mercredi 6 août 2025 - par Laconique

Considérations sur le culte dans la Nouvelle Alliance

 Si la liturgie juive est abondamment décrite dans les textes de la Bible, ce n’est pas le cas de la liturgie chrétienne dans le Nouveau Testament. Comment expliquer cette lacune ? N’y a-t-il pas de liturgie chrétienne selon la volonté de Dieu ? Et à quoi correspondent les multiples références au culte du Temple dans les textes du Nouveau Testament ? Cet article se propose d’examiner ces références au culte vétérotestamentaire dans l’enseignement des Épîtres, afin de dégager la nature du culte nouveau institué par Jésus sur la Croix.

 

 Je discutais l’autre jour avec un ami protestant.

 « Je pense que, vous autres protestants, vous attachez trop d’importance à l’Ancien Testament, lui dis-je. Qu’importe la Loi, le culte du Temple ? Pour nous, chrétiens, ce qui compte c’est Jésus-Christ, c’est la liturgie de la messe. Le reste est dépassé, aboli par l’Alliance Nouvelle. Nous n’avons pas vraiment à nous en occuper. »

 Mon ami garda un moment le silence, puis :

 « Je pense que tu te trompes, me dit-il. Il y a une chose que vous autres catholiques avez parfois du mal à comprendre, c’est qu’il y a entre l’Ancien et le Nouveau Testaments un rapport d’analogie. Toutes les réalités du Nouveau Testament sont déjà signifiées dans l’Ancien, mais de manière beaucoup plus concrète, matérielle, détaillée. Si bien que pour comprendre le Nouveau Testament, c’est en définitive vers l’Ancien qu’il faut se tourner, car c’est là que se trouve le contenu de la foi, la Loi, et le détail du culte qui plaît à Dieu. Laisse-moi t’énumérer tous les éléments de la Première Alliance qui trouvent une correspondance exacte dans la Nouvelle.

 - Le Prêtre : Dans le Nouveau Testament, il n’y a qu’un seul prêtre, c’est le Christ. C’est là l’exposé bien connu de l’Épître aux Hébreux : « Jésus, lui, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 24). « C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux » (He 7, 26). Le Christ n’est donc pas seulement le Fils de Dieu, c’est aussi une entité sacerdotale, qui joue un rôle éminemment sacerdotal. Le Christ est Prêtre, prêtre de l’ordre de Melchisédech, et suivre le Christ signifie donc s’engager dans une aventure de nature liturgique.

 - Le Temple : Le livre de l’Exode décrit précisément ce doit être la Tente d’assignation, ou la Demeure, destinée à abriter la Gloire de Yahvé. Le Temple fait de pierre (absent, tu le noteras, de la Torah proprement dite) a été détruit, mais cela ne signifie pas qu’il ait pour autant disparu de la vie du chrétien. Contrairement à ce que vous autres catholiques avez tendance à penser, la manifestation du Temple dans la vie chrétienne ce ne sont pas les églises matérielles, mais c’est l’Église vivante et spirituelle, en tant que rassemblement des élus : « Nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit : J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux » (2 Co 6, 16). Mais on trouve aussi une dimension individuelle à cette survivance du Temple, puisque c’est le corps de chaque fidèle qui est le Temple appelé à abriter Dieu : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? » (1 Co 6, 19).

 - Le sacrifice et la victime : La vie chrétienne est une vie entièrement sacrificielle. Les sacrifices tiennent une large place dans la Loi juive, ils y sont décrits en détail quant à leur nature et leurs modalités diverses. Le sacrifice pour le chrétien c’est bien sûr avant tout celui du Christ : « Il s’est livré lui-même à Dieu pour nous, en offrande et en sacrifice d’agréable odeur » (Eph 5, 2). Le Christ est donc à la fois prêtre et victime : « Il est lui-même la victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jn 2,2). Cet aspect est bien connu puisqu’il constitue pour ainsi dire le cœur de la foi chrétienne. Mais il y a d’autres dimensions du sacrifice dans l’enseignement du Nouveau Testament. Le sacrifice que le fidèle doit offrir, c’est avant tout celui de ses penchants mauvais : « Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs » (Ga 5, 24). Mais cela ne suffit pas, puisqu’en définitive c’est lui-même que le chrétien doit offrir à Dieu en sacrifice d’agréable odeur : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là pour vous la juste manière de lui rendre un culte » (Rm 12, 1).

