Crèches de Noël
La crèche, c'est la mangeoire, d'ordinaire remplie de fourrage. C'est là que Marie coucha son nouveau-né une fois emmailloté (Luc 2:7).
En Orient, on place traditionnellement la crèche biblique dans une grotte. Le philosophe Palestinien Justin de Naplouse (II siècle) mentionnait d'ailleurs une grotte dans son ''Dialogue avec Tryphon'' philosophe Juif. A l'époque, du côté de Bethléem, des réseaux de grottes servaient d'habitations et d'étables.
En Occident, la crèche est généralement associée à une étable construite.
On s'accorde souvent pour dire que c'est saint François d'Assise qui fit préparer la première crèche, le 24 décembre 1223, pour commémorer la naissance du Christ. C'était à Gréccio, un petit village des Abruzzes. Cette crèche a été installée dans une étable, avec l'autorisation du Pape Honorius III. Elle présentait des personnages et des animaux. L'idée de la crèche s'est alors répandue en Italie, puis en Europe.
Au XV siècle, à Marseille, les personnages sont habillés d'étoffes à la mode napolitaine. Puis, au XIX siècle, la tradition s'étend en Provence, avec des santons d'argile crue. Les personnages représentent la Saine Famille, les Rois Mages et les Bergers. Puis, avec le temps , nombre d'interprétations et de variantes sont introduites.
J'ai profité d'un passage à Nice pour aller visiter le village de LUCERAM, niché à 650 mètres d'altitude, dans le proche arrière-pays niçois. Pour y accéder, la route est belle et assez large, mais tombe sous la ''loi montagne'' pour les équipements hivernaux. Luceram se présente comme le ''village des crèches'' : durant les mois de décembre, les habitants en installent partout. De toutes sortes : de la plus sommaire à la plus sophistiquée. La mairie propose des informations historiques dont je me suis inspiré. Au retour, j'ai fait un saut au Monastère de Cimiez, où des crèches venant de différents pays étaient exposées.
Et je ne me suis pas limité aux crèches, puisque les lieux qui les hébergent, ici et là, sont aussi intéressants.
LUCERAM
Le village est composé d'une partie basse et de l'éperon rocheux. Il y a cinq parkings et quatre toilettes publiques.
Depuis le P2, on voit se déployer la partie haute du village.
Depuis la route proche du P1, on admire le fier éperon.
Voici le plan de la partie fortifiée (repris d'un panneau du village)
Luceram se trouvait autrefois au croisement de voies anciennes entre Savoie et Mer, et entre Piémont et Provence.
Brève histoire des origines :
Début 1309, Luceram rendait hommage au roi Robert d'Anjou (1). La cité dépendait alors de la viguerie de Vintimille, dont Sospel était le chef-lieu (2). En 1376, le juge du comté de Vintimille confirme les privilèges et les libertés de Lucéram. En 1388, le village de Lucéram (viguerie alors de Nice) passe sous domination savoyarde, et rend hommage au duc de Savoie.
Vers la fin du XIII siècle, Charles Ier d'Anjou (frère cadet de Saint Louis) régnait sur la région. Une ''maison forte'' a alors été construite sur les hauteurs de Luceram.
Il s'agissait d'une construction édifiée sur la crête rocheuse qui dominait la vallée. Le ''château'' se trouvait ainsi protégé sur trois côtés par des à-pics. La partie accessible étant protégée par des fortifications classiques.
La ''maison forte'' fut rasée au XV siècle pour édifier l’Église Sainte-Marguerite sur les fondations de la maison forte. Et elle y est toujours en place dans ses murs.

Depuis le point d'observation de l'éperon, on voit arriver un berger et quelques moutons.

De retour au P1, débute la promenade dans la partie basse.
Cette première belle crèche ''en grotte'' est bien travaillée, et d'un bel effet...

… celle voisine est une crèche simple mais élégante.

