lundi 4 mars - par Jérémy Cigognier

Sud-Ouest polythéiste : s’il n’est antiquement pas celte/gaulois, qu’en est-il de ses éléments de prétendu « celtisme/gauloiserie » ?

Cet article fait directement suite au Polythéisme, dans l’antique Sud-Ouest de l’actuelle France, pseudo-Gaules aquitaine et narbonnaise... où l'on apprenait que le Sud-Ouest ne fut pas ou peu celte, dans l'Antiquité, et que ce fut la Rome – via Jules César – qui baptisa la contrée de « Gaules aquitaine et narbonnaise » par commodité supra-pyrénéenne, étant donné que des frontières avaient été établies avec l'Hispanie suite aux guerres puniques.

Autrement, il s'agissait d'une seule région sous la Garonne jusqu'à Nîmes en passant par Toulouse, et au-dessus de l'Ebre jusqu'à Saragosse puis en descendant jusqu'au détroit de Gibraltar...

Pourtant, du matériel à caractère celte/gaulois, a bien été retrouvé dans le Sud-Ouest.

Comment le comprendre ?

 

Prenons un exemple :

De nos jours, les téléphones cellulaires sont largement fabriqués en Chine, et moindrement aux Etats-Unis. Cela fait-il de tous les utilisateurs de téléphones cellulaires sur Terre, des Chinois ou des Etats-Uniens ?... Inversement, c'est l'ingénieur américain Martin Cooper qui, en 1973, réalisa le premier appel téléphonique cellulaire, après l'avoir largement mis au point. Cela fait-il des Chinois, des Etats-Uniens ? Et de tous les utilisateurs de téléphones cellulaires ?... A vrai dire, on parle d'américanisme et – de quoi ? de sinisme ? apparemment le mot existe, – à propos d'influences américaines et chinoises, et en tout cas d'origines. D'ailleurs, l'anti-américanisme est banal en France, et l'on peut dire qu'un certain anti-sinisme existe aussi à cause de la dictature chinoise. Mais, même s'ils sont courant, la plupart des anti-américains possèdent un téléphone cellulaire ; de même des anti-chinois et, pire, ils hésitent rarement à commander sur Internet, quelque chose produit en Chine – sans parler, évidemment, de tous les produits made in China en circulation... Alors ? Est-on pour autant Etats-Uniens et Chinois ?... Bien sûr que non. Retenez cette leçon, quant au prétendu « celtisme/gauloiserie » du Sud-Ouest.

Les Celtes furent une fractale de clans, en Europe occidentale. Leur antique aire majeure, est connue sous le nom de Gaules à cause des Romains qui les conquirent, sous le commandement de Jules César.

Il y eut aussi des Celtes d'Ibérie au coeur de la péninsule ibérique, du Sud de la Cantabrie (les clans les plus connus sont ceux des Bérons et Vaccéens) jusqu'au Sud de la Lusitanie (le clan le plus connu est celui, celto-lusitanien, des Vettons) ; il y eut d'ailleurs aussi des Celtibères, c'est-à-dire des Celtes acculturés aux Ibères et réciproquement, entre les Bérons et les Vettons. Notons au passage, que les Lusitaniens n'étaient pas d'origine celte mais italique, et que la Galice était fort probablement d'origine hellénique, tandis que les Asturies étaient proto-basques (c'est-à-dire une variété ibère) : ce qui celtisa relativement la Lusitanie, la Galice et les Asturies, c'est... la romanisation !... tout comme notre Sud-Ouest, en vérité.

 

 

Des Celtes, il y en eut aussi en Allemagne du Sud, en Suisse, en Italie du Nord et en Autriche, (jusqu'en Anatolie turque d'ailleurs). Avec les Celtes dits Belges au-dessus de la Seine, tous ces Celtes sont certainement les plus germanisés de l'Antiquité, et l'on pourrait parler de « Celtogermains » relativement.

Enfin évidemment, il y eut des Celtes dans les îles d'Eire et de Brittanie, connues aujourd'hui comme l'Irlande et la Grande Bretagne. Mais ce sont certainement les dernières contrées à avoir été celtisées entre toutes, antiquement, puisque la matrice civilisationnelle des Celtes, se situe quelque part aux alentours de Hallstatt (Autriche) et la Tène (Suisse) entre -1000 et -500.

