samedi 20 avril - par Aimé Mathurin Moussy

Cameroun : Biya impose la génuflexion aux musiciens en période pascale

Comme d’habitude dans notre société du spectacle, du buzz et du tape-à-l’œil, les images du musicien Longuè Longuè, à genoux en train d’implorer la clémence de Paul Biya, ont soulevé un tsunami d’émotions. Cette posture voulue ou conditionnée, n’a pas laissé plus d’une personne insensible. Ces images saturent avec leurs commentaires tous les médias. Le spectacle du drame incite, les politiciens, les commentateurs et les partisans à se donner en spectacle.

Or la pièce offerte est toujours la même : la nation entière doit offrir un Te Deum à sa sainteté Paul Biya. L’heure était à la repentance, à la contrition, à la modestie. Il est vrai que la médiocrité des performances des politiciens, des artistes, en dehors des exploits footballistiques, incite davantage à la retenue. Le Cameroun subit de plein fouet sa flagellation, le musicien Longuè Longuè, n’est que la face cachée de ce long requiem.

Le chœur des pleureuses a fait son top à guichet fermé : l’unité nationale ne se trouve que dans les larmes. On pleure quand le président se faufile dans la foule, on pleure même quand il ne fait rien. L’attitude de ce musicien est en somme, la révélation d’une profonde imprégnation à la mort. On se souviendra davantage du Vendredi Saint que des martyrs de notre indépendance. Les jalons de ce chemin de croix infligé à un artiste, sont des attentats à la pudeur, voire à la liberté. C’est la profanation de ce que l’artiste a de plus sacré, sa liberté de pensée.

Alors que personne ne sait encore comment sortir de la crise qui secoue le Cameroun depuis quatre mois, la classe politique s’écharpe sur un tout autre sujet. L’armée des fanatiques, appelée en renfort par le gouvernement pour assurer le maintien de l’ordre au sein des artistes. Alors, l’artiste est-il encore dans son rôle de critique, de contempteur et d’amuseur ?

La polémique bat son plein et les arguments fourbis par les opposants à cette posture comme par ses partisans sont, à dire vrai, presque tous recevables. Certes, les artistes ne sont pas formés à une mission politique, mais leur tâche en l’espèce devrait, sans grands risques, se cantonner à la production d’œuvres d’art.

Ce recours à la censure est lourd de symboles contraires. Certains y voient le signe que le pouvoir se donne – enfin  ! – les moyens de réprimer l’intolérable anarchie. Mais cet appel à la rescousse trahit aussi un terrible aveu de faiblesse. Paul Biya n’a jamais semblé dominer les événements. Il les subit toujours.

Est-il encore possible de croire à la liberté ? Est-il encore temps de rejeter les promesses de lendemains qui chantent des dirigeants, qui ne mènent qu’à la servitude ? Car c’est à chaque individu de faire chanter son avenir ou de le rendre sinistre.

L’ambition politique débordante conduit toujours à des désastres. Les grands conquérants, Alexandre le Grand, Gengis Khan, Napoléon 1er, tant vénérés dans les livres d’histoire, ne sont que des fauteurs de guerre ayant conduit à la mort leurs semblables. Biya ne saurait nous démontrer le contraire.

Par une violence gratuite, ils ont empêché le fonctionnement normal de l’économie, provoqué famines et misère. La guerre en zone anglophone est la démonstration patente de ce postulat. Nous devons les dénoncer pour ce qu’ils sont : des ambitieux charismatiques capables de tromper des millions d’hommes sur leur intérêt véritable. Dans quel but ? Tout simplement pour assouvir une ambition personnelle et inscrire dans l’Histoire une figure de grand homme. Rien de pire que les conquérants.

Aimé Mathurin Moussy




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