vendredi 15 avril - par Boogie_Five

SECOND TOUR Présidentielles : Un vote peu utile, pour un barrage très fragile...

Comme d’accoutumée depuis 2002 suite à l’élection de Jacques Chirac avec un score poutinien, reprend de plus belle le chœur à l’unisson des appels à faire barrage aux Le Pen, sans enrayer en quoi que ce soit la montée de l’extrême-droite ces vingt dernières années. N'est-il pas temps de dresser le bilan de cette tactique qui finit par donner le pouvoir à des candidats minoritaires, dépourvus de véritable alliance partisane et de légitimité démocratique ?

D’emblée je peux le confesser, j’ai voté Mélenchon au premier tour et je m’abstiendrai au second le 24 avril prochain. Et je pense que du point de vue de la gauche, c’est la meilleure stratégie à adopter avant d'aborder les prochaines élections législatives, en réalité plus importantes pour former une majorité gouvernementale. La personnalisation du pouvoir, favorisée par les élections présidentielles, a tellement colonisé lesprit des français qu’ils sont persuadés qu’il n’existe plus d’autres instances de décision en dehors de l’Élysée, même après deux cohabitations et huit traités européens… Que pourrait donc bien faire la Marine toute seule là-haut, sans parti majoritaire, les deux tiers de la population opposés et certainement des banlieues en incandescence pendant des mois et des mois, avec des flics à la limite du burn-out ? Sans parler des marchés qui commenceraient déjà à spéculer à la baisse et les agences de notation à dégrader son triple AAA ?

Ha ha ha ! Et ben voilà, elle sera bien bloquée et tout le monde le sait. L’humiliation ridicule de la belle et magnifique monarchie républicaine, et avec elle de tous les conservateurs paternalistes. J’en serais presque à glisser une bulletin de vote en faveur de la Marine, rien que pour assister, avec une délectation quasi sadique, à cette décomposition qui suinterait de tous bords depuis le bureau du grand commandeur, comme une ultime résistance par-delà la mort de son premier propriétaire, qui entend bien emporter avec lui ce qui lui appartient.

Au milieu des ruines du régime gaullien complètement dilué dans la mondialisation et la machine à gaz européenne (même si le gaz est encore beaucoup russe...), en quoi consiste exactement le danger d’une candidate qui ne compte en aucun cas changer les institutions et s’est même ravisée dans ses diatribes vis-à-vis de l’Union Européenne ? Avec Jean-Luc Mélenchon, j’aurais davantage compris l’hostilité immédiate des élites conservatrices, pour qui la Cinquième République est sacrée et éternelle. Mais avec Le Pen c’est au fond la continuité, certes dégradée, de la logique monarchique du régime présidentiel, à laquelle adhèrent aussi Emmanuel Macron et ses sociaux-libéraux. Où se trouve la différence entre les deux finalement ? Dans le niveau comique de la chute, certainement plus spectaculaire pour une femme présidente qui a dû batailler contre la culture machiste de son père et plus largement du système politique français ?

Revenons à nos petits bulletins et nos petits pions sur l’échiquier. Parce qu’il reste encore des institutions où des élus croient encore fermement à l’efficacité et l’importance de leurs actions, même si les majorités successives ont voté une totale dérégulation du marché où le débat et la morale n’ont plus aucune espèce de pertinence. Alors voici la grande question du moment : Est-ce que le vote en faveur de Macron est utile pour faire barrage à… bla bla bla…

Y’a pas quelque chose qui cloche et tourne en rond dans ce raisonnement ? Un barrage c’est fait pour retenir les eaux, pas pour les évacuer, non ? Quand le niveau monte, on déleste un peu, on en laisse un peu partir dans la nature, pour réguler les flux. Mais là on maintient la fermeture, and so what ? La prochaine fois le barrage craque et elle gagne, c’est ça ? Pendant que l’autre fou du capitalisme continue à casser tous les services publics, l’extrême-droite parade sur un tapis rouge en remportant toutes les élections intermédiaires ?

Je sais que c’est difficile à admettre, mais l’union de la gauche n’est pas encore tout à fait prête pour les remporter, ces élections-là. Le Rassemblement National a tout de même quarante ans derrière lui. Alors utilisons une tactique à la chinoise, comme l'enseignait le maître stratège Sun Tzu, en laissant à l’ennemi faire son offensive avant qu’il prenne encore plus de force, éparpillons-nous et laissons-le s’engouffrer dans le vide. Et peut-être serons-nous mieux en mesure de l’encercler, si nous parvenons à nous coordonner correctement. Question de timing.