Ainsi les Celtes d'Ibérie ne sont pas exactement les Celtibères, qui ne sont pas exactement les Celtes/Gaulois, qui ne sont pas exactement les « Celtogermains », qui ne sont pas exactement les Celtes insulaires.

 

 

Les Celtes d'Ibérie évoqués en premier, s'implantent probablement vers -500 dans la péninsule, après que tous les Celtes ont repoussé les Ligures dans l'espace intermédiaire. Ligures, que certaines sources donnent pour s'être étendus de l'actuelle Bretagne française à l'actuelle Ligurie italienne.

Dans le Sud-Est actuellement français, il faut bien noter que les Hellènes ayant fondé Massalia (actuelle Marseille), ont remarqué le caractère ligure, de ceux qu'ils baptisèrent les Celtes alentours. C'est-à-dire que, dans le Sud-Est, les Celtes s'étaient ligurisés – de même qu'ils s'étaient germanisés, des Belges aux « Autrichiens ». Les Celtes ligurisés du Sud-Est, ne sont pas non plus exactement Celtes/Gaulois ! Et d'ailleurs ils seront les premiers romanisés, entre Gaule transalpine et narbonnaise.

Notons d'ailleurs, concernant le vocable de Celtes, que certains auteurs même renommés, tendent à employer la notion sur plusieurs millénaires avant le Crucifié. C'est un usage qui nous provient des premières recherches, depuis la Renaissance un peu, durant les Lumières un peu aussi, et surtout au XIXème siècle, puisque le XIXème siècle est fondateur de la science historique... Evidemment, pour une civilisation, couvrir plusieurs millénaires, c'est trop. Les civilisations, à ce qu'on sait, évoluent plus vite. Même l'Egypte antique a varié, encore qu'elle bénéficia d'une inévitable « concentration de ses forces » autour du Nil, facilitant une certaine unité culturelle à travers l'Histoire. Mais il faut au moins distinguer entre les Proto-Celtes et les Celtes, qui n'apparaissent bien qu'au dernier millénaire avant le Crucifié. Les Proto-Celtes, quant à eux, sont la matrice civilisationnelle elle-même, qui suscita autant les Germains que les Slaves, les Hellènes que les Latins : autant dire, justement, que ce ne sont pas des Celtes. En outre, il existe des peuples pré-celtiques alentours, qui furent néanmoins plus largement « indo-européens », encore qu'influencé par des peuples « non-indo-européens » du continent aujourd'hui appelé Europe.

Des Pré-Celtes contemporains des Proto-Celtes, émergèrent les Ligures dont nous parlions à l'instant, qui occupèrent le Sud de l'actuelle France et la péninsule ibérique, avant que ces contrées ne soient quelque peu ibérisées, puis celtisées et enfin romanisées, dans ibérisation et celtisation délimitée, en dehors de la romanisation qui brassa.

Mais bien auparavant, ces Ligures rencontrèrent les Phéniciens qui fréquentaient toutes les côtes jusque sur le territoire de la péninsule aujourd'hui dite scandinave. Les Phéniciens passaient, en cela inspirateurs des Hellènes, par les terres au-dessus des Pyrénées, afin de raccourcir la voie de la Méditerranée à l'Atlantique, tout en profitant du commerce pyrénéen du sel, toujours actif sous Rome. Or, les Phéniciens – venus de la Canaan pré-hébraïque – installèrent le fameux comptoir de Carthage, en phénicien Nouvelle Ville voire Nouvelle Tyr, en référence à la ville phénicienne cananéenne de Tyr. Lorsque les Phéniciens orientaux tomberont, les Phéniciens occidentaux devinrent les Puniques (en fait, c'est la même racine prononcée différemment, qui donne les mots Phénicien et Punique).

 


Eléments d'arts phénicien et minoen.
Il s'agit bien d'une tauromachie, sur l'art minoen.

