jeudi 4 juin - par Sigurdhur

La monarchie : une forme de hiérarchie naturelle

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La monarchie est souvent présentée comme une survivance du passé. Pourtant, lorsqu'on observe la nature, l'histoire et le fonctionnement réel des sociétés humaines, elle apparaît au contraire comme l'une des formes les plus naturelles et les plus durables d'organisation politique.

Dans le règne animal, de nombreuses espèces vivent selon des structures hiérarchisées. Les colonies d'abeilles, de fourmis ou de termites possèdent une reine qui assure la continuité du groupe. Bien entendu, les sociétés humaines sont infiniment plus complexes que celles des insectes, mais cette réalité rappelle que la hiérarchie n'est pas une invention artificielle : elle est présente partout dans le vivant. La nature ne produit pas spontanément l'égalité absolue ; elle produit des fonctions différenciées, des responsabilités distinctes et des formes d'autorité.

Cette tendance se retrouve dans l'histoire humaine. Depuis les premières civilisations jusqu'à nos jours, la plupart des peuples ont développé des hiérarchies sociales et politiques. Certaines subsistent encore sous diverses formes. Le système traditionnel hindou, malgré ses transformations modernes, témoigne de la remarquable permanence des organisations hiérarchisées. Pendant des siècles, des milliards d'êtres humains ont vécu dans des sociétés structurées par des rangs, des devoirs et des responsabilités différentes. Qu'on approuve ou non ces systèmes, ils démontrent que la hiérarchie répond à un besoin profond d'organisation des communautés humaines.

La pensée conservatrice tire de ce constat une conclusion simple : les hiérarchies sont inévitables et souvent nécessaires à l'ordre social. Toute société a besoin de chefs, de cadres, d'administrateurs, de magistrats et d'autorités capables de prendre des décisions. Lorsqu'une hiérarchie est détruite, une autre apparaît presque immédiatement. La véritable question n'est donc pas de savoir s'il faut une hiérarchie, mais laquelle.

Les démocraties modernes prétendent parfois avoir remplacé les anciennes élites par le gouvernement du peuple. En réalité, elles ont surtout substitué une caste à une autre. La noblesse héréditaire a laissé place à une classe politique professionnelle composée d'élus, de permanents de partis, de communicants et de hauts fonctionnaires. Le citoyen ordinaire ne gouverne pas davantage qu'autrefois ; il choisit périodiquement ceux qui gouverneront à sa place. Derrière le discours égalitaire, une nouvelle aristocratie s'est formée.

Cette évolution confirme en partie les analyses de François Guizot. Celui-ci considérait qu'une société ne pouvait prospérer qu'en confiant les responsabilités aux plus capables. Il redoutait qu'un système fondé uniquement sur le nombre favorise les démagogues au détriment des hommes compétents. Le développement des médias puis des réseaux sociaux semble lui donner raison. La visibilité, l'émotion et le talent oratoire occupent souvent davantage de place que la connaissance des dossiers ou l'expérience du gouvernement. Des personnalités séduisantes mais peu préparées peuvent ainsi accéder à des fonctions majeures simplement parce qu'elles savent capter l'attention du public.

Face à ces dérives, la monarchie offre une autre logique. Le roi n'est pas élu pour flatter l'opinion du moment. Il n'a pas besoin de promettre l'impossible pour obtenir des voix ni de préparer sa réélection permanente. Son intérêt est lié à la stabilité et à la prospérité du pays qu'il transmettra à ses descendants. Il incarne la continuité de la nation au-dessus des querelles partisanes.

Pour le peuple, l'avantage est considérable. La monarchie fournit un arbitre indépendant des partis, un symbole commun capable de rassembler les citoyens malgré leurs divergences politiques. Elle sépare également l'incarnation de l'État des luttes électorales, évitant que chaque alternance ne transforme le chef de l'État en représentant d'un camp contre un autre.

Ainsi, si les hiérarchies sont une réalité constante de la nature et de l'histoire, il peut être soutenu que la monarchie constitue leur forme la plus stable, la plus lisible et la plus favorable au bien commun. Loin d'être contraire au peuple, elle peut être conçue comme une institution destinée à le protéger contre les ambitions partisanes, les modes idéologiques et les erreurs passagères de la politique électorale.