En chemin, le ''passage du Saint Esprit'' mène à la boulangerie...
Au petit ''musée de la Crèche'' se trouve cette œuvre napolitaine... avec trois splendides Mages.
Les Mèdes sont un peuple indo-Européen originaires du Zagros (Iran actuel). Ils étaient d'expression à la base non-sémitique. Parmi eux figurait une caste sacerdotale héréditaire : les Mages. Ils ont développé une influence croissante dans la région, aussi sur les politiques. Leurs ''spécialités'' étaient l' Astrologie, la Divination, et les Sacrifices d'animaux. Leur fonds théologique est polythéiste et dualiste, porteur des traditions du Mazdéisme, auquel a été adjoint le dieu Mithra. Ils se disaient -aussi- héritiers de l'enseignement de Zoroastre dont le monothéisme strict, purement spirituel, est exempt de rites et d'idoles, et condamne explicitement les pratiques sus-mentionnées... Émile Benveniste, spécialiste des cultures indo-européennes anciennes, décrit le magisme en quelques mots : « Une cosmologie mazdéenne non réformée, subordonnée au principe du Temps divisé [=Zervanisme dualiste (3)] ; le tout harmonisé secondairement avec la réforme de Zarathoustra. Tel paraît avoir été le contenu du magisme. » (4)
Au II siècle, Origène, ''Père de l'exégèse Biblique'' considérait les Mages comme des charlatans et de tristes personnages indignes d'intérêt. Mais, au final il sera choisi d'insérer les Mages aux fondements de l’Église Chrétienne. (Saint Fulgence). (5)
Au début du IV siècle, Saint Épiphane utilise l'argument des Mages venus adorer le Christ comme preuve de la divinité du Christ ; ceci pour montrer leur ''erreur'' aux Juifs et aux Ébionites. (5) Cela n'a pas fonctionné.
C'est le Pape Saint Léon (V ième siècle) qui a arrêté le nombre des Mages à trois (''les présents étant triples, les oblateurs sont trois''). Auparavant, on portait leur nombre à douze (tradition syriaque ou arménienne) ou, pour des raisons de symétrie, à deux (fresque du III ième siècle du cimetière Saints-Pierre-et-Marcellin) ou quatre (fresque du cimetière de Domitille) (5)
… œuvre qui côtoie celle du Niger...
… et une minuscule crèche-noisette...

Tandis que celle-ci prend de la hauteur.
Mini crèche-coquille
Face au petit musée se trouve l'office du tourisme-magasin de souvenir, où l'on peut se procurer un plan de Luceram. Là commence la montée.
Exemple de vue des ruelles
Jolie crèche avec l’Étoile des Mages
Les Mages, indo-européens, se disaient héritiers de l'enseignement de Zoroastre dont le Dieu Ahura Mazda (=Seigneur Sagesse) était symbolisé par une étoile à six branches (et non cinq). Les Mages ont suivi l’Étoile de ce Dieu. L'étoile a six branches car chacune représente un des six attributs de Dieu (Sagesse, Ordre Juste, Immortalité, etc) et, de la partie centrale de l'étoile, émane la lumière spirituelle de Dieu. L'ensemble était appelé le Xvarnah aux hautes époques. Les zoroastriens ont emprunté cette étoile à six branches (syncrétisme) à l'antique Civilisation de l'Indus qui appelaient cette étoile la Shatkona. (6) Bien plus tard, la même étoile sera adoptée pour l'étoile de David.
Le syncrétisme n'est pas un gros mot ; c'est plutôt une richesse. (7) (6)

Porte ancienne

Crèche sous grilles

Véritable trou de serrure !

Très jolie
Ici, des personnages réalisés ''au crochet''.
Arrivés au sommet, revoici le pont du Berger (au Sud)
Une jolie crèche faite avec ''quelques riens''

Restanques (à l'Est)
Et voici le clocher de l'église qui apparaît.

Au flanc de l'église, une fresque sur un mur de chapelle.
Du parvis de l'église Sainte Marguerite, vue sur l' Ouest
Inscription de l'an 1487, que je ne sais pas déchiffrer
Sainte Marguerite, patronne de Luceram
Retable de Saint-Antoine de Padoue, par J. Canavesio (1492)
Remarquer aussi la belle crèche de bois.

Crèche de l’Église Sainte Marguerite d'Antioche

Sainte Marguerite, la seule femme qui ait vaincu le Dragon.
Après que le dragon l'ait avalée, elle lui ouvrit le ventre avec sa croix.

