vendredi 17 novembre 2023 - par Orélien Péréol

Affaiblissement du Droit international

C’est un paradoxe que la guerre soit affaire de Droit. Dans un premier regard, la guerre est un mode de relation dans lequel seule compte la victoire. La fin justifie les moyens ; c’est la seule « loi », qui ne comporte pas de contrainte, d’où les guillemets à loi.

Il est difficile de faire coïncider les ethnies et les territoires. Je prendrais « ethnie » dans le sens du sentiment d’appartenance à une ethnie. Il arrive fréquemment que deux « peuples », organisés par un État ou non, estiment qu’ils ne peuvent plus réguler leurs relations par la parole. Il suffit qu’un seul porte cette évaluation pour que la guerre se déclenche. Quand il s’agit de rapports de force, au sens de la physique, c’est le plus fort qui impose le niveau de « jeu ». Si l’adversaire sort un couteau, il vaut mieux avoir un couteau aussi, s’il sort un fusil, il vaut mieux avoir un fusil… etc. Inutile de monter à l’assaut de chars avec des chevaux et des sabres.

Les vainqueurs écrivent l’histoire ensuite ; ils disent qu’ils ont gagné parce qu’il avaient le « bien » avec eux…

Une sorte de sagesse humaine prend le parti de ne pas envoyer tout le monde contre tout le monde, mais de laisser agir des groupes spécialisés. Économie de moyens appréciable.

Il y a même dans la mythologie les Horace et les Curiace, où l’armée est remplacée par trois frères de chaque côté.

Un Droit international s’empare de la guerre pour en exclure les procédés les plus immondes. On fait des prisonniers plutôt que des morts, on garde les prisonniers dans un minimum de confort physique, nourriture, espace des cachots, soins médicaux… etc. Certaines armes chimiques sont interdites. On a obligation de protéger les civils, les journalistes… On déclare la guerre, on signe des armistices, des traités de paix, des accords sur les territoires, des dettes de guerre… Ce Droit est une longue liste de choses commandées par des textes, surplombant les rapports de forces militaires.

Le terrorisme se passe de toutes ces règles et tue là où il lui semble bon de tuer et de la manière qui lui convient, qui lui est accessible.

Bien évidemment, les lois de la guerre sont mal respectées. Entre guerre et terrorisme, on a des « crimes de guerre », des manquements locaux, sporadiques. De pays ou d’armées qui se situent globalement dans le Droit. Évaluer les manquements est difficile, on n’a pas d’arbitres comme sur les terrains de sport, et chacun trouve des excuses à ses erreurs et n’en voient aucune aux erreurs des autres. Ce qu’il s’est passé vraiment fait l’objet de deux récits incompatibles et contradictoires. D’autre part, évaluer les mauvais comportements ne suffit pas, il faudrait, dans l’idée complète du Droit, prendre des sanctions, et pour sanctionner, il faut être beaucoup plus fort que le coupable.

Nous assistons à un conflit entre Israël et le Hamas, dans lequel l’essentiel des discours tenus en Europe est la distribution des bons et mauvais points : qui est victime et qui est bourreau, à tel et tel moment, dans telle et telle affaire, tels et tels actes ; qui viole les lois de la guerre et se comporte en terroriste ? Les avis sont très investis affectivement, la déclaration d’être moralement pour un camp contre l’autre est tellement forte que le débat en disparait. La plupart des discours consistent à prendre parti.

L’enchevêtrement des manquements coupables est inextricable, les deux belligérants sont alternativement et selon les actes dans la guerre ou dans le terrorisme, au point que la frontière entre les deux qui nous importe tant et qui est une grande victoire civilisationnelle pourrait se gommer, s’oublier d’avoir été si peu opérationnelle. La question que je souhaite traiter est celle de savoir ce qui se joue au niveau mondial de ce Droit dans la guerre et de cette distinction entre guerre et terrorisme. Il se pourrait que la distinction perde toute efficacité, toute utilité et que le Droit de la guerre se dissolve, ce qui pourrait amener une autorisation terroriste généralisée.