24 réactions


  • amiaplacidus amiaplacidus 4 juin 18:31

    Je ne pensais pas que des attardés de votre genre pouvaient exister.


    • Sigurdhur Sigurdhur 4 juin 19:05

      @amiaplacidus

      Pourquoi les gros mots tout de suite ? Parce ce que je préférerais un roi perpétuel plutôt que des guignols qu’on met en place tous les 5 ans pour nous niquer ?


    • Hervé Hum Hervé Hum 6 juin 15:51

      @Sigurdhur

      parce que vous êtes un guignol et amiaplacidus ne fait que vous le faire remarquer.

      VOus voulez une preuve simple ? Vous évoquez un auteur qui parle de méritocratie, et vous, vous êtes pour sa négation tout en affirmant le contraire.

      Car qui vous dit qu’un « roi perpétuel » ne serai pas lui même un guignol ?

      Le principe de la méritocratie, c’est de choisir quelqu’un qui fait preuve de sa compétence par les actes et non par le fait de sa naissance.

      Dans la société humaine comme dans la fourmilière ou la meute des loups, le lieu commun est que le système d’organisation vise à assurer la survie et le développement de la communauté et non de l’élite prédatrice qui vise uniquement à assurer sa propre survie.

      Autrement dit, vous confondez gouvernement et gouvernance, dans la fourmilière, ce n’est pas la reine qui commande aux fourmis, ce sont les conditions environnementales et les nécessités à la survie et développement de la fourmilière qui commandent l’organisation et la hiérarchie.

      Toute communauté humaine qui dépasse le cadre local à besoin de hiérarchie, mais le principe de la méritocratie repose ni sur la naissance, ni sur la capacité à manipuler son prochain ou/et à exploiter le mérite d’autrui à son profit personnel, comme le système capitaliste actuel et dont la monarchie en est une forme particulière, mais repose sur le même principe fondamental que le système bourgeois. C’est à dire, la prédation humaine sur le temps de vie de autres, dont la majorité aspirant à vivre du fruit de son propre travail et apport (donc, mérite personnel) sont de nature végétarienne à l’échelle humaine.


  • alinea alinea 4 juin 23:01

    Le grand blême, la grande « Faute » c’est une aristocratie qui a prétendu se reproduire, par filiation ; or elle aurait dû, comme dans le règne animal et très certainement au début des organisations sociales humaines, se reproduire par charisme. C’est la faute originelle de nos sociétés. Je crois que nous arrivons au bout de cet absurde ( cet absurde qui nous fait ne pas comprendre la société chinoise, par exemple, ou même russe, qui fonctionnent encore sur ces données saines ) et que nous trouverons notre bonheur loin des envies, des jalousies du voisin !


    • La Bête du Gévaudan 5 juin 23:52

      je conseille chaudement la lecture de Joseph de Maistre... c’est un très bon moyen de réfléchir aux questions que vous soulevez...

      il y a une très bonne édition critique moderne de ses oeuvres choisies chez Robert Laffont... à picorer...

      il y aborde les points que vous soulevez, et beaucoup d’autres... Et Maistre a une plume littéraire magnifique à suivre... il s’adresse à un public non-spécialiste.

      bref, c’est une belle lecture d’été... et ça permet de réfléchir à tête reposée sur ces questions de monarchie... ne serait-ce que pour se forger sa propre opinion (qui peut-être, comme c’est mon cas, nuancée sur le sujet).

      Maistre est d’autant plus original qu’il n’est pas Français mais Savoisien... il était sujet du roi de Savoie-Piémont-Sardaigne... mais c’est évidemment un francophone superbe, de grand style... et un véritable amoureux de la France.


    • Sigurdhur Sigurdhur 6 juin 03:15

      @La Bête du Gévaudan

      Merci pour cette référence.

      Je pense que je vais me pencher sur De Maistre.


