mardi 8 janvier 2019 - par sylvain

Ce qu’on doit

Tout le monde est endetté : les états, les ménages, les entreprises et ce partout dans le monde. Même la Chine, avec ses 10% de croissance est lourdement endettée. C'est devenu l'argument principal des gouvernements successifs, quel que soit leur "bord", pour justifier de ce qu'ils font et surtout ne font pas ou ne font plus.
 
Nos grands médias en parlent tout le temps, "l'insoutenabilité de la dette" " hausse de la dette" "le problème de la dette", toujours rapidement et pour dire, en gros, qu'on a vraiment trop de dette. On finit forcément par se poser des questions : "qui a autant d'argent ??" et "pourquoi le prêtent-ils à des gens qui ne pourront jamais vraiment les rembourser ?"
 
Pour les ménages et les entreprises, la réponse est assez simple, ce sont les banques qui prêtent. Pour les états, c'est plus compliqué, en réalité même l'état français ne semble pas savoir à qui il emprunte puisqu'il s'est lui même privé de cette possibilité en 2014 en retirant aux obligataires l'obligation de s'identifier. Euroclear, (l'alter ego de clearstream) semble elle au courant puisqu'elle publie la liste des principaux préteurs, sans aucune autre information ( taux d'intérêts, montant...)
 
Evidemment, les banques n'ont pas autant d'argent (et de loin). Pour pouvoir prêter cet argent, la banque va le créer a partir de rien. Depuis "l'argent dette" pas mal de monde est au courant de ce principe, qui est le principal système de création monétaire. Il y a d'ailleurs quelques articles la dessus dans agoravox. Je vous conseille les films (le 2 est bien) de paul grignon, ils expliquent les choses de manière claires et précises. Ils comportent quelques erreurs ( c'est en tout cas mon avis et celui de beaucoup d'autres), mais rien de fondamental.
 
Le but de cet article n'est pas de réexpliquer ce qui est dit dans le film, mais de discuter des conséquences de ce principe de création et de sa mise en oeuvre.
 
Si l'argent est une dette alors pas de dette, pas d'argent.
 
Si on a de la croissance économique, le PIB augmente. Pour faire plus d'échanges il faut plus de monnaie en circulation, en théorie comme en pratique si le PIB augmente, la masse monétaire augmente (on a même l'équation d'irving fisher ( et ) pour l'illustrer et les données de la banque mondiale, qui montrent qu'elle augmente en réalité plus vite). Or pour augmenter la masse monétaire il faut augmenter la dette, donc qui dit croissance (globale) du PIB dit croissance (globale aussi) de la dette.
 
Ce sont des conséquences systémiques, on ne peut pas les changer sans changer le système. En soit ce n'est pas forcément un problème : il suffit d'avoir toujours de la dette et on aura de l'argent, et plus on a de croissance, plus on a de dette. Mais ça parait tout de même contraire au bon sens, pour la plupart des gens si on a de l'argent on n'a pas de dette et si il y a de la croissance on a moins dette. Je pense qu'on devrait se méfier à chaque fois que le sens des mots s'inverse en politique, c'est par exemple très utile dans les débats ou les articles où on ne fait qu'échanger sur des stéréotypes de bon sens populaire justement.
 
Il n'y a à mon avis jamais eu d'explication claire de ce système de la part de ceux qui l'ont créé ni de la part de ceux qui le défendent, qui semblent en général penser que "les gens" ne peuvent pas comprendre l'économie, et de toute facon aucune médiatisation. On a expliqué à l'époque que c'était parce que l'ancien système ne marchait plus et que les états n'étaient pas suffisament responsables pour gérer la création monétaire (sous entendu les politiciens se verront obligés d'écouter un peuple irresponsable, et de faire de la démagogie). C'est possible, mais ca n'explique pas pourquoi on a choisi ce système, il en existe des tas. Il y a des dizaines de citations de personnes de pouvoir disant que celui qui controle la monnaie controle la société, autant dire que cela nécessiterait au moins une explication claire et plutot un long débat public dans une démocratie.
 
Celui qui détient une dette possède en quelque sorte son débiteur, que ce soit un individu ou un état, et c'est en grande partie du à notre bon sens moral dont se sert ce système en inversant les valeurs. En 1973 des gens ont imposé le fait que l'on vive dans la dette permanente et que ce soient les banquiers qui la détiennent, transférant le pouvoir du politique vers la finance, et plus généralement vers une certaine élite qu'on ne connait pas vraiment. Qu'on ne s'étonne pas qu'il y ait des "complotistes".
 
En 2018, le service de la dette (tout ce qu'on rembourse) était de 161 milliards, le buget général de 242 milliards, soit 67% du budget de l'état. On a payé une grande part du montant de la dette en intérêt, ce qui veut dire qu'on aurait pu fonctionner avec quasiment les mêmes budget sans être endettés aujourd'hui. Si un de vos potes vous racontait que ça fait 40 ans que tous les ans il fait un petit emprunt pour s'acheter un nouveau grille pain ou un écran plat et que maintenant il emprunte pour rembourser ses emprunts et qu'il est foutu, vous lui diriez qu'il a quand même été un peu con non ? C'est exactement ce qu'ont fait nos énarques, experts, ministres... depuis bientot 50 ans. Ce n'est certainement pas une bonne raison pour avoir pays en faillite.
 