Aucun tableau ne saurait être exhaustif. Rapidement : Israël s’est séparé de nombreuses résolutions de l’ONU, ne les respectant pas. Israël a incité des juifs à coloniser des villages en territoire palestinien. Des résolutions de l’ONU ont porté sur ce fait. Le blocus de Gaza ne parait pas trouver place dans les lois de la guerre. Les Palestiniens ont pratiqué à certaines époques le terrorisme. Puis, Arafat, ayant négocié les accords d’Oslo, reçut le prix Nobel de la paix en 1994. Plus près de nous, le Hamas, « parti » dirigeant, se conduit très mal envers les Gazaouis : pas d’élection, un grand rigorisme par rapport à la charia. Dans ce tout petit pays, il y aurait 500 km de tunnel, et aucun abri pour la population civile. Le Hamas déclare vouloir la destruction de l’État d’Israël. Il a fait une opération de commando sur le territoire d’Israël, terroriste et horrible, au cours de laquelle il a tué des civils désarmés et pris deux-cent-vingt-deux otages civils, selon une estimation.

La stratégie du Hamas consiste à cacher les armes au milieu des populations. Ainsi, une riposte à cette agression ne peut pas se faire selon les règles du Droit de la guerre, puisqu’elle ne peut agir qu’au milieu des civils. Cela s’apparente, pour Israël, à une double contrainte : ne rien faire pour rester dans le Droit et les terroristes ennemis feront autant de mal qu’ils veulent ; réagir militairement et passer pour des terroristes. Israël est entré à Gaza pour libérer les otages israéliens et d’autres nationalités. Les Gazaouis n’ont nulle part où aller : l’ Égypte ne veut pas les recevoir, ni l’immense monde arabe qui entoure cette contrée.

Certains dirigeants de la « communauté internationale » font des efforts pour modérer Israël, (moratoire, pause humanitaire…) Il ne semble pas que la détermination de Netanyahu puisse faiblir. Dans les idées du Droit, on trouve la proportionnalité de la riposte. Le décompte des morts montre qu’on a dépassé largement cette proportion ; mais il reste les otages. On voit mal le Hamas les libérer et se dédire aussi visiblement.

La suite, dans la région, ne promet rien de bon.

La suite, dans le monde, risque de rendre caduque la capacité de conduire, au moins un peu, la guerre par des injonctions de Droit.

En sens inverse, celui pacifique de s’abstenir d’intervention militaire, le président Obama a déjà brisé au niveau mondial cette distinction entre la guerre et le terrorisme : Le 30 août 2013, il a décidé de ne pas frapper le régime syrien à la suite des attaques à l’arme chimique dans la banlieue de Damas, contrairement à ses dires antérieurs. C’est un peu comme si l’interdiction des armes chimiques sortait du Droit international.

Cet effacement du Droit international de la guerre continue-t-il dans cette guerre entre le Hamas et Israël ?

La justice française a émis mardi un mandat d’arrêt international contre le président syrien, Bachar Al-Assad, accusé de complicité de crimes contre l’humanité pour les attaques chimiques perpétrées à l’été 2013 en Syrie. Il s’agit sans doute d’une concomitance fortuite. Elle est heureuse et vient lutter opportunément conte la dégradation de la pertinence du Droit international qui avait été rompue en 2013 et qui, peut-être, s’étend en ce moment au Moyen-Orient.



11 réactions


  • leypanou 17 novembre 2023 11:19

    La justice française a émis mardi un mandat d’arrêt international contre le président syrien, Bachar Al-Assad, accusé de complicité de crimes contre l’humanité pour les attaques chimiques perpétrées à l’été 2013 en Syrie  : à partir de quelles preuves ?


    • Lynwec 17 novembre 2023 13:09

      @leypanou

      Hola ! Vous vous aventurez sur des terres dangereuses... Oser demander des preuves ! Qu’est-à dire ?

      On en a p̶a̶s̶s̶é̶ ̶à̶ ̶t̶a̶b̶a̶c̶ condamné pour moins que ça... On a même fait des lois exprès pour interdire la demande de preuves, ou les questionnements un peu trop pointus...

      Et puis, il y a comme une impossibilité dans votre énoncé : justice -française ...Bon, ce n’est pas spécifique à la France, c’est vrai, nous ne sommes pas les seuls à pratiquer la justice à plusieurs vitesses, mais on est quand même très bien placés dans la course...

