De la nécessité quelquefois impérieuse du coup de poing dans la gueule
Jadis, c’est-à-dire juste avant la seconde guerre mondiale, des hommes de tout milieu social faisait le coup de poing pour une insulte, un regard de travers et n’avaient pas peur de tomber la veste au moindre affront. C’était l’époque où Jean Gabin faisait figure d’archétype de beau gosse, cabochard, bagarreur et grand cœur ; ce genre de mâle aujourd’hui serait un dinosaure. La Débâcle en 1940 a dû apprendre la lâcheté aux Français, car désormais seuls ou presque, les gangs de jeunes des citées défavorisées s’adonnent à la baston. Et encore, s’attaquer à cinq sur un seul type est loin d’être une preuve de courage et écraser la gueule à coup de santiags à un citoyen lambda qui prend en photo un lampadaire est loin d’être un exploit. Mais qu’attendre d’une société de pleurnichards et de pleutres qui ne bronche pas quand on agresse une femme dans un train et qui a besoin d’un psychologue après un accident de car ?
Les ouvriers, les paysans, les aristocrates et quelques rares bourgeois n’hésitaient pas autrefois à régler à coup de poing la moindre insulte, le moindre différent. Ceux de ma génération ont presque tous eu un grand-père qui avait fait les tranchées et qui n’avait rien d’une poule mouillée et il ne s’agissait ni d’un ivrogne ni d’une racaille, (à l’époque on disait apache ou gars des fortifs pour qualifier les voyous). Mais on se battait à main nue, d’homme à homme, le couteau ou le rasoir, c’était bon pour les vauriens. On se souvient de la scène ou l’ouvrier Manda, interprété par Reggiani dans Casque d’Or est provoqué par un petit malfrat qui sort un couteau, Manda lui montre un canif insignifiant, car ce n’est pas encore un délinquant, mais il accepte de se battre. Et les hommes professaient alors un engagement patriotique, militant ou syndical qui pouvait aller très loin. A l’époque, la garde républicaine chargeait à cheval sur les manifestants et les « cognes » ne faisaient pas de cadeaux, les CRS de nos jours sont devenus des agneaux par comparaison. Et si un quidam insultait la femme d’un ouvrier, ou la bousculait, il ne le faisait pas impunément et s’exposait à une raclée.
De nos jours, les médias ont crié au génie, quand Bayrou a collé une claque à un petit morveux qui lui faisait les poches alors qu’il s’agissait d’une réaction naturelle qui ne méritait pas une telle couverture. Et qui oserait encore tomber la veste pour corriger un jeune peigne-cul qui joue les caïds de quartier ? Les gens se plaignent des incivilités, mais rasent les murs et n’osent pas répliquer. Quand on entend parler d’enseignants et de parents se plaindre d’une « terreur » de 8 ans qui met à mal toute une école primaire, on se demande si le pays entier n’est pas tombé sur la tête. Les petits voyous des gangs ethniques ont de la chance de vivre en France, car en Afrique, les adultes au village les attacheraient par une corde, tout nu et le slip sur la tête et les promèneraient sous les huées et les crachats des habitants. Et pour les plus violents en ville dans certains pays on leur appliquerait le supplice du collier ou l’article320, 300 pour un litre d’essence, 20 pour une boite d’allumettes en francs CFA. Sans aller à de telles extrémités, ce n’est pas souhaitable, quelques paires de gifles suffiraient à faire rentrer dans le rang les plus virulents.
Comment apprendre la volonté à nos enfants, sans pour autant en faire des brutes, des caractériels ou des « sauvageons » ? Déjà par l’éducation au courage et par l’exemplarité. Mais celui qui se comporte en lâche dans sa vie quotidienne, comment peut-il être crédible devant son fils ? Il n’est pas question de se bagarrer pour des broutilles, de faire l’apologie de la violence gratuite, mais de ne pas souiller ses braies à la moindre provocation.
Je viens d’une famille de multiples origines, au moins quatre, et ne parlerai que de la composante purement française pour ne pas trop étaler ma vie. Et je pense que nombreux sont mes concitoyens qui possèdent des exemples similaires dans leur famille. J’ai un ancêtre qui a fait le siège de Paris contre les Prussiens, un arrière-grand père qui a été assassiné à Paris en pleine rue par des voleurs, mais qui a eu le temps de couper deux doigts à l’un de ses agresseurs avec ses dents et de les donner à la police avant d’expirer, un grand-oncle qui s’est fait rapatrier du service militaire en Tunisie pour aller se faire tuer sur le front belge en 1914 à vingt et un ans. Il pratiquait le chausson, une sorte de boxe française. Il était assez vieux pour faire un mort selon sa dernière lettre que m’a montré ma grand-mère. Mon grand-père a fait cinq campagnes, deux fois blessé, gazé et cité pour actes de bravoure, puis mutin en 1917. Revenu à la vie civile, il se bagarrait à la moindre insulte bien que fonctionnaire et n’avait ni Dieu ni maitre. Il ne voulait pas commander les autres et ne voulait pas qu’on lui donne des ordres. Et il a élevé trois enfants dont ma mère en donnant toute sa paye à son épouse, se gardant juste assez d’argent de poche pour aller boire un coup. C’était un brave type, mort quand j’étais petit, mais il fait parti de ma saga familiale. Quant à la meilleure amie de mes grands-parents, bretonne institutrice, morte à 95 ans, elle me racontait sa vie de préceptrice en Russie dans les années 1900. Elle me disait comment deux de ses admirateurs, la vieille dame n’osait dire amants, s’étaient battus au sabre pour elle, un Russe et un Serbe, qui oserait le faire aujourd’hui pour une femme à moins d’être une brute primaire ?
Moi, je ne suis ni un costaud, ni un gringalet, un intellectuel lambda avec des lunettes, pas très agressif, environ une douzaine de bagarres ces quatre dernières décennies, mais on ne me marche pas sur les pieds. Ma dernière rixe, l’an dernier dans le métro contre deux abrutis qui m’avaient jeté gratuitement de l’eau dans le dos et que j’ai traité de déchets humains, devant des agents RATP impassibles que j’ai aussi insulté pour leur passivité après l’incident, juste un œil au beurre noir, pas de quoi aller chez la psychologue. J’ai même sauté sur un type à Belleville qui agressait à moto à coup de casque une Chinoise qui rentrait chez elle à minuit avec sa gosse et son sac à main. Ce n’est pas pour moi un exploit, mais une réaction naturelle, presque obligatoire et je suis loin d’être un héros. Un jour, suite à une altercation, un voisin m’a traité de citron, Je lui ai collé un pain, défoncé sa porte à coups de pied et il a appelé la police. Les flics m’ont dit, « vous pourriez porter plainte pour injure raciste », j’ai répondu, « je préfère cogner ».
Il faut apprendre à dominer sa peur, car si l’on n’est Mike Tyson, on hésite à donner des coups et à en prendre. Apprendre aussi à avoir de la dignité, de la confiance en soi, et cela la plupart des Français l’ont perdu. On se plaint de la Collaboration, mais si France était à nouveau envahie, ils seraient légions à lécher les bottes de l’occupant de nos jours.
On ne se bat pas pour voler un sac à main ou un téléphone, ni pour jouer les gros bras, ni parce que l’on a le vin mauvais, encore moins pour épater les copains, mais pour sa dignité, son honneur, ses biens et ses proches. Pour une cause, c’est beaucoup plus complexe, car on s’aperçoit quelquefois trop tard que la cause était mauvaise, que l’on a été berné par les leaders et que l’on s’est trompé de combat.