La dette agit comme un moyen d'ingérence politique, et l'argent dette comme le système qui l'établit. C'est une organisation internationale qui le gère ( agences de notations, banques, FMI...) et qui donne les règles économiques à suivre aux nations. Si on veut reprendre le controle de nos sociétés au niveau national on doit changer ce système. L'argent ne vaut que la valeur qu'on lui donne, il faut trouver un système dans lequel le monde entier puisse avoir confiance et qui nous permette d'avoir la société que l'on désire. Et il faudrait avant ça avoir un outil permettant de savoir ce que tout le monde en pense. Autant dire qu'ils ont une belle longueur d'avance ... Mais la première chose à faire est de se créer une compréhension commune de ce que sont l'argent et la dette aujourd'hui, et de faire en sorte que les gens puissent se demander en toute conscience de cause si ils veulent ou non de ce système.
 


4 réactions


  • Francis JL 8 janvier 2019 18:59

    « pourquoi le prêtent-ils à des gens qui ne pourront jamais vraiment les rembourser ? »

     

     Parce qu’ils ne veulent pas rembourser, pardi ; les intérêts sont bien suffisants dès lors qu’ils dépassent le niveau du capital : leur fric ils en ont tellement qu’ils ne savent plus qu’en faire sinon leur faire faire des petits.


    • sylvain sylvain 8 janvier 2019 20:04

      @JL
      oui, l’idée est qu’on soit toujours endetté et que l’on se sente redevable, voire un peu coupable


  • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 30 avril 2022 21:39

    Bonjour,

    Je me permets de vous solliciter à nouveau. Si je ne procède pas ainsi, mes articles seront interdits par les pro-Poutines. J’ai dû récrire mon article « un microcosme » puisque j’avais laissé une grossière erreur (inversion entre pro-Poutines et anti-Poutines). Je remercie ceux qui me l’ont signalée. Du coup l’article repart à zéro en modération.

    Je propose un autre « article » intitulé « les autorités biélorusses veulent décapiter les syndicats indépendants ». J’y ai mis trois textes qui ne sont pas de moi. Il s’agit de lutter contre la répression de syndicalistes en Belarus (Biélorussie) et d’organiser une action de solidarité en direction des ukrainiens.

    Je vous demande de les accepter en modération.

    Merci.


  • Sigurdhur Sigurdhur 23 septembre 2025 14:51

    La mécanique est moins “magique” que structurelle : elle tient à la manière dont l’État finance sa dette et comment l’économie réagit. Voici les points clés :

    1. La dette publique, c’est de l’argent à rembourser

    Quand un État emprunte (via des obligations, par exemple), il s’engage à rembourser le capital + les intérêts. Ces fonds ne sortent pas de nulle part : ils proviennent des recettes de l’État, donc essentiellement :

    • impôts directs et indirects,

    • taxes sur la consommation,

    • contributions sociales.

    Si le pays a déjà peu de marge de manœuvre budgétaire, la charge de remboursement pèse sur ce qui est le plus facile à taxer, c’est-à-dire les revenus et consommations du plus grand nombre.

    2. Pourquoi ce sont souvent les travailleurs modestes qui paient
    • Impôts indirects : TVA, taxes sur l’énergie, carburants… Ces impôts sont proportionnellement plus lourds pour les ménages modestes. Un ouvrier qui consomme 90 % de son revenu subit plus qu’un riche qui n’en consomme que 30 % de manière proportionnelle.

    • Gel ou réduction des services sociaux : pour réduire le déficit, l’État peut réduire les aides, allocations ou services publics, ce qui touche surtout ceux qui en dépendent.

    • Pression sur les salaires : dans un contexte de dette élevée, l’État et les entreprises cherchent souvent à limiter les coûts salariaux, ce qui freine les augmentations de salaire ou pousse à des formes d’emploi plus précaires.

    3. Le mécanisme de l’exploitation accrue
    • La dette entraîne souvent des politiques d’austérité : réduire les dépenses publiques, augmenter les impôts, flexibiliser le travail.

    • Résultat : les travailleurs voient leur pouvoir d’achat stagner ou diminuer, tandis que les capitaux et les créanciers (banques, investisseurs) continuent de percevoir leurs intérêts.

    • On pourrait résumer par la phrase : “les dettes publiques ne tuent pas les riches, mais pressent les pauvres”.

    4. Exemple concret
    • Un État doit rembourser 50 milliards d’intérêts par an.

    • Il augmente la TVA de 2 %. Les ménages modestes paient cette augmentation sur tous leurs achats, ce qui réduit leur budget pour se nourrir, se loger, etc.

    • Les ménages riches, eux, consomment proportionnellement moins de leurs revenus sur ces biens taxés, et donc subissent beaucoup moins l’augmentation.

    5. La logique structurelle

    La dette n’est jamais “payée par elle-même”. Quelqu’un doit fournir le revenu nécessaire. Et dans une économie où la concentration des revenus est forte :

    • les travailleurs modestes sont les plus nombreux, donc leur contribution totale est inévitable,

    • les élites financières et les plus riches peuvent souvent se protéger (placements, niches fiscales, optimisation), ce qui reporte encore plus la charge sur les classes populaires.

    En résumé, l’endettement national fonctionne comme une contrainte collective : plus l’État emprunte et plus il doit récupérer ces fonds, et le mécanisme fiscal et social actuel fait que ce sont surtout les travailleurs en bas de l’échelle qui paient, directement ou indirectement. C’est moins une question d’injustice morale que de structure économique et de répartition des ressources.


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