    • Zolko Zolko 6 juin 22:27

      @alinea : halleluia, enfin quelqu’un qui le dit, merci ! Ca ne m’étonne pas que ce soit vous

      comme dans le règne animal

      exact : il n’y a pas d’hérédité dans le monde animal. Le louveteau d’un loup chef de meute ne devient pas automatiquement chef de meute. L’héritage a été « inventé » par des hommes riches pour garder leur richesse dans la famille. Alors l’idée qu’un fils de chef hérite de la chefitude et que ça soit avantageux pour les 99.99% du reste de la société est absurde.

      Un roi héréditaire va seulement faire ce qui est bon pour la famille royale : pourquoi ferait-il autre-chose ? Quelle motivation et/ou sanction pourrait l’inciter à se comporter autrement ?


    • alinea alinea 7 juin 10:45

      @Zolko

      vu ma note, on n’est pas nombreux à le savoir !! en fait il suffit de regarder, et voir !!


    • Sigurdhur Sigurdhur 7 juin 12:32

      @Zolko

      Ne vous méprenez pas, l’exemple tiré du monde animal est juste là pour expliquer que, naturellement, il existe des formes de hiérarchies.

      Je n’ai jamais affirmé qu’un loup ou qu’une fourmi était nationaliste ou LFIste !


    • La Bête du Gévaudan 7 juin 23:40

      @Sigurdhur

      à mon avis, Maistre est l’auteur par excellence pour se pencher sérieusement sur la question royale... trop souvent, le royalisme demeure un (sympathique) folklore... Maistre permet de réfléchir sérieusement aux enjeux théoriques et pratiques de la monarchie sous tous ses aspects. C’est une base intellectuelle à partir de laquelle se faire ensuite son propre avis (quel qu’il soit).

      et, comme dit plus haut, c’est un véritable régal littéraire... cela permet de rendre digestes et fluides ces questions... c’était d’ailleurs l’auteur de chevet de tous les royalistes du XIXème siècle. Et même au-delà des royalistes. Aujourd’hui, il connaît un regain d’intérêt.

      Maistre a cet avantage d’être un contemporain de la modernité... contrairement aux auteurs royalistes d’ancien-régime (tels que Bossuet), il est en prise directe avec la société révolutionnaire et démocratique... ce n’est pas un homme « en place » mais « en lutte ».

      Enfin, il promeut un royalisme traditionnel et non-collectiviste... au début du XXème siècles, certains mouvements royalistes se sont teintés de tendances fascisantes, socialistes et corporatistes de leur époque. Maistre appartient à une toute autre époque intellectuelle (libéralisme, lumières) et pose donc un royalisme certes conservateur mais plus en adéquation avec notre individualisme moderne. Il est par exemple tout à fait possible d’articuler le royalisme de Maistre avec les tendances libertariennes modernes. « Autorité et liberté »...


    • La Bête du Gévaudan 7 juin 23:47

      @Sigurdhur

      par ailleurs, si vous êtes sur youtube, vous pouvez regarder la chaîne « Ego Non »... c’est tenu par un philosophe belge francophone de très bon niveau, et excellent vulgarisateur...

      il passe en revue les grands auteurs de droite de diverses tendances : royalistes, nationalistes, identitaires, contre-révolutionnaires et libéraux-libertariens...

      cela permet d’agréger différentes tendances intellectuelles de droite, parfois fort différentes... ça permet de découvrir des auteurs auxquels on n’aurait pas pensé.

      Mais, évidemment, cela ne remplace pas la lecture. (la lecture me semble d’ailleurs un enjeu de la formation intellectuelle de notre temps).


    • Zolko Zolko 8 juin 15:40

      @alinea

      vu ma note...

      bah, prenez ça comme un badge d’honneur smiley


  • raymond 5 juin 08:55

    Vous savez bien que de nombreux états européens sont des monarchies et la différence n’est pas évidente.


  • Zolko Zolko 5 juin 23:10

    Le Royaume Uni a une roi, est-ce que leur système politico/socialo/economique est meilleur et/ou différent du Français ? Même question pour la Belgique ou l’Espagne, qui ont des rois. Ben non, tous ces pays fonctionnenet à peu près pareil.