L’élection de Marine Le Pen à la présidence comporte des risques indéniables pour les libertés fondamentales, mais il n’est pas du tout certain que cette position à la fonction suprême la renforcerait davantage que si elle se retrouve encore dans l’opposition, où elle peut se faire passer comme une victime du système, en laquelle peuvent s’identifier des citoyens en plein désarroi qui n’ont plus rien à perdre. D’un autre côté, son échec en tant que présidente pourrait conduire à une escalade droitière et à une libération de pulsions fascisantes bien enfouies, dont toute la potentialité n’est pas exactement connue. D’autant plus qu’objectivement l’extrême-droite française n’ayant pas participé à aucun gouvernement depuis 1944, son idéologie est sublimée par un esprit revanchard, nourri par le caractère inédit et suprêmement transgressif que représenterait une élection au sommet de l’État.

Donc, bien sûr pour ces raisons je comprends ces appels à faire barrage. Mais il me semble qu’à force cette tactique favorise une instrumentalisation de ceux qui instrumentalisent la peur, afin de ne rien changer et surtout de ne pas démocratiser les institutions. Et à ce compte-là, celui à qui on donne la charge de « tenir le barrage » n’est pas plus utile et moins dangereux que ceux qui arrivent à passer au travers. Et il ne suffit pas, comme le propose le président Macron, d’ânonner des petits mesurettes condescendantes qui ne trompent personne. Il serait bien plus judicieux de procéder une véritable refonte démocratique des institutions, où les grands sujets de société pourraient être débattus en toute transparence, tel que le proposent la France Insoumise et dans une moindre mesure Europe Écologie Les Verts.

 

Pour cela il reste encore une chance, bien davantage qu’au second tour d’une présidentielle de toute façon déjà perdue : le vote bien plus utile aux élections législatives aux 12 et 19 juin 2022, qui vont désigner la majorité gouvernant le pays. Qu’importe si l’Élysée soit macronien ou lepéniste, puisque ensuite l’Union Populaire mettrait fin à leurs pouvoirs en instaurant la Sixième République (ou la Cinquième 2.0 si vous préférez…).



19 réactions


  • Clark Kent Kaa 15 avril 09:20

    « En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu’exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses michés et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l’abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu’à l’os. » - Robert Brasillach, condamné à mort pour intelligence avec les Allemands  à la libération.

    Céline aussi écrivait bien, mais on ne peut plus citer l’un de ces deux auteurs (dont je déteste les convictions) sans faire l’objet de sanctions de la part de la bien-pensance. C’est plus facile de condamner à mort ou de faire des sermons que d’argumenter.


    • JulietFox 15 avril 11:29

      @Kaa
      La constitution de la V eme république, a été faite sur mesure pour que De Gaulle conduise la guerre* d’Algérie, par Debré père.

      * Pardon, l’opération spéciale.


    • Yann Esteveny 15 avril 12:12

      Message à avatar Kaa,

      Ce qui a été reproché à Monsieur Robert Brasillach est de ne pas être un Républicain. Il ne satisfaisait pas deux critères indispensables pour cela :
      — savoir retourner rapidement sa veste,
      — collaborer avec le nouvel occupant.

      Respectueusement


    • Parrhesia Parrhesia 15 avril 12:16

      @JulietFox

      De Gaulle n’est pas à l’origine de la guerre d’Algérie.
      De Gaulle est celui qui y a mis fin !!!

      Et c’est une chose autrement difficile de rétablir et de maintenir la paix que de foutre le bordel comme ont si bien su le faire ses prédécesseurs prétendument socialistes et comme savent encore si bien le faire ses successeurs du capitalisme exclusivement financier !
      Au fur et à mesure que le temps passe, les détracteurs du général de Gaulles deviennent de plus en plus pitoyables et ridicules.
      Qu’on le veuille ou non, le gaullisme demeure l’inspiration à suivre, qui seule, peut actuellement nous sortir de ce mauvais pas capitaliste.


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 15 avril 12:23

      @Yann Esteveny
       
       ’’— collaborer avec le nouvel occupant’’
       > fidèle à l’ancien ?
      En vérité il n’a pas su tourner sa veste à temps.


