Le mur en chute libre ?
En quelques mois, la situation s’est renversée : l’élection en février de 2008 du communiste Demetris Christofias à la présidence de Chypre, qui avait accordé une large place à la question de la réunification dans sa campagne, a incontestablement impulsé la reprise du dialogue. En avril 2008, les chypriotes grecs ont ouvert un point de passage en centre-ville de Nicosie, à l’aide de machines de chantier, avec l’accord des autorités turques (voir photo). Le "no man’s land", qui sépare les deux communautés, une zone démilitarisée et inoccupée de plusieurs centaines de mètres, véritables vestiges du conflit de 1974 (voir ci-dessus) (les habitations, criblées de balles, ayant été laissées en l’état) a été ré-humanisé pour la forme, ou un semblant de vie humaine a été orchestré.
Pourtant, il y a cinq ans, nul n’aurait imaginé possible la réunification de l’île. Sous l’égide de Kofi Annan, les négociations n’avaient abouti sur aucun accord, et les deux parties avaient sommé les électeurs de trancher, la république de Chypre et la république turque de Chypre-nord étant amenées à se prononcer sur le plan Annan, qui prévoyait la création d’un état confédéral. Or, si les chypriotes turcs avaient adopté le plan de l’ancien secrétaire général de l’ONU à plus de 64,91% des suffrages (et ce malgré le désapprobation de Rauf Dentkash, alors président de la république), les grecs l’avaient rejeté en masse avec 75,83% des suffrages exprimés. La faute à un texte jugé trop favorable aux turcs (nationalité chypriote accordée aux colons turques, retour au domicile contraignant voire impossible pour les grecs expulsés par l’armée turque en 1974), trop contraignant pour les grecs (possibilité de mettre sa flotte aérienne à disposition de la PESC à la condition d’un accord préalable de la Grèce et de la Turquie, obligation de soutenir la candidature d’Ankara à l’UE) et difficilement compatible avec la juridiction européenne (Chypre sera membre de l’espace Schengen et ne pourra accepter de fait que la frontière de Chypre Nord avec la Turquie ne soit pas ouverte, ce que refusent les Turcs, et ce qui inclut de fait le maintien d’une frontière entre les deux entités chypriotes).
Or, au cœur de la question chypriote, c’est la partie nord, l’entité turque, qui fait figure de victime. Soumis à un blocus qui fait de la Turque son seul pays fournisseur, le PNB par habitant des chypriotes turques (désormais en minorité du fait de l’exil forcé par Ankara de « colons » turques) est quatre fois inférieur à celui de leurs voisins grecs (4590 € au nord contre 18 390€ au sud). De plus, il est clair que sa volonté est de voir émerger un consensus, en atteste le plébiscite obtenu par le plan Annan. Il ne faut pas oublier que les chypriotes turcs payent l’invasion de la partie nord par l’armée Turque en 1974 en réponse au... coup d’état des colonels grecs. La part de responsabilité de la communauté turque dans le confit est égale à celle des grecs. Or, ce sont les premiers qui payent les pots cassés...

