Interview de Pierre Moscovici sur le FMI, DSK, la Grèce et son nouveau texte pour le Parti Socialiste
Les rédacteurs du texte parlent d’un virage à gauche, les réponses de Moscovivi traduisent surtout un tournant à droite. Retour sur le texte socialiste et ses incohérences.
« Il ne faut pas faire porter la critique sur le FMI »
« Les 3 morts ont été causés aussi par les débordements d’une certaine « ultra-gauche » »
« Il n’y a pas de proposition de nationalisation. »
Quel est votre point de vue sur le travail de DSK au FMI et de son plan de rigueur ?
Pierre Moscovici : Il y a en effet un plan d’austérité en Grèce, mais ce n’est pas le FMI ou l’Union Européenne qui l’impose. En réalité, l’ancien gouvernement de droite a truqué les chiffres de la dette publique, le déficit public a explosé, et l’alternative est soit le plan de rigueur, soit la faillite.
Prenons le cas des fonctionnaires grecs : ils vont perdre leur 13e ou 14e mois de prime, mais s’il n’y avait pas ce plan actuel, la Grèce ne serait plus du tout en l’état de les payer.
Il ne faut pas faire porter la critique sur le FMI. Lorsque j’entends ici où là que DSK reviendrait au conseil de Washington, ce n’est pas le cas. Ce qui compte, c’est que le FMI a joué son rôle, il apporte 30 milliardsde dollars et DSK est celui qui a fini par convaincre l’Allemagne de consentir à une sorte de solidarité. J’incite donc à ne pas tomber dans de veilles ornières qui consistent à stigmatiser l’un des nôtres sous prétexte qu’il dirige une grande institution internationale. La situation de la Grèce est une situation terrible. J’ai vu les incidents d’hier qui ont causé 3 morts. Incidents causés aussi par les débordements d’une certaine « ultra-gauche », alors que la population, elle, est plus sur la réserve.
A.R : Avec votre texte, Martine Aubry dit ne plus vouloir s’excuser d’être à gauche.
DSK au FMI et Pascal Lamy à l’OMC ne contredisent-ils pas le virage à gauche que vous dites amorcer ?
P.Moscovici : Je le répète, ne soyons pas sans arrêt en train de taper sur des gens qui acceptent des fonctions internationales importantes. D’ailleurs, aussi bien DSK au FMI que Pascal Lamy à l’OMC, avec les contraintes qu’imposent ces organisations, font du mieux qu’ils peuvent, car ils ne sont pas propriétaires de ces institutions. Et je préfère le FMI d’aujourd’hui qui est une sorte de pompier mondial, qui a aidé la Grèce aussi alors que les européens ont été défaillants.
A.R : Votre texte est parsemé d’ambiguïtés, notamment sur le droit du travail ou sur l’instauration d’un pôle industriel public. Vous n’évoquez pas la nationalisation (du crédit par exemple).
Si le PS était amené à gouverner, reviendriez-vous sur la privatisation de GDF-Suez, de celle des autoroutes ou de France Télécom ?
P.Moscovici : Il n’y a pas de proposition de nationalisation. Même si nous n’excluons pas la nationalisation temporaire ou partielle. Mais la volonté première qui est la nôtre est de voir La Poste redevenir un établissement public. La Poste doit avoir des capitaux publics et un statut public. Les citoyens se sont vivement exprimés pour cela, nous ferons en sorte de respecter cette volonté.
Propos receuillis par D.Perrotin et C.Merlaud le 6/05/10 lors de la présentation du texte "pour un nouveau modèle de développement" à la Mutualité (Paris).
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