      Madeleine Allbright, qui déclarait son enthousiasme pour l’assassinat de 500 000 enfants irakiens, prix à payer pour faire chuter Saddam, rien, pas de TPI, même pas une remontrance de la diplomatie fronçaise...
      Et tant d’autres, y compris le nobellisé pacifiste Obama, un comble, rien, circulez, des angelots...


    • leypanou 17 novembre 2023 13:53

      @Lynwec
      des tas de gens répètent comme des perroquets ce genre d’affirmation alors que des preuves existent que les prétendues preuves sont fakes et l’OPCW a tout fait pour falsifier les choses.


    • Parrhesia Parrhesia 17 novembre 2023 17:19

      @leypanou
      A partir de la preuve que notre présidence est bien sous totale soumission à la volonté mondialiste !


    • charlyposte charlyposte 20 novembre 2023 09:29

      @leypanou
      Je confirme.


  • Brutus Grincheux 17 novembre 2023 11:49

    On ne peut pas « affaiblir » ce qui n’existe pas. Par contre, on peut faire tomber des illusions, et ça risque de faire des dégâts si on ne les remplace pas par une réalité tangible ou même, à défaut, par d’autres illusions.

    Les prédateurs modernes et les charognards ont choisi l’affrontement et le nettoyage là où leurs pères avaient choisi la ruse. Les chacals et les hyènes ont remplacé les renards.


    • charlyposte charlyposte 20 novembre 2023 09:26

      @Grincheux
      À ce jour on a * LE PERLIMPINPIN * pour brouiller toutes les pistes de la terre aux étoiles ! smiley


  • Clocel Clocel 17 novembre 2023 12:08

    De la branlette, vous êtes sur un paradigme « philosophique », un idéal fantasmé qui n’a pas d’autres buts que d’occuper le terrain de la « réflexion » et de divertir des réalités brutales qu’engendrent notre finitude et notre besoin de reconnaissance.


  • Hervé Hum Hervé Hum 20 novembre 2023 09:19

    La fin ne justifie pas les moyens, elle les nécessites et ce n’est pas tout à fait pareil.

    Votre article est donc quelque peu absurde, dans la mesure où vous commencez par admettre que dans une guerre quelconque il n’y a qu’une seule règle ou loi, vaincre pour imposer sa loi ou être vaincu et subir la loi du vainqueur, enfin, quand celui-ci se satisfait de la soumission du vaincu car parfois il préfère dans le meilleur des cas son éradication en l’expulsant, et dans le pire, son élimination pure et simple. L’avantage étant de réduire voir supprimer tout risque de volonté de vengeance et de retour.

    Le principe est simple, tout droit implique le devoir d’application pour exister et donc, nécessite la détention de la force. Sans cette dernière, le droit existe sur le papier, dans l’imaginaire, mais n’a aucune existence réelle, physique. Le principe de la physique étant d’imposer la loi et ce, quelle que soit l’échelle ou le domaine.

    En l’état actuel, comme la force est détenue par chacun des membres de la communauté internationale et non pas mutualisé avec des règles de séparation des pouvoirs, c’est la loi du plus forts ou des plus forts par alliance ou coalition d’intérêts face à d’autres chef d’Etat.

    Autrement dit, cela revient à demander aux délinquants ou criminels de s’arrêter eux même ou bien pour les plus faibles, d’êtres arrêtés par plus forts et jugé par eux. Mais as t’on vu beaucoup de délinquants ou criminels s’arrêter eux même pour demander à êtres jugés de leurs actes ? Peut être quelques exceptions à trouver, mais certainement pas la règle.

    En réalité, seule la volonté partagé d’une écrasante majorité de citoyens peuplant cette Terre peut faire advenir une loi internationale fondée sur la charte universelle des droits humains, débarrassé de ses biais, c’est à dire, la souveraineté des Etats qui n’est que celle de leurs chefs et jamais celle des simples citoyens.


  • charlyposte charlyposte 20 novembre 2023 09:40

    QUESTION : pourquoi l’occident a peur de son ombre en diabolisant une ombre hyper motivée pour quelques rayons de soleil à partager avec 8 milliards de bipèdes ! smiley


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 27 novembre 2023 16:07

    Sur le même sujet, l’autre versant de mon analyse : Les conciliateurs ne meurent pas dans leur lit

    https://rebelles-lemag.com/2023/11/27/guerre-conciliateurs-meurent-pas-lit/


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