 

C'était à l'époque minoenne aussi qui, avant même la Grèce archaïque, voyait des civilisations telles que la tartessienne, se développer au Sud de la péninsule ibérique. En fait, les Ibères dont les clans couvriront tout le littoral péninsulaire oriental – en remontant jusqu'aux actuelles Bordeaux et Asturies – sont le fruit d'un tel alliage punico-hellène. Le légendaire basque en a finalement hérité, dont la langue est elle-même héritière de cet Âge du Bronze.

A lire aussi : « Le basque originé - desideratas négationnistes
des bascolâtres (généralement) décrites par un bascophile »

Les Ibères punico-hellènes, après les influences phéniciennes et minoennes déjà, se répandirent sur les Ligures péninsulaire et suprapyrénéens. Or, derniers des Pré-Celtes dans l'Histoire, fatalement, les Ligures charrièrent avec eux des éléments matériels, techniques et culturels, évoquant les futurs Celtes. Celtes qui resteront à la marge du Sud-Ouest actuellement français, en dehors des clans Volques Tectosages et Arécomiques au Sud de Toulouse et Nîmes – deux siècles avant la romanisation – et du clan des Bituriges Vivisques – déporté de l'antique Bourgogne où il était affilié aux Eduens.

Les Volques Tectosages, justement, s'installèrent à Tolosa future Toulouse, ville dont le nom nous vient des Ligures – comme au reste, nombre de toponymes dans le Sud, notamment gascons puisque « la (pseudo)Gaule narbonnaise » fut créée un siècle avant « la (pseudo)Gaule aquitaine », limitant le substrat narbonnais contrairement au substrat aquitain. Les Bituriges Vivisques, quant à eux, furent déporté à l'embouchure de la Garonne sur les Médules – un clan liguro-ibère – pour affaiblir les Santons au Nord (actuel Saintonge) : manifestement avec succès jusqu'à nos jours...

 

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Et naturellement, on peut supposer diverses incursions celtes/gaulois ainsi que celtes d'Ibérie et celtibères, couronnées d'insuccès, dans la région circumpyrénéenne de la Garonne à Nîmes en passant par Toulouse au Nord, et au-dessus de l'Ebre au Sud. Ainsi eurent lieu, commercialement et militairement, des transferts de technologie (tout comme nos téléphones cellulaires évoqués en exemple initial).

Mais restons-en aux Ligures.

C'est à eux, que l'on doit les fameux tumulus des Landes et des Pyrénées, tombeaux « (pseudo)celtes ». Mais aussi, c'est à eux que l'on doit des noms de divinités « (pseudo)celtes » propres aux Pyrénées (les montagnes ayant fait office de « refuge, réservoir, bastion culturel » jusqu'à nos jours) et d'autres, que l'on retrouva dans la péninsule ibérique – notamment occidentale, puisque le côté oriental subit des influences plus précoces.

Il s'agit d'éléments pré-celtes puisque ligures, donc, où il n'est pas étonnant que des hommes de bonne volonté tels que le chercheur régionaliste Raymond Lizop, au XIXème siècle, ait confondu les vestiges locaux avec les Celtes. À son époque, il ne pouvait que se tromper, car les connaissances archéologiques et historiologiques manquaient, qui étaient en cours d'élaboration – en partie grâce à eux, d'ailleurs, ne crachons pas dans la soupe. Mais la recherche est la recherche, et elle évolue... Le plus étrange, avec Lizop, c'est qu'il savait qu'on parlait le proto-basque dans la contrée...

 

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Raymond Lizop, le Comminges et le Couserans
avant la domination romaine, ouvrage où le proto-basque est reconnu
mais surinterprété dans le celtisme (comme dans ses autres ouvrages
sur la question).
René Guénon et Raymond Abellio : des ésotéristes clairs et nets.

 

On songe encore évidemment, à des ésotéristes tels que Raymond Abellio, Rémy Soulès de son vrai nom, dont le pseudonyme évoque le prénom de sages protecteurs notamment parmi les saints (Raymond) et d'un antique Dieu essentiellement retrouvé en Haute-Garonne (Abellion). Brillants dans leur formation scolaire, ces ésotéristes ont une interprétation singulière de la spiritualité, pour le profane. Au début du XXème siècle, on en trouvait un peu partout. Ainsi Raymond Abellion fit un passage chez les francs-maçons, entre autres. Songeons, en outre, au fondateur de la Société Thulé en Allemagne, supposée avoir inspiré le nazisme au plan occulte, et dont le fondateur était lui-même franc-maçon. Il était passé par le soufisme islamique – de même que René Guénon, grand ésotériste français loin de tout soupçon de racisme et même ne serait-ce que de nationalisme, y avait fini sa carrière spirituelle, en s'installant au Caire.

