samedi 21 mars - par Patrick LOUART

Imperceptibles réflexions sur le COVID ?

Nous sommes à l’instant fatidique. Le moment pas même redouté, puisqu’absolument sans référence aucune. Un saut dans l’inconnu. 90% de la population n’a connu aucune restriction. L’idéale société d’abondance a remédié à presque toutes nos défaillances personnelles, à nos petits arrangements avec autrui et avec nous-même durant plusieurs décennies. L’Occident reconstruit après 1945 nous a proposé un avenir radieux et rassurant.

Les systèmes économiques et civilisationnels dominants, nous ont fait croire depuis 70 ans, que notre monde était stable et prédictible. Bien sûr des tâches, plus ou moins grandes, sur la nappe immaculée d’un futur « rassurant », sont régulièrement apparues. Elles nous ont rappelé que rien n’est ni parfait, ni définitif. Cependant, sur le blanc immaculé d’un avenir où les incantations d’un impossible risque majeur ont bercé nos illusions naïves, les phrases de victoire sur le mal de l’ennemi déclaré ou supposé, de victoire sur les forces qui veulent œuvrer à l’instabilité, de victoire sur les souffrances lointaines qui nous donnent bonne conscience, ont porté l’espoir d’un monde qui demain serait encore meilleur, ou dans une hypothèse minimaliste, de poursuivre dans un monde tel qu’il existe et n’en pas changer.

En 2020, 9,83% de la population française a 75 ans et plus. Ces 6 892 517 personnes sont nées avant 1946 selon le dernier recensement paru le 30 décembre 2019. Seuls ces concitoyens ont pu vivre un évènement de pénurie ou ont vécus de près ou de loin la dernière guerre traumatisante : celle d’Algérie. A l’opposé, 90,17% des français n’ont jamais connus une situation de pénurie, d’arrêt économique et de frayeur collective grave. Même la crise financière de 2008 n’a pas créé une peur collective planétaire, pourtant, le monde moderne avait un pied dans le gouffre. Mais peu ont pris la mesure de la catastrophe. 
Revenons à nos français. Ces 90% ont consommé, travaillé, épargné, investit et parfois spéculé. Ils ont cru en un système hybride fait d’un Etat providence et d’un capitalisme plus doux que celui d’Outre-Atlantique. Si la dictature de la croissance est restée malgré tout préservée, même si elle a été mise à mal cette décennie passée, l’essentiel du monde consumériste a été sauvé. Mieux, les dernières guerres extra-occidentales n’ont ni entamé la consommation française ni celle mondiale, et surtout, le modèle occidental a continué à s’exporter partout sur la planète tel un « virus » idéologique, consumériste et individualisant. Je voudrais préciser que ce néologisme « individualisant » que j’utilise à dessein contient une notion nauséabonde « invalidante socialement », c’est-à-dire, la forme aboutie du déni de l’autre. Jusqu’à aujourd’hui, tout semblait solide et devoir se dérouler facilement jusqu’au happy end d’un bon scénario de série « B », mais voilà !

Voilà qu’un virus sans intelligence, dont la multiplication est son seul principe de vie, sème une tempête sur l’ensemble du globe. Oui, nous cédons à la panique ! Oui, nous avons peur ! L’odeur de la mort s’est réveillée dans nos esprits anesthésiés par l’idéal du succès et de la réussite. Oui, avant peut-être que la solidarité se réinstalle, l’individualisme déploie encore ses ailes tranchantes !
Observons… ! Observons, comment est dérisoire et fragile notre économie, dérisoire l’armement, la nucléarisation du monde, dérisoire les placards remplis de vêtements, dérisoires les voitures puissantes et chères, dérisoire les comptes en banques, dérisoire la puissance, dérisoire le pouvoir… Le covid-19 est une structure vivante, issu de notre planète, engendré par elle. Il ne connait aucune limite imposée par les frontières humaines, ne connait aucune restriction de classe sociale, ne connait aucun principe de puissance et de pouvoir. Il est parfaitement « libre » au sens humain du terme d’infecter tout le monde au hasard des contacts. 

Nous avons au cours des décennies précédentes dans notre société d’abondance, laissé notre sort dépendre d’une virtualité moins politique qu’économique, moins sociale que politique, moins environnementale que géopolitique, moins humaine que géostratégique. 

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Ce corona virus nous rappelle que nous sommes comme lui : des prédateurs ! A la différence près, que cette fois-ci, comme à plusieurs reprises par le passé d’ailleurs, nous sommes devenus des proies. Le statut est certes moins enviable. La chute du sommet auto-proclamé de la pyramide des espèces nous renvoie brutalement à notre extrême fragilité ! 
L’infiniment petit nous fait mettre genou à terre et l’humain, dans sa propension à courir après le Graal d’un progrès aussi éphémère qu’exaltant, ne prend jamais conscience de la brièveté de sa mémoire, courte par essence, confrontée au temps long d’une histoire qui le dépasse. 
C’est peut-être ce qui nous affole et nous rend irrationnel dans nos décisions. Notre impuissance face à cette pandémie nous ramène à plus de réalisme à défaut d’être plus modeste vis-à-vis de notre planète mère que nous ne respectons plus. 

Depuis des siècles, ce que nous appelons notre « intelligence » nous fait croire que nous sommes supérieurs à tout le règne animal. Odieuse baliverne ! Par l’entremise de son perpétuel gargarisme égotique et quotidien, l’Homme a transformé ses croyances personnelles en vérités acquises et presqu’universelles. Cependant, comme toute croyance, limitante particulièrement, ne porte pas en elle l’essence de la liberté ni celle de l’adaptabilité, c’est en mettant en perspective l’évidence d’une vérité immuable, qu’on peut considérer la croyance comme étant statique et passéiste.  
Mais finalement, n’est-ce pas là notre chance à tous ? 
Prendre conscience individuellement et collectivement à cause du covid-19, qu’un autre futur est possible est bien la première des conséquences qui peut nous ramener au réel, à la solidarité, au positionnement égalitaire entre les espèces. Si la prise de conscience pouvait être employée à d’autres objectifs qu’à la poursuite de l’emprise écœurante que nous exerçons sur notre planète et son asservissement à notre voracité économique, je crois que cette posture honorerait l’humanité.
Le covid-19 est sans état, sans nation, sans patrie, sans langue, sans race, sans espèce, sans richesse, sans maladie. Il est ! Il est nature et ne discrimine personne. 

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Face à cette menace invisible, notre impuissance peut devenir une force sociale ou philosophique. Peut-être pour d’abord rompre avec la cruauté de la domination de son prochain et prendre la mesure du Sacré qui vit en chacun de nous. Ensuite pour mettre en place des changements gradués et profonds liés à « l’éducation à la prise de conscience » et répondre à l’interrogation : qui sommes-nous au sein de l’univers ? 
Utopie ? Peut-être ! En tout cas, moi, le pessimiste par nature, j’observe les prises de conscience individuelles qui mènent vers la modification de l’inconscient collectif. 
J’y crois et non pas « je veux y croire » ! Car ce qui a changé, c’est que la force des réseaux sociaux et la digitalisation massive de la planète, peut servir cette cause, tout comme les essais individuels et isolés font la graine qui se répand.

Tout cela est effrayant et merveilleux à la fois. Nous ne faisons qu’un sur cette planète qui nous héberge tous pour un temps, humains, animaux, végétaux, microbes et virus... 
Cette Terre est notre bien commun, que notre système dérisoire, fait de profit, de cupidité et d’individualisme, saccage. 
Ouvrons un moment nouveau, une gerbe d’idées nouvelles, des pistes, des propositions.

Patrick LOUART



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