mardi 24 mars - par Clémentine FOURAU

Comment lutter contre l’engrillagement en Sologne, les solutions en marche ?

Mise en lumière par le film L’école buissonnière de Nicolas Vanier, la problématique de l’engrillagement galopant qui enserre la Sologne depuis des décennies paraît avoir finalement atteint les hautes sphères de l’Etat. Alerté par les élus de la Région Centre-Val-de-Loire, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique et solidaire prennent timidement parti dans la lutte qui oppose propriétaires terriens aux partisans de la liberté de circulation. Mais cela suffira-t-il ?

L’engrillagement en Sologne, terre de chasseurs et de gibier

Créé en 1979, le syndicat mixte de Sologne alerte depuis 1991 sur la prolifération de l’engrillagement en Sologne. Il n’était alors question que de recrudescence de clôtures qui nuisait déjà à la libre circulation du gibier, abîmait le paysage et entravait le développement touristique. Englobant les départements du Loiret, du Cher et du Loir et Cher, la vaste région est prisée pour ses forêts, ses étangs et sa faune typique depuis l’époque des rois de France. Les grandes heures de Chambord et des chasses royales suffisent à qualifier la Sologne de terre de traditions. On peut tout autant y pratiquer le tourisme patrimonial que la randonnée. A vélo, à cheval, en voiture ou à la force de ses jambes, découvrir la Sologne est une aventure. Si l’on peut être réticent face à la pratique de la chasse, force est de constater que la grogne fut d’abord portée par les chasseurs et les passionnés de leur région. Ainsi, l’Association les amis des chemins de Sologne faisait sa petite enquête et dénonçaient que 96 % des résidents interrogés étaient opposés à l’engrillagement. Lors de la promotion de son film, Nicolas Vanier en a appelé à toutes les associations locales afin d’éveiller l’opinion publique à cette grande cause, meilleur moyen de soutenir les élus dans leur action auprès des ministères.

Remise d’un rapport interministériel en novembre 2019 : conclusions sans appel

Alertés par les élus locaux, les ministres ont suivi la méthode habituelle et commandé un rapport (rapport ministériel n°19062 : L'engrillagement en Sologne, synthèse des effets et propositions). Dominique Stevens (CGEDD – Conseil général de l’environnement et du développement durable) et Michel Reffay (CGAAER – Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) ont été mandatés pour accompagner les élus du Centre-Val-de-Loire. Le décompte confirme que la région affiche plus de 4 000 km de grillage, essentiellement imposés par des grands patrons du CAC 40. Ces propriétaires terriens privilégiant ce petit paradis proche de Paris abusent du droit de clore, lequel n’est pas « un droit absolu ». Les conclusions sont sans appel : « les principes et les modalités de la clôture ne sont pas à la discrétion du propriétaire ». Le but n’est pas tant de se protéger contre d’éventuelles violations de propriété privée mais bien de piéger le gibier pour les quelques parties de chasse dominicales bien trop assimilables à un massacre en règle. Après un état des lieux, le rapport entend :

  • Préciser les notions d’enclos, de parc de chasse et d’élevage, de clôture ;
  • Créer des règles faciles à appliquer et à faire respecter par les élus locaux ;
  • Développer une meilleure connaissance du gibier et de l’étendue des clôtures en région ;
  • Souligner les difficultés générées pour les résidents, les touristes et même les agents de l’Etat entravés dans leur mission.

A terme, l’objectif est de rendre à la Sologne sa biodiversité, ses paysages et donc son attrait touristique par une meilleure gestion des forêts, de l’urbanisme, de l’éthique de la chasse et, détail non négligeable après les chaleurs destructrices des derniers étés, d’améliorer la sécurité incendie.

Solutions gouvernementales ou simples recommandations

Le travail et les préconisations rendues par le rapport militent en faveur d’un paysage ininterrompu par des clôtures, la nécessité de préserver le caractère écologique de la région, notamment du domaine vital des cerfs et des sangliers. La finalité entend privilégier un retour à une chasse naturelle dédiée au gibier libre de circuler, de s’alimenter et de se reproduire librement sans le caractère artificiel de l’agrainage ou de l’élevage en enclos. Sans oublier l’interdiction des importations de gibier qui ne sont pas compatibles avec les écosystèmes nourriciers présents en Sologne. S’il reste beaucoup à faire, les grands axes sont posés :