Autres temps, autres moeurs, et en soi Raymond Abellio ne fut pas régionaliste comme Raymond Lizop (après le fascisme français, Abellio se rangea au gaullisme, donc dans une démarche plutôt patriotique au sens large). Son pseudonyme reste néanmoins attaché à une région précise.

Abellion, en cette époque des débuts de la recherche, pour des auteurs tels que Lizop, aurait été un Dieu solaire, dont l'étymologie serait une variante du celtique Belenos, Dieu solaire gaulois par lequel jurent souvent les gentils Armoricains Astérix et Obélix, dans leur BD... c'est ainsi que les légendes scolaires IIIème République entérinèrent, au prisme césarien, la pré-romanité du celtisme dans le Sud-Ouest.

A lire aussi : « Astérix et Obélix au cinma :
Vae Victis ! Malheur aux vaincus ! »

L'époque était à la formation d'une nation, qui devait croire à son unité originaire... Mais de nos jours, il arrive encore parfois que de petits auteurs locaux se pâment, en invoquant quelque solaire Abellion, en répétant à qui mieux-mieux le préjugé celte/gaulois récent. Il est d'ailleurs très facile de le faire accroire, puisque personne n'y a vraiment réfléchi, et qu'Astérix et Obélix présentent une carte romaine des Gaules en introduction, intégrant le Sud-Ouest.

 


Une image IIIème République qui voulait faire nation,
qui nous induit gentiment en erreur depuis longtemps.

 

En fait, si le Dieu Abellion a bien une racine indo-européenne, la fine fleur de la recherche contemporaine tend à en faire une racine hellénique ἄελλα pour vent, tempête, mais il est vrai que les parages des Celtes ne sont pas ignorés, notamment sur la racine *aballo signifiant pomme, dont le lien est évident avec Avalon. Mais, à ce sujet, s'il y a bien une quelconque celticité, il faut présumer qu'elle est archaïque, et plus certainement ligure.

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mais aussi occultes, ou la mode de l'Eternalisme d'Avalon »

C'est la même chose avec la Déesse Artahe, que l'on retrouve de Lourdes à Saint-Pé-d'Ardet (racine de Ardet toujours) : il y a dans son nom un élément para-celte signifiant ours, mais ce n'est pas une divinité répandue en-dehors de la région, donc bien que l'ours soit un symbole de souveraineté celtique, il est difficile de généraliser Artahe à la celticité. Il s'agit plus certainement d'une Déesse ligure... mais, en fait, Artahe pourrait référer au proto-basque/variété ibère arte, chêne, or le chêne est répandu dans toute la contrée, des Landes à la Jacetania espagnole, en passant par le Gers.

Le chêne, parlons-en : en celtique commun, c'est la racine deru- qui domine, par laquelle les Celtes faisaient l'assimilation aux druides (en fait, la racine dr est aussi intensive, tandis que uid renvoie à la vision, à la connaissance). Une autre racine, cassanos, est connue pour avoir donné des toponymes tels que Chasseneuil. Or ces toponymes ressortent largement de l'Ouest de la France : là encore, étant donné le succès de deru- dans les langues celtiques toujours vivantes (breton, cornique, gallois, mannois, gaélique d'Irlande et d'Ecosse), on peut supposer que la racine cassanos a précédé le celte, et qu'elle relève du ligure – quand même elle apparaîtrait par extraordinaire ailleurs que dans l'Ouest, ayant pu voyager encore en substrat parmi les Celtes.