Inscription ''historique'' sur le confessionnal de bois.

S. Apolonia, par Jean Canavesio.
Je ne montre pas la peinture de la Mort de Judas (mal conservée) qui lui fait face. Le même tableau est par contre très bien conservé à l'église Notre-Dame-des-Fontaines (La Brigue) visible ici :
https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/voyages/article/viree-dans-la-vallee-de-la-roya-230616

Voici la muraille''nord''

La tour ''ouverte à la gorge'' est une construction originale qui permet, dans l'hypothèse où l'ennemi vient à s'emparer de la tour, d'empêcher celui-ci d'utiliser la tour contre la cité.

On redescend...

Crèche composée d'outils métalliques...
Crèche flottante au Lavoir
Crèche au lavoir.
MONASTÈRE DE CIMIEZ
Le parking fait toute la longueur de la Place Jean-Paul II où se trouve le monastère, mais il est bondé : les gens sont principalement dans les parcs du coin.
La façade de la Paroisse Sainte Marie des Anges est superbe au soleil couchant.
L'intérieur est impressionnant.

La crèche est pleine de fourrage et le berceau est prêt.
L'archéologie montre que l'association du bœuf et de l'âne à la Nativité était antérieure à l'an 343. Bien avant donc leur apparition dans le Pseudo-Matthieu.
Saint Grégoire de Nysse (IV ième siècle) rappelle alors le symbolisme de la présence du bœuf et de l'âne à la Nativité : « Le bœuf, c'est le Juif enchaîné par la loi ; l'âne, porteur de lourds fardeaux, c'est celui que chargeait le poids de l'idolâtrie. » Saint Ambroise précise que l'âne, est « la figure des gentils. » (5)
Cette symbolique n'a pas pris racine, et un succédané a été introduit : la symbolique des bergers et des mages (= des Juifs et des Gentils idolâtres)... Avec l'appui de Saint Augustin., suivi par celui de Thomas d'Aquin. Symbolisme qui n'a pas eu le succès escompté.
En fait, pour le sentiment populaire « On n'apercevait plus l'image du Juif enchaîné par la loi, ni celle du Gentil idolâtre : on ne voyait qu'un bœuf et qu'un âne bien réel, et, puisqu'on les voyait, on ne pouvait plus douter de leur existence, de leur présence effective au berceau du Sauveur. » (5) C'est cet aspect qui a pris le dessus dans la crèche, en dépit de ses accents apocryphes.
On remarque une magnifique Pietà de Ludovico Brea (1478).
Rénovée voilà peu.
Le monastère n'est pas ouvert au public, à l'exception d'une petite aile réservée exclusivement aux crèches.
Celle-ci, grandeur nature, est celle du Monastère. Il y a aussi les rois mages un peu à l'écart, qui n'offraient pas un angle favorable pour photo.
Plusieurs éléments décoratifs issus de contrées Africaines
Des pièces de plusieurs pays de l' Est Européen
Madagascar
Dans une période où beaucoup se détournent des religions, la tradition de la Crèche est toujours vive, aussi chez les mécréants.
JPCiron
°°°°°°°°°°°°° NOTES °°°°°°°°°°°°
(1)
https://hal.science/hal-01799866v1/file/PecoutThierry_2014_Les_deux_sejours_du_roi_Robert_en_Provence_1309-1310_et_1319-1324.pdf
(3)
Triades et Trinités
https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-long-processus-d-enfantement-du-251843
(4)
Zoroastre, les Mages, et les Mazdéens
https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/zoroastre-les-mages-et-les-211383
(5) La scène de la Nativité et ses traits apocryphes : l' Étoile, le Boeuf, l'âne, les 'rois' Mages.
https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-scene-de-la-nativite-est-bien-223937
(6) Les lointaines racines du Nazaréen
https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-nazareen-ses-lointaines-racines-238062
(7)
La Bible et le Syncrétisme
https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-bible-le-syncretisme-le-213598
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Une bien jolie et émouvante crèche de LUCERAM, avec l'enfant.



































