samedi 16 décembre 2017 - par
Ces partisans de l’ouverture fermés et totalitaires
Il y a un peu plus d’un an, après la déconvenue du Brexit, The Economist faisait un dossier positionnant le débat public comme un choix entre les « ouverts » et les « fermés ». Si, aux Etats-Unis, c’est le second camp qui a plutôt prévalu (encore qu’avec Trump, tout est relatif et superficiel), ce qui frappe depuis, c’est à quel point les dits partisans de l’ouverture sont fermés.
Des ayatollahs intolérants, méprisants, et antidémocratiques
Le monde politique dessiné par The Economist a la complexité d’une bluette de Disney. D’un côté, il y aurait les gentils, ouverts aux échanges (économiques et culturelles) et aux migrants, respectueux de toutes les pratiques. De l’autre, il y aurait les méchants fermés, protectionnistes, qui veulent contrôler l’immigration, qui ne prennent pas tout changement pour un bienfait et qui défendent leur mode de vie et leurs traditions. Si ce discours a été mis en échec aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, en revanche, c’est celui qui l’a emporté en France, avec Macron, qui vante ce changement permanent imposé par des marchés fous, sans même se rendre compte de l’indécence de ses propos.
Mais ce qui est frappant quand on prend un peu de recul, c’est le caractère profondément fermé de ces dits partisans de l’ouverture. N’y-a-t-il pas finalement plus fermé que Libération ou Le Monde sur bien des sujets, qui traitent tous les opposants à leurs idées comme des imbéciles, quand ils n’y voient pas des nazillons en herbe ? Cela rappelle le débat sur Maastricht, où Le Monde ne faisait pas dans la nuance dans le traitement du débat politique, avec un parti-pris digne des médias de régimes autocratiques, quand le Figaro avait une approche finalement beaucoup plus ouverte, ouvrant ses pages aux partisans comme aux opposants. Au final, Marine Le Pen n’est-elle pas plus ouverte d’esprit qu’eux ?
The Economist en est un exemple assez effrayant. Les vrais progressistes, Bernie Sanders outre-Atlantique, et Jérémy Corbyn outre-Manche, sont caricaturés de manière totalement outrancière. Culotté pour un journal qui se veut ouvert, il a récemment publié un papier affirmant que « la volonté populaire doit être filtré par les institutions qui maitrisent les émotions brutes et contiennent les intérêts particuliers bestiaux » et « qu’il est peut-être trop tard pour remettre le démon populiste, libéré par le référendum, dans la bouteille constitutionnelle. Les partisans fous du Brexit continuent à mener le débat (…) Ceux qui ont mené le pays dans cette impasse sont des imposteurs dont le bluff sera révélé ».
Ce papier a au moins le mérite de révéler le fond de la pensée d’une certaine élite, méprisante à l’égard de ce peuple qu’elle juge stupide, avec un mépris proche d’une forme de racisme de classe, et profondément fermé à l’opinion d’autrui. Ces gens-là sont-ils simplement démocratiques, eux qui remettent en cause les votes qui ne vont pas dans leur sens et sont si intolérants à une opinion différente de la leur ? La démocratie, c’est accepter le jugement des urnes, même quand il va dans un sens inverse du sien, et plus encore, le respecter. Ici, The Economist révèle une intolérance d’autant plus inquiétante que le journal a plusieurs fois vanté l’exemple de la dictature qu’est Singapour.
Les pseudos ouverts ne sont pas ouverts. En réalité, ils veulent imposer une ouverture sur laquelle on ne pourrait pas revenir, d’une manière profondément antidémocratique. Et ils refusent tout débat en qualifiant leurs opposants de fermés pour réduire le débat à une alternative entre bien et mal ou entre modernes et passéistes. Ils ne sont que les ayatollahs d’une idéologie de classe.