Les autres Dieux qui viennent ensuite, ont tous des racines proto-basques/variétés ibères (c'est-à-dire punico-hellènes) ou romaines. Ces dernières advinrent évidemment avec la romanisation. Mais, quant aux premières, on trouve par exemple Baeserte, racine baso comme dans Basa jaun, Seigneur sauvage ; Aherbeleiste, racine Akerbeltz, Bouc noir ; Baigorrix, racine Ibaigorria, Rivère rouge ; Iscitt(us), racine Iscitt, Flamme ; et ainsi de suite.

 

 

Le fait qu'on trouve des formes éloignées du basque indique manifestement l'influence ligure, d'une part. Mais, d'autre part, notamment sur Iscitt, on voit la terminaison romaine. Romanisation qui charria avec elle, des Celtes/Gaulois progressivement romanisés, notamment dans l'édification de la capitale locale à l'endroit d'un carrefour : Lugdunum Convenarum, car il est évident que le Dieu celte Lug n'est ni ligure, ni ibère.

Bref, c'est la gallo-romanisation qui celtisa quelque peu la contrée, en plus de la romaniser... où rien ne permet d'affirmer, comme Raymond Lizop, que la ville fut édifiée sur un ancien temple au prétendu Dieu solaire Abellion assimilé au Belenos celte/gaulois sur la seule base de la syllabe bel, et sur la seule foi du toponyme gallo-romain évoquant Lug, comme si Lug lui-même était exactement solaire... Le nom même de Convenae est avant tout donné par opposition aux celtiques Volques Tectosages, soit par les Volques eux-mêmes, soit par les Romains de Narbonnaise.

De manière générale, Raymond Lizop parle des Garunni, peuples de la Garonne, mais le toponyme de Garonne vient plus sûrement du proto-basque/variété ibère kar ona (pierre fleuve) de même que Convenae doit être une prononciation gallo-romaine de Kombenak (les Puissants). C'est-à-dire, sans surprise, que les Pyrénées centrales, sous Toulouse, ont subi l'implantation celtique et romaine, précoces par rapport à l'invasion césarienne de la contrée subgaronique jusqu'à l'Atlantique.

 


Saint-Bertrand de Comminges aujourd'hui,
romaine Lugdunum Convenarum.

 

Parmi les Dieux péninsulaires probablement ligures eux aussi – c'est-à-dire originaires d'avant l'implantation celte d'Ibérie, celtibère, et évidemment d'avant l'ibéro-romanisation qui se déploya comme la gallo-romanisation (en brassant l'ensemble jusqu'à parfois le confondre pour nos jours) – on trouve le celto-lusitanien Endovelicus, dont le symbole est le sanglier et la vertu guérisseuse (à rapprocher du pyrénéen Baeserte) ou Ataecina, vénérée des Lusitaniens aux Ibères en passant par les Celtibères, ayant étymologiquement trait à l'idée de renaissance (ce qui induit à penser aux saisons voire à une religiosité de la réincarnation, comme dans le reste du monde celte). On trouve encore Vaelicus, parfois assimilé à Endovelicus, Dieu Loup, qui toutefois pourrait avoir des racines italiques par la voie lusitanienne, faisant alors indéniablement songer à la Louve romaine. Mais l'archaïcité de ces Dieux et Déesses les situent chronologiquement dans un univers pré-celte et pré-latin commun.

En effet, les choses deviennent croustillantes, quand on se rappelle que le monde ligure reliait la péninsule italique à la péninsule ibérique, en s'étendant dans l'Hexagone vers le Nord (avantque les Celtes, futurs Gaulois, ne repoussent les Ligures au Sud). En effet à cette époque, Rome n'existe pas et les premiers Latins, entre querelles sabines et albaines, choisiront bientôt la Louve (au Vème siècle avant le Crucifié) comme mère des légendaires Rémus et Romulus : la fonction guérisseuse est présente.