    • amiaplacidus amiaplacidus 15 avril 15:58

      @JulietFox
      En Algérie, ce n’était ni une guerre, ni une opération spéciale, mais les « événements d’Algérie » ou des « opérations de pacification ».

      Croyez-en quelqu’un qui a vécu cette période.


    • Albert123 15 avril 19:30

      @Francis, agnotologue

      « En vérité il n’a pas su tourner sa veste à temps. »

      n’importe qui sait retourner sa veste au moment opportun, ne pas le vouloir n’est, par contre, pas à la portée de tout le monde. 

      il était très simple de prendre ses doses, il fallait des convictions et de la force de caractère pour refuser le chantage.


    • chantecler chantecler 15 avril 19:41

      @Yann Esteveny
      Ah bon et il a été fusillé pour ça ?
      Je pensais que c’était à cause de son activité collaborationniste frénétique .


    • Boogie_Five Boogie_Five 16 avril 15:19

      @Parrhesia
      De Gaulle est un véritable homme d’Etat, qui savait véritablement regarder au-delà du marigot politique de la droite qui le soutenait, et a risqué sa vie pour des causes plus grandes que lui.
      Mais de là à dire que sa politique fût anticapitaliste, faut quand même pas exagérer. A la fin de la quatrième République, y’avait juste 150 députés communistes à l’Assemblée nationale et accessoirement 94 députes socialistes. Il y a avait encore une classe ouvrière pléthorique prête à se mobiliser et des révolutions anticoloniales un peu partout dans le monde. Donc c’est par la force des choses qu’il a dû tenir en compte de ces classes populaires, et par son action dans la résistance pendant la guerre, car sinon autour de Gaulle c’était plutôt une droite patronale et libérale de tout ce qu’il y avait de plus classique. 


  • Parrhesia Parrhesia 15 avril 12:05

    >>> sans enrayer en quoi que ce soit la montée de l’extrême-droite ces vingt dernières années.<<<

    Quelle farce !

    Ce que l’auteur dénonce ici comme un retour à l’extrême droite est effectivement un retour !

    Mais il s’agit, dans les faits, d’un retour vers ce qu’il convenait d’appeler, il y a un demi-siècle le Centre-Droit, ou, surtout, le Gaullisme dans sa réalité historique.

    Le Gaullisme dans sa réalité historique, c ’est-à-dire, une politique d’indépendance nationale, dans une neutralité de bon aloi permettant la mise en place d’une socio-économie saine à visage humain. (Participation, construction d’hôpitaux, Etc. Etc. !!!)

    Or, ce que les détracteurs mondialistes et viscéraux de ce Gaullisme-là, ou de ce Centre Droit-là, sont en train de favoriser dans les faits en essayant de maintenir le pouvoir actuel, ce sont les faux-nez du capitalisme financiarisé qui constituent en ce début de XXIème siècle, l’extrême-droite la plus socialement mortifère qui se puisse imaginer !!!

    Il n’est que temps de foutre tout cela à la porte en se rappelant que dans le contexte électoral actuel, s’abstenir ou voter blanc, c’est réélire les mêmes !!!


    • Boogie_Five Boogie_Five 16 avril 15:46

      @Parrhesia
      Le gaullisme a été critiqué bien avant et s’est installé au pouvoir lors d’une guerre civile. Il ne faut jamais oublier que ce régime répondait avant tout à des causes conjoncturelles et mettait fin au régime parlementaire des IIIème et IVème républiques. Et pendant la IVème République et aux débuts de la Vème République, le RPF n’était certainement pas un parti de centre-droit ! Mais une droite bonapartiste qui a réussi à unir les autres droites, comme le RPR ensuite. Jusqu’en 1981 la gauche et le centre étaient assez anti-gaulliens, de même que l’extrême-droite de ses débuts, à cause de la Guerre d’Algérie. 
      On ne peut donc pas transposer ou comparer les postions d’hier et d’aujourd’hui dans le contexte actuel, qui est très différent par bien des aspects : l’inexistence du régime parlementaire, la construction européenne, les problèmes écologiques, etc..


  • amiaplacidus amiaplacidus 15 avril 15:55

    @L’auteur,

    Je ne peux qu’approuver avec la plus grande force votre dernier paragraphe :

    "Pour cela il reste encore une chance, bien davantage qu’au second tour d’une présidentielle de toute façon déjà perdue : le vote bien plus utile aux élections législatives aux 12 et 19 juin 2022, qui vont désigner la majorité gouvernant le pays. Qu’importe si l’Élysée soit macronien ou lepéniste, puisque ensuite l’Union Populaire mettrait fin à leurs pouvoirs en instaurant la Sixième République (ou la Cinquième 2.0 si vous préférez…)."


