Viktor Orban, le prochain Secrétaire Général de l’ONU ?
« Vous avez bien lu. Des sources de trois pays confirment que l'administration Trump a défendu la candidature de Viktor Orban au poste de Secrétaire Général des Nations Unies. » ("Wall Street Journal", le 25 octobre 2026).
Il est des sujets d'actualité qui frappent ! Actuellement, l'ancien Premier Ministre socialiste portugais Antonio Guterres (77 ans) termine son second mandat de Secrétaire Général de l'ONU le 1er janvier 2027. Il est donc temps de trouver le nom de son successeur, mais ça cafouille, aucun consensus ne s'est encore dégagé et cela traduit bien la fin du multilatéralisme. Avec les Donald Trump, les Vladimir Poutine, etc., on est plutôt à l'époque du "moi, je", de l'individualisme national.
Et voici que le journal économique "Wall Street Journal" a révélé ce dimanche 25 octobre 2026 que le Président des États-Unis aurait poussé la candidature de l'ancien Premier Ministre hongrois Viktor Orban (63 ans) comme Secrétaire Général de l'ONU. De quoi écarquiller les yeux, sans doute. Mais dans un monde où Donald Trump recevrait le Prix Nobel de la Paix, Viktor Orban aux Nations Unies paraîtrait tout à fait normal !
Quelle est la procédure pour devenir Secrétaire Général de l'ONU ? C'est loin d'être une désignation apaisée et de tout repos : le Conseil de Sécurité de l'ONU est censé désigner un candidat et le recommander à l'Assemblée général de l'ONU, qui l'élit donc. Mais pour désigner ce candidat, ce dernier doit recueillir au moins 9 votes sur 15 au Conseil de Sécurité et surtout, aucun veto des membres permanents.
On n'est pas vraiment candidat tout en l'étant un peu. Et effectivement, après plusieurs tours de sondages informels au Conseil de Sécurité, aucun candidat n'a encore ni franchi le seuil requis ni obtenu le consensus indispensable pour pouvoir être recommandé à l'Assemblée générale. Et il faut, répétons-le, qu'aucun des cinq États membres disposant du droit de veto ne s'y oppose. Actuellement, il y a déjà eu six tours de scrutins (le 30 juillet, le 21 août, les 18 et 29 septembre, les 7 et 16 octobre 2026) qui n'ont rien donné, surtout parce que le candidat arrivé en tête a été disqualifié par au moins un veto (souvent deux veto).
Plus exactement, aux cinq premiers scrutins, aucune distinction n'a été faite entre les bulletins ordinaires et les bulletins des cinq membres permanents (ceux qui ont le droit de veto). Les veto n'étaient donc pas identifiables. Au sixième tour du 16 octobre 2026, en revanche, les bulletins des membres permanents étaient identifiables par la couleur rouge (mais non identifiable pour le nom de l'État en question), et dans ce scrutin, chaque candidat, même celle qui a reçu une majorité, a essuyé au moins un veto et jusqu'à cinq.
En tout, il y a eu dix candidats officiels. La candidate qui a été le plus souvent classée en premier (cinq fois sur six) est Rebeca Grynspan (70 ans), du Costa-Rica, ancienne Seconde Vice-Présidente du Costa-Rica et secrétaire générale du CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement).
La seule autre candidate en tête d'un scrutin (au deuxième tour) est Carolyn Rodrigues Birkett (53 ans), du Guyana, ancienne Ministre des Affaires étrangères et représentante permanente du Guyana auprès de l'ONU. Le 7 octobre 2016 (cinquième tour), Rafael Grossi (65 ans), d'Argentine, s'est retrouvé en deuxième position, il est l'actuel directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Les autres candidats en courses sont Ivonne Baki (75 ans), de l'Équateur, ancienne ambassadrice de l'Équateur au Qatar, aux États-Unis et en France ; Maria Fernanda Espinosa Garces (62 ans), de l'Équateur, ancienne Ministre des Affaires étrangères et ancienne Présidente de l'Assemblée générale de l'ONI ; Olara Otunnu (76 ans), de l'Ouganda, ancien Ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire Général adjoint de l'ONU ; Lana Nusseibeh (48 ans), des Émirats arabes unis, ancienne représentante permanente des Émirats arabes unis auprès de l'ONU. Cette dernière s'est lancée dans la bataille seulement le 21 octobre 2026 et n'a donc pas encore été testée dans l'un des six premiers tours.