  • Interdiction d’introduire du grand gibier dans l’espace naturel ;
  • Etendre le droit commun de la chasse à l’ensemble des terrains de chasse et permettre à des agents habilités d’y accéder pour tout contrôle ;
  • Interdiction d’agrainage et d’affouragement sous toutes ses formes et ce en tout lieu d’espace naturel soumis à la chasse ;
  • Interdiction de chasser dans les enclos hermétiques à toute faune sauvage ;
  • Lutter contre toute pose illégale de grillages prenant le gibier dans leur nasse ;
  • Obligation d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, autrement dit, prescriptions concernant les caractéristiques des clôtures ;
  • Augmentation de la fiscalité foncière et immobilière sur les espaces hermétiquement engrillagés avec suppression des réductions des droits de mutation et de l’impôt sur la fiscalité immobilière obtenus avec un certificat de gestion durable ;
  • Création d’un label « Chasse naturelle de Sologne ».

Si l’Etat semble avoir tapé du poing sur la table au sujet de l’engrillagement qui gangrène la belle Sologne, la victoire est loin d’être acquise. Frapper au porte-monnaie reste une mesure porteuse de succès mais la puissance de l’argent face à la volonté des passionnés de leur cadre de vie pourrait avoir encore de beaux jours devant elle. Rappelons qu’il ne s’agit encore que de recommandations, bien souvent « sous réserve de dispositions dérogatoires » soit à la discrétion des élus…qui ne sont pas toujours insensibles aux arguments des puissants de la finance.

Sources :

https://www.sologne-nature.org/l-association/actualites/actualites/l-engrillagement-en-sologne

https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/sologne/engrillagement-sologne-ministere-tape-du-poing-table-1759501.html

https://agriculture.gouv.fr/lengrillagement-en-sologne

http://www.lesamisdescheminsdesologne.com/actions/grandes-clotures



5 réactions


  • sls0 sls0 24 mars 14:20

    Avant on pouvait interdire la chasse sur sa terre, maintenant c’est plus possible. On cloture, on laisse le passage hors chasse et on ferme pendant la chasse. Ce n’est pas pour empêcher le passage du gibier mais des chasseurs.

    Si c’est dans ce cas là je ne vois pas pourquoi on offrirait pas a bouffer aux invités.

    Trop de droits pour les viandards, on cloture.


  • L'apostilleur L’apostilleur 24 mars 17:06

    Les contrôles sont rendus compliqués lorsque le terrain est clos, le garde chasse-chasse ne passe donc pas non plus.

    Histoire vraie. Un gros propriétaire malin, qui privilégiait un gibier et qui piégeait les prédateurs en les éliminant même dans le cas d’espèces protégées, se mettait à l’abri en assurant la promotion d’un de ses amis assermenté garde-chasse « privé », dédié à son territoire, interdisant ainsi l’entrée à d’autres contrôleurs pour ce motif.

    Circulez...


  • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 24 mars 20:15

    Tres inesthétiques ces clôtures. À remplacer par le droit naturel immémorial de neutraliser un intrus armé qui entre sans prévenir sur une propriété privée. Je le ferais sans la moindre hésitation. Avec encore plus de hâte et tous les moyens nécessaires s’ils sont en bande, bien sûr... 

    PJCA


  • révolQé révolQé 25 mars 10:01

    Quand vous avez une propriété qui n’est pas clôturée, les chasseurs ne se gênent pas pour y venir, même si des panneaux ’’chasse interdite’’ y sont installés.

    Vous vous promenez sur votre terrain et entendez (au meilleur des cas) les plombs et balles siffler à courte distance, quand ce ne sont pas directement des impacts dans la maison.

    Solognot de naissance avec des chasseurs dans ma familles, je ne supporte pour autant plus les viandards qui ne respectent ni les règles de sécurité inérantes aux armes à feu, ni la propriété d’autrui.

    Il y a 2 ans une jument à 30 mètres de la maison ’’confondue’’ avec un sanglier et abattue d’une balle en pleine tête, le chasseur contrôlé négatif à l’alcootest... !!!


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 30 mars 08:24

      @révolQé

      Ces regrettables incidents ne cesseront que quand un ou plusieuss chasseurs auront été victimes d’un regrettable incident. Il est urgent que soit interdites la chasse sportive et la circulation de personnes armées dans TOUS les lieux publics..
      Nous ne sommes plus a l’époque des cavernes.

      PJCA


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