vendredi 27 août - par Sylvain Rakotoarison

Philippe Labro, touche-à-tout de l’audiovisuel français

« Il y a des moments dans la vie où une sorte de beauté peut naître de la multiplicité des discordances qui nous assaillent. » (Philippe Labro, "Les Gens", 2009, éd. Gallimard).

Ce vendredi 27 août 2021, Philippe Labro fête son 85e anniversaire (il est né à Montauban). Il n’est pas vraiment facile de définir les activités de Philippe Labro et parler de touche-à-tout de l’audiovisuel obstrue sa partie littéraire, car il est doué aussi pour l’écrit.

Non seulement il est l’auteur de vingt-deux romans, dont le premier publié à l’âge 24 ans sur l’Amérique (passionné par les États-Unis, il a réussi à obtenir une bourse pour aller visiter les États-Unis quand il était jeune), mais deux d’entre eux ont failli recevoir le Prix Goncourt (car finalistes), en 1988 pour "Un été dans l’Ouest" et en 1990 pour "Le Petit Garçon".

Et probablement que le plus connu est "L’Étudiant étranger" (1986), lauréat du Prix Interallié : « La première fois que l’on tombe amoureux, la première que l’on vous ment, la première fois qu’on fait l’amour, la première qu’on perd une illusion, la première fois qu’on rencontre la beauté et son contraire. Les adultes et l’existence finissent par vous imposer le vieux précepte indispensable pour survire : on efface, et l’on continue. Mais rien n’efface la première fois, pas plus que sur le blanc immaculé d’un drap ne peut tout à fait disparaître la tache de sang d’une vierge qui ne l’est plus. ».

On peut donc présenter Philippe Labro comme un écrivain. À tel titre qu’il a consacré deux ouvrages à des problèmes de santé, une pneumopathie foudroyante avec dix jours en réanimation en 1996, "La Traversée" : « Il faut parler aux malades. (…) N’écoutez pas ceux qui vous disent que le malade (…) ne vous [entend] pas. Il faut parler à ceux dont on croit qu’ils ne sont plus en état de recevoir une parole, parce que, justement, la parole passe. Il suffit qu’elle soit parole d’amour. ». Et une dépression en 2003, "Tomber sept fois, se relever huit" : « Tout fait peine. La voix et le regard sont éteints ? Mais c’est tout votre corps qui l’est, éteint ! ».

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Probablement qu’il serait mieux défini comme d’abord un journaliste, passionné d’actualité. C’est parce qu’il est curieux et qu’il a envie de raconter ce qu’il voit, ce qu’il vit, qu’il est devenu journaliste. Son voyage aux États-Unis fut initiatique puisque cela lui a permis de publier son premier roman sur la vie d’Al Capone en 1960 (aux éditions Gallimard) sur une commande de Pierre Lazareff. Mais c’est dès 1957 qu’il est devenu reporter pour la station de radio Europe 1 et aussi en 1958 pour le mensuel féminin "Marie Claire", recruté par Louis Pauwels. Philippe Labro était alors connu pour son audace et son intérêt pour le cinéma, le théâtre, le Tour de France, etc. Il fut également chargé d’enquêter sur la catastrophe du barrage de Malpasset à Fréjus en 1959.

Après ses deux années de service militaire en Algérie, il fut ensuite reporter à "France-Soir" et a couvert l’assassinat de John F. Kennedy en 1963, lui qui connaissait si bien les États-Unis, au point qu’il a même été auditionné par la commission d’enquête américaine (cela a aussi donné l’ouvrage "On a tiré sur le Président" sorti en 2013 chez Gallimard). Il a multiplié ses engagements pendant cette période (années 1960 et 1970) : coproducteur d’une émission sur la future Antenne 2, chroniqueur au "Journal du dimanche", puis "Paris Match". Il a travaillé aussi pour TF1 et a présenté le journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2 en 1981-1982.

Son intérêt pour le cinéma fut tellement fort qu’il a même été un acteur, comme dans "Le chat et la souris" de Claude Lelouch (sorti le 3 septembre 1975 dans le (petit) rôle de l’amant de Michèle Morgan. On le retrouve aussi chez Jean-Luc Godard dans "Made in USA" (sorti le 23 janvier 1967). Et dans ses productions.

Car surtout, Philippe Labro est le réalisateur de huit long-métrage, dont certains ont eu de grands succès commerciaux : "Sans mobile apparent" (sorti le 15 septembre 1971) avec Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran et Sacha Distel, "L’Héritier" (sorti le 22 mars 1973) avec Jean-Paul Belmondo, Charles Denner et Jean Rochefort, "L’Alpagueur" (sorti le 17 mars 1976) avec Jean-Paul Belmondo et Bruno Cremer, "La Crime" (sorti le 23 août 1983) avec Claude Brasseur, Jean-Louis Trintignant et Jean-Claude Brialy, et "Rive droite, rive gauche" (sorti le 31 octobre 1984) avec Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Carole Bouquet et Bernard Fresson. Ces cinq films, dont il a aussi coécrit le scénario, ont eu chacun entre 1,3 et 2,0 millions d’entrées en salle. Son premier film fut un court-métrage sur Marie Dubois et Françoise Dorléac en 1966.

Au-delà de ses contributions cinématographiques, Philippe Labro a aussi contribué à la chanson française en écrivant certaines chansons d’interprètes célèbres comme Eddy Mitchell, Jane Birkin et surtout Johnny Hallyday (en particulier "Oh ! Ma Jolie Sarah !" en 1971.

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Philippe Labro a été longtemps un homme de radio, et pas seulement dans le contenu (rédacteur en chef en 1979) mais aussi dans le management : directeur des programmes de RTL de 1985 à 2000, il fut nommé en 1992 vice-président de RTL à l’époque où la station de radio était dirigée par Jacques Rigaud.

Aussi homme de télévision, il a participé en 2005 au lancement de la chaîne Direct 8 de Vincent Bolloré, et du journal du groupe "Direct-Matin" dont il a assuré la double vice-présidence (de la télévision et du journal).

En particulier, il a présenté l’émission "Langue de bois s’abstenir" de 2008 à 2021 (dernière émission le 28 mars 2021). Chaque dimanche soir sur Direct 8 puis D8 puis C8, une émission réunissant des éditorialistes pour commenter l’actualité, au concept assez ordinaire. J’ai trouvé que l’émission manquait de rythme et n’apportait pas une réelle valeur ajoutée aux nombreuses autres émissions à la télévision et à la radio où ce concept est régulièrement rodé (par exemple "C dans l’air" sur France 5, les débats contradictoires sur LCI, l’émission du soir sur France Inter, etc.).

L’émission a été supprimée en raison d’une audience trop faible (autour de 0,6% d’audience pour une moyenne mensuelle de la chaîne autour de 3%) et est remplacée depuis le 9 mai 2021 par une émission toujours présentée par Philippe Labro, toujours le dimanche soir, avec des invités commentateurs mais recentrée exclusivement sur l’actualité culturelle qui est l’une de ses valeurs ajoutées (le nom de l’émission est assez platement : "L’essentiel chez Labro").

Un peu comme pour d’autres hommes des médias, comme Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel, ou même Philippe Bouvard, Philippe Labro reste trop passionné par ses activités pour vouloir s’arrêter malgré l’âge : bon anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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