Trois des dix candidats ont officiellement renoncé à leur candidature depuis le sixième tour, sans doute les deux premiers sont les plus connus (des Français du moins) : Michelle Bachelet (75 ans), du Chili, ancienne Présidente de la République du Chili (à deux reprises) et ancienne Haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme ; Macky Sall (64 ans), du Sénégal, ancien Président de la République du Sénégal et ancien Premier Ministre du Sénégal ; Virginia Gamba (72 ans), d'Argentine, diplomate et experte internationale, membre du conseil d'administration des conférences Pugwash, et qui a partagé collectivement le Prix Nobel de la Paix en 1995 pour ses efforts en faveur du désarmement nucléaire.
Le septième tour se déroulerait en principe le 28 ou le 30 octobre 2026 avec les sept candidats encore en lice... À moins qu'un autre candidat fasse consensus au sein du Conseil de Sécurité, et en particulier auprès des cinq membres permanents.
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D'où l'hypothèse de Viktor Orban qui pourrait émerger, même si cela « peut paraître [fou] à première vue ». Le "Wall Street Journal" a ainsi donné la parole à l'entourage de la Maison-Blanche qui considérait que Viktor Orban serait « le candidat MAGA conservateur idéal ». Parmi les atouts de Viktor Orban, la Russie et la Chine seraient favorables à sa candidature et le journal "Les Échos" y voit aussi un autre intérêt : « Ses positions anti-immigration, ses affrontements avec Bruxelles ou encore ses atteintes à l'État de droit rendent en effet l'ex-chef du gouvernement nationaliste très Trump-compatible. ».
Viktor Orban a évidemment beaucoup de handicaps à surmonter avant de réussir l'exploit d'être désigné. Le premier, c'est que l'ONU n'est pas un placard de compensation. Son échec aux élections législatives du printemps dernier n'encourage pas les autres pays à se rallier à un perdant qui n'a plus d'influence dans son pays. Un problème pour l'ancien chef du gouvernement hongrois, c'est justement qu'il est Européen et qu'Antonio Guterres l'est également. Or, en général, on ne succède jamais à un Secrétaire Général du même continent afin de faire participer tous les continents. Il faut donc une rotation géographique. Et le tour serait plutôt à un habitant de la zone d'Amérique latine et des Caraïbes.
Mais c'est bien sûr surtout le caractère très clivant de sa personnalité et de la politique qu'il a mise en œuvre qui interroge beaucoup les diplomates. L'ONU est l'espace du consensus, et pas le lieu d'une confrontation idéologique qui finirait de détruire les Nations Unies déjà passablement abîmées par les violations répétées du droit international.
Selon le quotidien tchèque iDnes, cité par la revue de presse du site "Toute l'Europe", Viktor Orban « serait favorable à cette idée, mais ne veut pas se porter candidat tant qu'il n'est pas certain de l'emporter ». Toutefois, le Royaume-Uni et la France pourrait utiliser leur droit de veto pour empêcher la candidature de Viktor Orban. Le Premier Ministre polonais Donald Tusk a même ironisé sur cette candidature : « Il y a peu, il était candidat à la Présidence de la Commission Européenne. Cela me semble tout aussi drôle que cette première rumeur ! » (cité par "Politico").
Donc, au même titre que l'annexion du Groenland voire du Canada (et pourquoi pas, de Saint-Pierre-et-Miquelon) par les États-Unis, que l'attribution du Prix Nobel de la Paix à Donald Trump, que la Bande de Gaza transformée en Côte d'Azur du Proche-Orient... cette idée de la désignation de Viktor Orban au poste de Secrétaire Général est une vaste blague (mais pas un poisson d'avril).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (26 octobre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
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La fin de la tentation populiste en Europe ?
Viktor Orban reconnaît sa claire et douloureuse défaite.
Péter Magyar.
Péter Eötvös.
Katalin Kariko.
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Futur Prix Nobel ?
Ferenc Madl.
L’insurrection de Budapest.
Sarajevo 1914 : une question de Princip.
La Hongrie et la crise des réfugiés.
Le référendum du 2 octobre 2016 en Hongrie.
La Hongrie de Viktor Orban.
La Hongrie d’Imre Pozsgay.
La Hongrie d’Arpad Goncz.
György Ligeti.
La crise des réfugiés.
Populismes.
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