai entre 10 et 50% des investissements d'utilité publique (nationalisés ou non) en évitant (ou limitant fortement) le risque inflationniste. Car les DTSL ont cette précieuse particularité de ne financer que les investissements et en aucun cas les dépenses courantes. Ils excluent systématiquement le paiement des salaires et tout usage domestique. Une para monnaie « complémentaire » utilisée comptablement en double colonnes par les entreprises et les banques (acceptant l’expérimentation). Une para-monnaie utilisée en cascade au fur et à mesure des cycles d'échange économiques respectifs jusqu'aux remboursements finaux (y compris directs et INDIRECTS. C’est-à dire un remboursement aussi via règlement des impôts et taxes. Une modalité qui permettra aux entreprises de se débarrasser rapidement de cette para-monnaie non thésaurisable).

En plus de raccourcir les délais de lancement de certains lourds investissements (bloqués pour cause de budget insuffisant), l’objectif supplémentaire du système DTSL serait d’empêcher l'effondrement de la valeur des monnaies occidentales face à l’impérial Dollar et à l’invasif Yuan. N’oublions pas que le Yuan est doublement avantagé. D’abord par le fait que la Chine est devenue de très loin le plus grand atelier industriel de la planète. Ensuite parce que sa reprise économique post covid19 aura démarré de facto 3 mois avant les pays de l’OCDE. Un redémarrage rapide et intense lui permettant de facilement rafler une nouvelle part des marchés industriels qui ne lui appartenaient pas encore avant sa « très utile exportation involontaire du Covid19 ».

Mais une telle réalisation para-monétaire nécessite deux importantes conditions :

1°) Un minimum de concorde nationale en France autour d’un objectif médiatisé, expliqué, débattu, globalement partagé, permettant un « gouvernement de rassemblement élargi » (pour compléter un « socle politique populaire » macronien demeuré trop faible).

2°) Un minimum d'Etats partenaires en Europe qui accepteraient cette monnaie complémentaire dite aussi « tournante » (car non thésaurisable, non capitalistique). Une participation monétaire originale testée de manière synergique en échange de bénéfices conditionnels contractualisés. Une sorte de mélange de « plan Marshall »(réf. 1947-1951 Europe) et de « New deal industriel » européen (réf. 1933-1938 USA).

De lourdes et exigeantes conditions qui réclameront hélas du temps pour les réunir. Un temps précieux qui nous manque. Pour accélérer une large prise de conscience populaire française et européenne, une « coopération transversale internationale » se développera via les expérimentations concrètes (et les améliorations du système DTSL).

À mon humble avis personnel (mis à part un hypothétique efficace coaching Élyséen « pont d’Arcole »), seuls certains puissants réseaux spécifiques seraient capables d’impulser, à la fois « en marge » et en profondeur, une telle massive, complexe et délicate mobilisation politique, bancaire et industrielle.

Une fois cet impulsion obtenue en provenance de la base ou du sommet (ou des deux), il y aura ensuite besoin de mettre en place une sorte de MITI international pérenne (Ministry of International Trade and Industry à la japonaise/ réf. 1949) chargé

1°) des grands choix stratégiques d'investissement et

2°) de limiter enfin, une bonne fois pour toute, les répétitives prédations US et chinoises (en matière industrielle et de brevets).

La duplication de cette expérimentation en Europe nécessitera un énorme, délicat et urgent travail diplomatique au milieu d’une fragile construction confédérale européenne « à géométrie variable".

L'idéal pour préparer efficacement cette expérimentation serait de discrètement mettre en place un nouveau service interministériel spécifique, autonome, en lien direct et exclusif avec l'Elysée, le Ministre de l’économie et Bercy. Ce service activerait un réseau d’industries et de banques soigneusement motivées au préalable, notamment par les hausses de chiffres d’affaires proposées (et donc des bénéfices) découlant des « champs d’expérimentation successifs ».

Vaste challenge.

Cette gestion monétaire de crise, à la fois urgente et innovante ne sera évidemment pas adaptée à la lenteur institutionnelle classique (type réforme des retraites) qui nécessitent des navettes parlementaires sur des trimestres voire des années. Cependant, la liste grandissante des réalisations industrielles françaises et franco-européennes concrètes, régulièrement présentée en détail aux législateurs et aux médias, servira de « sauf conduit », de « blanc-seing » démocratique pour la poursuite des expérimentations du système de crédits DTSL. L’avantage de cette indispensable transparence complémentaire sera d’éviter les erreurs de gestion opaque, les impasses technologiques crétines et les gabegies actuelles type EPR (belle centrale expérimentale, certes, mais dont les malfaçons ont généré un coût de 12 milliards en 12 ans sans produire un watt d’électricité, en toute impunité, sans que les usagers payeurs d’EDF ne puissent jamais rien contrôler, aussi bien en « interne » qu’électoralement).

Bien que souvent décriés, les banquiers de bonne volonté (en retraite ou non) seront les bienvenus pour alimenter et structurer un débat puis un cadrage réglementaire qui se voudra avant tout pragmatique et constructif. Pour « En marche », les banquiers sont même indispensables. Les « YAKAFOKON » idéologiques sur diverses expériences passées (notamment de « monnaie fondante » avec Silvio Gesell, de « monnaie franche » type WIR, etc.), les expériences concrètes depuis Wörgl (1932 -1933) avec les nombreuses monnaies locales et monnaie de troc (SEL, Piaf, CréditHor, Epi, Pêche, Roue, SOL, Grain, Ostra, Radis, etc.), ont pleinement eu le temps de s’exprimer depuis 1985. L’idée de monnaie complémentaire, largement expérimentée en France et dans le Monde, a été légalement reconnue dans de nombreux pays et officiellement crédibilisée en France par la loi relative à l’Économie sociale et solidaire de 2014. L’article 16 de la loi reconnaît officiellement l’existence des monnaies locales et rend possible leur utilisation pour le paiement de services publics. Il existe déjà plus d’une quarantaine de monnaies locales officielles en métropole.