  • Albert123 15 avril 19:08

    « Qu’importe si l’Élysée soit macronien ou lepéniste, puisque ensuite l’Union Populaire mettrait fin à leurs pouvoirs en instaurant la Sixième République (ou la Cinquième 2.0 si vous préférez…). »


    non, et vous savez déjà que c’est faux, face à macron la gauche n’est pas une force d’opposition, sa sixième république aura surtout toutes les caractéristiques du « great reset » de schwab,


    ses représentants sont complices, une complicité qui n’aura pas lieu avec lepen.


    ce que l’electorat de gauche cocufié ne veut pas admettre mais qui reste sa seule stratégie valable à court et moyen terme,


    écoutez phillipe pascot, qu’on ne peut pas taxer de droitard, lui même le sait face à macron il n’existe aucune force d’opposition, alors que face à lepen il y aura du monde.


    posez vous ces questions :


    lequel des 2 tirera de nouveau assurément sur la foule sans aucun remord et sans que les représentants de la gauche ne s’en émeuvent plus que ça ?


    ils étaient où les syndicats pour le personnel soignant, les pompiers, les gj et tout le reste depuis 2 ans ?


    vous pensez qu’ils auraient été aussi collaboratif avec lepen ?


    le parquet, vous pensez vraiment qu’il se tournerait autant les pouces sous lepen ?


    le conseil d’état et le conseil constitutionnel seront ils aussi laxistes avec lepen ?


    demandez vous pourquoi Macron bénéficie d’une clémence extraordinaire dans les média pour des choses qui soulèveraient un Taulé général si elles étaient exécutées par lepen 


    la représentation de gauche ne s’oppose pas aux agissement de macron, pire sur bien des points elle cautionne voir valide.


    on ne vous demande pas de voter lepen pour avoir une fin heureuse mais pour un combat qui sera non seulement plus aisé mais surtout avec une possibilité que ce soit le peuple qui gagne.


    avec macron c’est foutu




    • Boogie_Five Boogie_Five 16 avril 15:52

      @Albert123
      La Sixième République n’est pas un projet de gôôôche, mais celui de tous les français qui veulent changer de régime et en ont assez de ce régime présidentiel qui n’a plus de sens aujourd’hui. 


  • eau-du-robinet eau-du-robinet 15 avril 22:20
    .
    Cela devrait faire réfléchir les Mélenchonistes s’il ne vaut pas mieux de voter pour M. Le Pen pour faire dégager Macron !!!
    .
    Je hallucine quand Mélenchon appel à voter Macron !!!
    .
    Moi je vous dit qu’il faut dégager d’urgence Macron, ... Il et bien plus dangereux que M. Le Pen

    • Boogie_Five Boogie_Five 16 avril 15:55

      @eau-du-robinet
      La position idéologique et partisane de Mélenchon fait qu’il ne peut pas appeler à voter Le Pen, quand bien même ça présente un intérêt tactique en détruisant le centre. 
      Mais remarquez, il n’a pas appelé à voter Macron non plus : donc, c’est à vous de choisir. 


  • zygzornifle zygzornifle 16 avril 08:54

    Tant que l’on ne passera pas au détecteur de mensonges tous les politiques on se fera baiser a chaque fois .....


  • zygzornifle zygzornifle 16 avril 09:09
    Les abeilles ne perdent pas leur temps a expliquer aux mouches que le nectar est meilleur que la merde.
    Les mouches comme Macron font bombance du tout ....

    • Parrhesia Parrhesia 17 avril 09:15

      @zygzornifle
      Bravo !!!
      Il y a des circonstances dans lesquelles il faut parler clairement à la cinquième colonne du capitalisme financiarisé !!!
      Malgré cela , nous devons aussi reconnaître que même en lui parlant clairement, il est difficile de se faire comprendre de la cinquième colonne du capitalisme financiarisé.
      Les intérêts politiques et/ou financiers qu’elle défend se situent ailleurs qu’en France, la vocation mondialiste des Français étant désormais de se faire gruger en permanence en prêtant foi aux prêchi-prêchas de la « Vox Mondialista » !!! ...


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