 « Comme tu le vois, contrairement à ce que la plupart des gens pensent spontanément, le christianisme n’est pas avant tout une morale, une religion toute spirituelle. C’est un culte rendu à Dieu, un culte assez précis et qui reprend tous les éléments du culte révélé au peuple juif dans la Torah : le Prêtre, le sacrifice, les victimes, le Temple. À cet égard, c’est donc bien vers le culte du peuple d’Israël, non pas vers sa morale, non pas vers sa spiritualité, non pas vers ses prières, mais bien vers son culte que le chrétien doit se tourner, c’est ce culte qu’il doit étudier minutieusement, s’il veut apprendre quelle doit être l’incarnation de sa foi, au-delà des formules pieuses. Il n’y a pas abolition de la liturgie juive dans la Nouvelle Alliance, mais au contraire son absolutisation, puisque qu’elle recouvre désormais toute la vie du chrétien. C’est cette vie du chrétien qui constitue désormais la liturgie voulue par Dieu, c’est là que l’on doit trouver l’actualisation du culte, et non à la messe comme beaucoup de gens pieux ont tendance à le penser. En toute rigueur, la vie chrétienne n’est pas autre chose que cela : que l’actualisation dans sa propre existence du culte juif révélé par Dieu à Moïse au désert du Sinaï. »



13 réactions


  • Étirév 6 août 2025 09:12

    « Si la liturgie juive est abondamment décrite dans les textes de la Bible, ce n’est pas le cas de la liturgie chrétienne dans le Nouveau Testament. Comment expliquer cette lacune ? »
    Et pourtant…
    Dans Que penser de la Bible ? on nous dit : « On ne connaît pas sûrement le sens, l’origine et le but de plusieurs Épîtres attribuées aux Apôtres et de l’Apocalypse attribuée à saint Jean. »
    En effet, on ne peut pas comprendre l’esprit du vrai Christianisme si l’on ne sait pas qu’il s’agit d’une lutte de sexes.
    On ne peut pas non plus comprendre dans quelles circonstances on a créé la légende de Jésus et forgé son histoire, si l’on n’a comme source que le Nouveau Testament.
    La question doit être posée sur un autre terrain, celui de la psychologie qui nous montre à quelles impulsions obéissaient les hommes de cette époque, alors que le droit romain venait d’affirmer la puissance masculine, ce qui révoltait la Femme. Et c’est pour répondre à cette révolte qu’on créa le Dieu Père et le Dieu fils de l’homme, déclarant que le Père, du haut du Ciel, ne reconnaît sur la Terre que les êtres mâles avec lesquels seulement il se met en relation par l’intermédiaire de son fils. Mais tout cela même serait difficile à comprendre si on en faisait un fait isolé. Il faut le rattacher à l’époque antérieure pour en comprendre la signification réelle.
    Il faut savoir, d’abord, que l’Ancien Testament, sur lequel le Nouveau s’appuie, était déjà un livre altéré, un livre destiné à cacher quelque chose. Si on ne sait pas qu’il y a déjà dans les anciennes Écritures quelque chose que l’on cache, on ne peut pas comprendre les nouveaux Évangiles, puisque c’est le même mensonge qui continue.
    Origines et Histoire du Christianisme


    • berry 6 août 2025 09:26

      @Étirév
      « Il faut savoir, d’abord, que l’ancien testament, sur lequel le Nouveau s’appuie, était déjà un livre altéré, un livre destiné à cacher quelque chose. »

      Quelque chose comme le culte d’une secte sataniste, peut-être ? Histoire de cacher des pratiques de sacrifices humains auparavant étalées au grand jour (cultes de Baal, Moloch, etc...), mais qui révulsaient les peuples alentours.


    • Eric F Eric F 6 août 2025 19:39

      @Étirév
      ’’le Dieu fils de l’homme, déclarant que le Père, du haut du Ciel, ne reconnaît sur la Terre que les êtres mâle...’’
      Qu’est-ce que c’est que ces fariboles ?


    • Mervis Nocteau 8 août 2025 23:11

      @berry @Eric F. Ne savez-vous pas qu’@Étirév était une misandre doublée d’une révisionniste misandre ?


  • berry 6 août 2025 09:15

    Une analyse critique sur les origines sataniques du christianisme :
    https://www.youtube.com/watch?v=5qyHAh-DTCw

    1 h 34 de vidéo, mais je vous promets que vous ne perdrez pas votre temps.


    • Mervis Nocteau 8 août 2025 23:16

      @berry. Indépendamment de ce que peut valoir ce documentaire, dire « origines sataniques du christianisme » est déjà un postulat/biais monothéiste, avec son diable et son bon dieu, en terme de grille d’analyse du monde, grille d’analyse avant tout chrétienne passé dans l’islamisme, puisque, sur la base de la vétérotestamentaire lutte d’Israël contre Gog et Magog  du moins, en Canaan, car sinon il n’est pas question de dénier les Dieux des Nations/Gentils/Goyim, pas plus que les Nations/Gentils/Goyim, sinon ça ne marche pas : l’élection ne distingue de rien !  eh bien, le serpent génésique devint Lucifer (Lucifer étant avant tout Vénus, chez les Romains !) : la figure de l’Adversaire, du Rival (Satan, Sheïtan) fut radicalisée. Donc accuser le christianisme de satanisme, c’est le serpent qui se mord la queue : il n’y a de croyance au satanisme que chrétienne. Lire aussi.