Nous voulons maintenant passer à une autre étape et dépasser les conservatismes. Nous voulons étendre ce principe à un tout autre niveau, strictement ciblé sur les grands investissements départementaux et régionaux. Une extension avec contrôle et collaboration d’un Ministère entièrement dédié (ou d’un discret secrétariat d’Etat dans un premier temps, l’important étant la concrétisation du projet). Le tout avec l’aide de Bercy (qui y gagnera en indispensables nouvelles recettes fiscales) et des institutions européennes.

L’heure est maintenant à une avancée financière concrète, industriellement exploitable, dans le cadre d’une complète transparence citoyenne. Le rapatriement massif des entreprises dans notre pays a, lui aussi, besoin d’être solidement aidé par cette monnaie complémentaire tournante.

Le débat national sur les crédits DTSL commence.



7 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 24 avril 17:02

    « ... pour sauver l’ensemble des économies sinistrées par la crise du coronavirus.  »

    Les économies étaient sinistrées avant le coronavirus qui est instrumentalisé pour justifier la faillite de PME que l’on empêche de travailler pour tenter de sauver les gros du CAC 40, et justifier un nouvel endettement qui sera la cause d’une austérité pire que celledu’ont connue les Grecs après leur endettement pour des JO à la con.. 

    Si on inverse les données, on ne peut rien comprendre à cette gigantesque arnaque.


    • REMY Ronald REMY Ronald 24 avril 17:52

      @Séraphin Lampion
      Bonjour.
      Votre réaction est légitime au vu de ce qui s’est passé autrefois.
      .
      Mais si vous analysez le « saucissonnage » des aides européennes, vous découvrez entre les lignes la grande méfiance des allemands, des hollandais, des pays nordiques, etc., vis-à-vis des pays de forte corruption, soupçonnés de capacité de siphonnage des aides au seul profit des « copains et coquins » (ENArques ou non).
      D’où cette liste d’aides européennes à la Prévert séparant soigneusement ce qui va aux PME, aux particulers, aux multinationales, au chômage partiel, à la santé, etc.
      Les allemands et leurs traditionnels alliés au sein de l’Union Européenne ont accepté de faire tourner la planche à billets de la Banque centrale Européenne, mais ont également établi des cadres et des règles pour limiter les captations indues, les dilapidations et les gaspillages trop fréquents autour de la méditerranée...Objectivement, quand on décortique la liste des aides européennes massivement mobilisées, on sent très fortement la volonté de contrôle de l’Europe du Nord. On sent « qui commande »...
      Cordialement.


    • samy Levrai samy Levrai 24 avril 19:21

      @REMY Ronald
      D’après l’UE les pays qui sont fortement contributeurs net sont l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume Unis.
      Les autres ( le nord) sont légèrement contributeur net, nous allons voir où va l’argent des français encore une fois...


    • vesjem vesjem 25 avril 15:51

      @REMY Ronald
      c’est une récession à laquelle on va assister, une inflation négative ;
      l’économie va repartir très lentement, vu les dégâts provoqués par le confinement, et la peur durable que la propagande aura insufflé à la population ; la peur du covid 19 va se transformer en une peur de tout, généralisée


  • samy Levrai samy Levrai 24 avril 19:11

    insupportable. 


  • rogal 24 avril 21:18

    Les plans d’urgence du moment ne visent qu’au sauvetage (des particuliers et des entreprises). Les plans de relance à venir seront plutôt des plans de reconstruction et de réorientation.

    Certains secteurs sont morts (tourisme, aviation civile, etc.) et des impératifs nouveaux s’imposent (épuisement de ressources, environnement, etc.). C’est, pour une bonne part, une nouvelle économie qu’il s’agit de concevoir et de mettre en place. Derechef une ardente obligation.


  • REMY Ronald REMY Ronald 23 juillet 13:56

    Complément d’information parlementaire en date du 22 Juillet 2020 concernant la nécessité d’avoir un ou des outils monétaires complémentaires pour relancer l’économie locale et nationale :

    Le sénateur rattaché au groupe CRCE Guillaume Gontard avait lancé à l’été 2018 une consultation de 4 mois avec l’association Parlement et Citoyens. Après 200 contributions citoyennes et 1000 votes, une proposition de loi a vu le jour. Signée par 23 sénateurs, elle se donne deux objectifs : 

    Le premier, permettre aux collectivités territoriales de dépenser des titres de monnaies locales pour des marchés publics, la rémunération des élus ou encore le versement d’allocations sociales.

    Le second, créer un observatoire des monnaies locales pour évaluer leur impact économique.

    Le projet de crédit DTSL spécifique aux investissements industriels, d’équipements et de recherche bénéficiera également un jour de cette indispensable attention sénatoriale. Si possible avant l’effondrement final de l’industrie française (occupant 25% des emplois il y a 20 ans et moins de 10% aujourd’hui...) et le déclassement définitif de notre pays bientôt relégué à un tourisme bobo-bio bas de gamme et au musée de l’histoire économique.


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