Parlez-vous !

Il y a parfois des coïncidences malheureuses. Au moment où François Hollande repart en campagne, conscient de sa « perte sensible de vitesse » et annonce la mise en place « dans les prochains jours » de la BPI (Banque Publique d’Investissement), la polémique n’est pas clause sur les choix qui ont présidé à sa création. Ce fut d’abord le Nouvel Observateur qui lançait la possibilité d’un « conflit d’intérêts ».
En effet la banque Lazard, chargée de conseiller le gouvernement au sujet de cette création est dirigée par Mathieu Pigasse son PDG, également propriétaire des Inrockptibles et donc patron d’Audrey Pulvar, la compagne du Ministre du redressement industriel. Au temps de Woerth il n’en aurait pas fallu plus pour déclencher le tollé, à juste titre d’ailleurs. Patatrac ! Montebourg n’est pas homme à se laisser marcher sur les pieds et il faut reconnaître que sa compagne n’est par ailleurs guère épargnée. Il contre-attaque et révèle qu’il n’était même pas au courant de cette mission et de la désignation de Pigasse. Il va plus loin désignant Moscovici comme le seul responsable de ce qu’il qualifie d’erreur. Il critique avec la véhémence dont il est capable la façon dont ce dossier avait été géré par le ministère de l'Économie. « Je regrette que cette décision ait été prise » […] « Je ne la connaissais pas, je l'ai découverte, donc vous comprenez que je ne suis pas très content » […]« Moi, je pense que c'est une très mauvaise idée » […]« La Banque publique d'investissement, je trouve qu'elle ne peut pas être réalisée par des banquiers, parce que faire une banque qui ressemblerait à d'autres banques, c'est vraiment pas ce que l'on cherche à faire » (sic) Il critique, non seulement la nomination mais la méthode. On ne peut que reconnaître le bien fondé de sa remarque. Bercy a confirmé avoir confié à la banque Lazard le soin de conseiller le gouvernement au sujet de la création de la BPI. Cette banque publique concentrera ses interventions sur les PME et les entreprises de taille intermédiaire les plus innovantes. En fait elle regroupera des services déjà existants en espérant améliorer l’efficacité et la rapidité du système. Le ministre de l'Économie et des Finances, Pierre Moscovici, a assuré jeudi qu'il avait pris seul la décision de confier ce mandat à Lazard et que Montebourg n’avait pas été associé à cette désignation. Depuis sa nomination à Bercy, Moscovici fait preuve d’une morgue à nul autre pareil. On le sent heureux et « fier de l’être », mais cet épisode « malheureux » bat en brèche l’image que s’évertue à vouloir donner Ayrault, d’une équipe soudée, qui dialogue etc. Ce n’est pas nouveau, la circulation de l’information est ce qu’il y a de plus difficile au sein d’un gouvernement.
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