  • Eric F Eric F 6 août 2025 19:45

    L’Ancien Testament est extrêmement formaliste en matière de culte comme de prescriptions, c’est justement de cela que le Nouveau Testament se démarque, alors chercher dans l’Ancien ce qui relève du culte semble une régression. Mais ce qu’en indique l’article se place dans une acception tellement symbolique qu’on ne voit pas ce qu’il faudrait en tirer de manière pratique.

    C’est le problème, le pied de la lettre est caduque, l’interprétation symbolique est arbitraire. 


    • Mervis Nocteau 8 août 2025 23:09

      @Eric F. C’est ce qu’on dit. Il y aurait pourtant du celtisme gaulois, dans ce on-dit, lui qui valorisait la caretia, celtique pour charité. Or, comme charité bien ordonnée commence par soi-même, la charité celtique était communautaire  et précisément, en termes modernes : la cherté. L’article de @Laconique a le mérite de faire la charité (chrétienne) aux protestants, en montrant l’exemple d’une abnégation prescrite par l’ami protestant, auquel il laisse la parole (le sacrifice d’un soi catholique), tout en lui donnant raison. Or, il a raison, car selon le mot du fort chrétien Chesterton  le monde moderne est plein de valeurs chrétiennes devenues folles. Ce que dénonçait l’article, à propos du devenir-chrétien contemporain (trop moral, trop « spirituel »  @Laconique voulant sûrement dire par là « abstrait »).


  • Mervis Nocteau 8 août 2025 23:04

    Oui. Un syndrome de Stockholm religieux étendu à tout l’univers, après la pseudo-fuite d’Egypte, dont Pharaon ne sert que de personnage conceptuel pour détourner l’attention, de ce qui attend pourtant bien le monothéiste dans sa pratique.


    • Mervis Nocteau 9 août 2025 21:30

      Je voulais vous remercier pour votre message personnel sous Academia.edu, à l’occasion de ce lien que je vous avais soumis. Je ne peux malheureusement pas y répondre sans payer l’interface, ce qui n’est pas dans mes projets. Je salue aussi le fait que vous y soyez allé de votre autre nom  le vrai, semble-t-il  ce qui me permet de vous féliciter pour votre ouvrage. Je n’en dirai pas plus sur Internet. Si vous voulez me contacter, vous avez mon Facebook aussi, mais je sais que la plateforme est rédhibitoire. Cordialement


    • Laconique Laconique 10 août 2025 11:45

      @Mervis Nocteau

      Oui, c’était juste un petit clin d’œil sur le site Academia.edu. En effet lol, j’ai publié l’année dernière ce petit essai sous mon nom, essai en partie nourri d’ailleurs des polémiques de 2018-2022 sur Avox à propos du christianisme, avec Gollum notamment. Ça ne m’a pas mené bien loin, mais c’est toujours une satisfaction de mener à bien un projet. Je n’ignore pas vos activités sur Facebook, vous jouez un vrai rôle de médiation régionale (et au-delà) dans le champ qui est le vôtre. Vous savez que j’apprécie vos qualités à la fois stylistiques et intellectuelles, je lis vos articles ici. Je ne sais pas quels sont vos projets, le monde intellectuel et universitaire est très ingrat, et le monde « profane » est complètement indifférent. C’est la vie moderne, c’est comme ça. Il faut essayer de ne pas devenir aigri…


    • Mervis Nocteau 11 août 2025 10:18

      @Laconique. Tout à fait, merci pour vos compliments ; je crois pouvoir dire, pour ma part, que vous êtes le chrétien le plus conséquent que je connaisse ; ce n’est pas que je les ai tous connus, mais que j’ai fréquenté quelques monastères et même été prosélyte en ville, quelques fois, sans parler des communautés protestantes françaises et anglaises avec lesquelles j’ai partagé mes services et le pain ; je mettais ma rhétorique au service de l’Evangile, mais mes raisonnements faisaient taches. C’est un avantage, pour faire de la poly|théologie.
      Je n’ai pas mieux à dire, quant à la vie moderne, que vous, où j’ai, en effet, subi les malversations corporatistes universitaires et du monde profane. Je pourrais vous citer des occasions précises, encore récentes dans le monde profane, et précisément « néopaïen ». De toutes façons, la poly|théologie n’intéresse même pas les « néopaïens » : ce sont, au mieux, des historiens, et  non pas au pire, mais abondamment des esthètes de droit commun (génération d’images IA comprises) — car au pire, ce sont des manœuvriers même « aux sommets ». Au fond, c’est comme partout, n’est-ce pas ?

      C’est à me rendre baudelairien  catholique !  par refuge infantile : le poète « sataniste » finit aphasique à ne plus savoir que vitupérer, à qui voulait l’entendre  c’est-à-dire personne  des « Créfieu ! » Je suis prévenu.


    • Mervis Nocteau 11 août 2025 10:31

      PS : sur le satanisme, je préfère rappeler ceci.


Réagir