    Il y a cependant un pays qui fonctionnen très différemment et bien mieux : la Suisse. Qui n’a pas de roi mais de RIC, le Referendum d’Initiative Citoyenne. Et c’est donc un des pays les plus proches de l’anarchie, l’absence de hierarchie. Certes, il y a des chefs et des ministres, mais ils tournent et ne forment pas une clique professionelle qui ne sait rien faire d’autre que des réunions.


    • Sigurdhur Sigurdhur 6 juin 03:11

      @Zolko

      Dans les pays que vous citez, le roi est un roi de pacotille.

      Une équivalence de la charte de 1830 impliquerait davantage le roi dans l’exécutif. Ce qui lui permettrait de choisir un cap pour le gouvernement.

      Je ne suis pas contre le principe suisse, le problème est que nos énarques ne l’utiliseraient pas à bon escient. A chaque vote négatif, l’opposition demanderait la démission du gouvernement, car il veulent simplement avoir le pouvoir. Ce qui serait moins évident avec un roi.


    • Zolko Zolko 6 juin 18:31

      @Sigurdhur : donc vous ne voulez pas seulement un roi, mais un roi avec un rôle bien précis, et différent des rôles des rois actuels.

      Vous allez rester bien seul avec vos idées

      Alors qu’on pourrait reprendre votre idée et la simplifier, pour arriver au même résultat : un président est élu à vie, sans élections supplémentaires régulières, mais il peut être révoqué à tout moment par un RIC. Ainsi, il – ou elle – ne serait plus lié(e) par les échéances électorales, et pourrait se concentrer sur les problématiques à long terme, mais le peuple aurait l’assurance de pouvoir se débarasser des mauvais monarques.

      CQFD


    • Sigurdhur Sigurdhur 6 juin 21:40

      @Zolko

      Parce que vous croyez réellement qu’un manant qu’on va élire démocratiquement relâchera le pouvoir par un RIC ? lol

      Il fera comme Poutine une fois au pouvoir : il abrogera la loi.

      Non, croyez-moi, il vaut mieux une famille qui soit éduquée à disposer du pouvoir plutôt qu’un homme du peuple à qui ça monte à la tête.


    • Zolko Zolko 6 juin 22:09

      @Sigurdhur

      Non, croyez-moi...

      je ne crois personne qui me dit « croyez-moi »


    • alinea alinea 7 juin 10:50

      @Sigurdhur

      Poutine n’est pas au pouvoir seul, loin delà, et il est exactement ce qu’il faut, ce qu’il a fallu pour redresser la Russie ; son équipe est épatante, compétente , la même depuis le début ! Ils ont le charisme, il n’y a aucune raison de changer pour changer !!


  • La Bête du Gévaudan 5 juin 23:37

    Vive Jean IV, ah ah !

    ... pour ma part, je pense que c’est le « royalisme minarchiste », libertarien, qui va connaître un succès intellectuel croissant.


  • La Bête du Gévaudan 5 juin 23:43

    autre point qui va peut-être conduire à une restauration royale : le changement démographique... dans les décennies à venir, la fragmentation ethno-culturelle va croître inexorablement...

    La France risque d’être éclatée en plusieurs nouveaux états.

    Mais la restauration royale permettrait peut-être d’avoir un système subsidiaire multi-culturel fortement décentralisé. Avec un communautarisme juridique, civil, territorial et culturel. Ca permettrait de tenir tout cela ensemble.

    Bref, l’histoire est loin d’être finie.

    Ce qui est certain, comme le disait déjà Joseph de Maistre, est que la restauration ne sera pas un abandon délibéré de la souveraineté par le peuple... Evidemment, personne n’est prêt à y renoncer ! ... Ce seront des circonstances exceptionnelles qui rendront cela accepté.

    D’ailleurs, nous avons eu deux fois une sorte de « monarchie providentielle » avec De Gaulle. D’abord sous la résistance puis en 1958 pour établir une nouvelle constitution. Ces deux moments permettent aux gens de comprendre que la restauration royale éventuelle sera le fruit d’une configuration historique spéciale.


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