Au passage, signalons que les Galiciens d'Espagne se revendiquaient helléniques et que leur toponyme réfère plutôt à Callaica, tout comme la Galice en actuelle Bulgarie ; que les Asturiens ont un toponyme proto-basque/variété ibère de type aste+ura, escarpement+eau sur la base de la rivière Astures, comme cela se faisait couramment à l'épée ; qu'on trouve un Mont Arès en Bigorre française, Dieu de la guerre hellénique ; que les Pyrénées-mêmes, réfèrent à l'hellénique pyros, feu dont il nous reste la légende de Pyrène : une princesse bébrice en Pyrénées orientales, tombée amoureuse et délaissée par son amant Heraklès qui, après avoir appris sa mort de chagrin, aurait édifié les montagnes en guise de mausolée. Mais que Pyrène ait accouché de serpents avant de mourir, s'explique mieux par le légendaire basque, des relations entre la Déesse Mari et le serpent Sugaar... Enfin nous nous éloignons de l'intention initiale de cet article, qui était de cerner le prétendu « celtisme/gauloiserie » du Sud-Ouest, voire le prétendu « celtisme d'Ibérie et celtibérisme » de la région, en fait fondamentalement italique pré-latin, hellénique archaïque, et donc ligure.

 

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Source Wikipédia, illustré par une I.A.
De même que la Déesse Mari correspond la punique Tanit,
Sugaar correspond au Dieu punique Eshmoun.
Il y a tout un faisceau de concordances mythématiques.

 

Un tour d'horizon a été réalisé, avec les traces qu'il nous en reste désormais. Comme il en était question dans le premier article, le Polythéisme, dans l’antique Sud-Ouest de l’actuelle France, pseudo-Gaules aquitaine et narbonnaise..., il faut alors se tourner vers le légendaire basque et inclure l'influence punique. Le Sud-Ouest est donc bel et bien une contrée ligure ibérisée – ibérisée comme, au reste, une vaste part de la péninsule ibérique – où les Ibères sont des clans à caractère punico-hellène archaïques (phéniciens pré-carthaginois et minoens tartessiques).

Mais lorsqu'on réalise que la rencontre du monde ligure-ibère avec le monde proto-celte, avec ses lointaines influences phéniciennes jusque dans les grandes îles nordiques, a dû accoucher de la typicité celte en propre, tout d'un coup les choses prennent une autre tournure. C'est que nous voyons bien que, d'un foyer civilisationnel aux alentours de Hallstatt (Autriche) et de la Tène (Suisse) entre -1000 et -500, des cultures se différencient : Celtes (et variantes celtiques évoquées), Germains (qui eurent aussi des variantes, jusqu'aux fameux vikings féodaux), Italiques (dont des variantes vont jusqu'aux Lusitaniens, mais bientôt dominés par les Latins), Slaves (aux variantes aussi nombreuses...), etc.

Ces différentiations culturelles ne viennent pas de nulle part. C'est-à-dire qu'il y a à tout cela, au juste, un fond commun, qui ne peut provenir que de prédécesseurs entre les peuples atlantiques... de même que les Latins furent notoirement influencés par les Etrusques, que les Germains furent notoirement influencés par les Sâmes, ou que les Slaves furent notoiremment influencés par les Finnois – autant de peuples non-indo-européens – les Celtes furent influencés par les Ligures.

Si, bien entendu, chaque lignage dispose d'une créativité historique, il se trouve qu'au voisinage d'autres peuples, et même en conflit avec d'autres peuples – tels que les Celtes dominant les Ligures, en dehors du Sud-Ouest et d'une partie de la péninsule ibérique – des substrats et des acculturations ont lieu. Voilà pourquoi il est permis de supposer, que l'importance bovine dans le monde celtique, vient aussi des Liguro-Ibères. Ou encore, l'importance de la Femme celte (grandes dirigeantes et prétrêsses, matrilignages présumés) comme dans le monde liguro-ibère. Ou encore, la pratique funéraire de la momification des notables, dans les tumulus, ainsi que la découpe des crânes de l'ennemi...

Dans ce contexte, il semble très difficile voire impossible, de parler de Tradition Primordiale telle qu'en parlait un Raymond Abellio. Qui d'ailleurs, en parla probablement sur la base de René Guénon... sinon que Guénon déniait à l'Europe, au polythéisme, toute possibilité de sauvegarde primo-traditionnelle. Mais c'est, en tout cas, ce qui nourrissait des fantasmes dans la Société Thulé, fantasmes en partie accrédités par Guénon quand même, au sujet d'Hyperborée.

 

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Bien que des éléments initiatiques ou formatifs à caractère polaire, soient bien présents dans le monde celte, et plus largement indo-européen, rien ne permet d'insister autant sur ce point cardinal – comme s'il s'agissait d'une panacée universelle. Car les éléments sont épars. Et si l'idée qu'une lumière voire que le Soleil, vient du Nord parfois... en dehors du fait que les nazis corrompirent politiquement cette idée en inventant le Soleil Noir (Apollon séjourne dans le Nord, Baldr est un Dieu mort, etc.) on ne peut qu'admettre que cette lumière n'est pas la lumière naturelle, et garde une obscurité mystérique que les idéologies et autres revendications, dénaturent.

Tout ceci n'est que trop récent en Histoire occulte, et ne peut qu'être assimilé à des formes ou pré-formes de New Age. En tout cas, la soupe populaire contemporaine et internautique, en a fait son pain béni...

A lire aussi : « Nos mondes (néo)libéraux : des racines anciennes
mais aussi occultes, ou la mode de l'Hyperboréisme Essentiel »

et « "Je vous salue
New Agers
plein de grâce" – une lettre ouverte »

Y a-t-il des éléments relatifs au Nord, dans le monde ligure pré-celte de l'actuel Sud-Ouest français ? Rien ne permet de le dire. A ce niveau, nous progressons dans le champ des spéculations qui, bien entendu, donnent lieu à tous les fantasmes. Et remarquons tout de même que, pour Rome, les Pyrénées étaient cartographiquement désaxées et dessinées sur l'axe Nord-Sud ; que, pour un Romain, sa Gaule aquitaine pouvait assonner avec le Dieu Aquilon.

Bien entendu, ce n'est pas de l'étymologie, mais de la langue des oiseaux... Quoiqu'il en soit, Aquilon est l'équivalent romain de l'hellène Borée, le vent du Nord, qui donne Hyperborée, au-delà du Nord... Enfin c'est vraiment dit par complaisance.

Notons d'ailleurs, que l'étymologie de Compostelle voulant faire remonter le site avant la féodalité est fautive, puisqu'auparavant le site se nommait Saint-Jacques de Galice. Campo stella, champ de l'étoile, est certainement poétique, que ça n'en fait pas une supposée Avalon celte – île des Vivants, des héros ; monde des morts...

 


Source Wikipédia : enlèvement d'Orithye par Borée (Louvre).

 

Toutefois, puisque les Ligures sont culturellement indo-européens, il a pu y avoir des éléments d'initiation nordiciste, dans leurs mythes perdus. Peut-être que la légende ossaloise des jumeaux Jean et Pierre nommant leur pic du midi en provient, puisque la gémellité est un mythème indo-européen ; mais il se pourrait aussi bien, que cette légende fut importée par la gallo-romanisation voire, peut-être même, par la germanisation féodale rognant l'Empire Romain.

Seule chose assurée : le toponyme d'Ossau ne vient pas d'ours, comme une interprétation féodale le laisse entendre, mais bien du proto-basque/variété ibère pour eau. A ce propos, le conte de Jean de l'Ours est pan-européen, et s'est certainement répandu durant la féodalité chrétienne. Simplement, il aura bien accroché localement avec le légendaire basque répandu à l'époque polythéiste, faisant descendre l'homme de l'ours (d'où que l'on retrouve tant de fêtes liées, jusqu'au Basa Jaun évoqué ci-dessus). Cette ascendance vient d'Orient.

 


Source de l'image.



15 réactions


  • Eric F Eric F 4 mars 19:06

    Il doit être extrêmement difficile de déterminer de manière certaine les influences directes entre des peuples antiques, à partir d’assonances terminologiques ou de récits plus ou moins ressemblants, ce qui conduit à des hypothèses diversifiées.

    En tout cas l’unité gauloise, racine du peuple français, est une légende fondatrice de notre roman national et non une réalité historique pure et dure...


    • Jérémy Cigognier Jérémy Cigognier 4 mars 20:08

      @Eric F. Disons que c’est la réalité historique du XIXème et du XXème siècles... Par contre, ce ne sont pas des recherches basées sur de seules assonances terminologiques, mais croisées avec l’archéologie, et ce n’est pas négligeable.


    • Eric F Eric F 5 mars 09:30

      @Jérémy Cigognier
      Dans différentes disciplines, on prend connaissance de ’’thèses paradoxales’’ différentes les unes des autres, or souvent lorsque l’on veut ’’démontrer’’ quelque chose, la force de la conviction tire un peu sur la ficelle.
      Je m’étais intéressé il y a plusieurs années à des ’’modèles alternatifs’’ en physique et cosmologie, toutes les plus brillantes et séduisantes pour l’esprit, mais proposées par des chercheurs isolés. Comment valider, si ce n’est en soumettant à des experts éminents de la discipline, mais suffisamment ouverts d’esprit, ce qui n’est pas toujours aisé. 


    • Jérémy Cigognier Jérémy Cigognier 5 mars 10:37

      @Eric F. C’est de science studies ou sociologie des sciences que tout cela.


    • Eric F Eric F 5 mars 13:39

      @Jérémy Cigognier
      Oui, du reste votre article évoque des thèses que vous considérez comme fausses pistes. Mais avez-vous soumis cet article (ou sous une autre forme) à ’’relecture par les pairs’’ ou discussion en conférence ?


    • Jérémy Cigognier Jérémy Cigognier 5 mars 13:47

      @Eric F. Encore un effort pour devenir un bon sociologue des sciences : à chacun son métier. Moi, je fais du journalisme de fond en l’occurrence. J’ai lu tout ce beau monde conférencier et autres scientifiques et chercheurs, qui a fait ce que vous désirez, et que je n’ai pas à faire, puisque je les résume à ma mesure  et celle du public. Couramment, on appelle cela une vulgarisation. En tout cas j’ai synthétisé. Donc à un moment donné, vos taillonnements sont ceux d’un demi-habile, comme disait Blaise Pascal.


    • Eric F Eric F 5 mars 18:05

      @Jérémy Cigognier
      L’explication de votre démarche de synthèse et vulgarisation répond d’une certaine manière à la question.
      Reste à savoir, suite à votre dernière phrase, si un demi-habile est pour l’autre part la moitié d’un con, mais ceci est une autre histoire smiley


    • Jérémy Cigognier Jérémy Cigognier 5 mars 21:17

      @Eric F. Bon chrétien, je ne pense pas que Blaise Pascal eût songé « moitié d’un con » sans scrupule. Quid d’un « païen », d’un polythéiste ? (La notion de païen est de dédain urbain et vaticanais avant tout, mais sert aujourd’hui à désigner le monde néopaïen, ésotériste et polythéiste pêle-mêle, tandis que la notion de polythéiste renvoie à quelqu’un démarchant en se rapprochant de l’Ancienne Coutume.) Eh bien, tout dépend de son caractère et de sa sagesse. Tous n’auraient pas non plus pensé « moitié d’un con ». Il n’y a pas que les bons chrétiens, et encore moins seulement les monothéistes, pour faire preuve de formes de bontés. C’est juste que la charité laisse à désirer.


  • Parrhesia Parrhesia 5 mars 10:21

    L’auteur n’ a manifestement pas envie de nous « passer le Celte » !

    C’est très tendance par des temps qui courent de plus en plus vite !

    Remarquez que, dans un esprit similaire, certains autres auteurs du passé ont bien réussi à effacer les Visigoths de nos mêmes terroirs du Sud-Ouest ... Alors... Tous les désespoirs sont permis !


    • Jérémy Cigognier Jérémy Cigognier 5 mars 10:38

      @Parrhesia. Vous n’avez rien compris. Au contraire, les Celtes sont bien passés, ont combattu et parfois se sont implantés, ils ont échangé, etc.


    • Parrhesia Parrhesia 5 mars 10:46

      @Jérémy Cigognier
      « Et parfois se sont implantés » !!!
      Merci de m’avoir aidé à comprendre !


    • Jérémy Cigognier Jérémy Cigognier 5 mars 11:35

      En vérité, vous me faîtes songer à un fébrile devant des craintes déconstructrices. Mais puisque vous vous appelez Parrhesia, j’ai la parrhesia, au contraire, de faire cette aletheia.


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