La réforme de la formation professionnelle ne doit pas échouer
Contrairement à ce qu’annoncent les commentateurs le chaos social ne viendra pas des manifestations, des syndicats ou même des partis politiques car ceux-ci ne font qu’encadrer médiocrement des citoyens ou des travailleurs qui ont compris que nous sommes plus au XIX ème siècle, non le probable chaos social qui guette sera provoqué tout simplement par la situation économique et sociale dans les entreprises. Cette situation devient catastrophique dans beaucoup de sociétés privées qui auront bientôt épuisé tous les biais pour garder leurs salariés ou ne pas mettre la clef sous la porte.
Désormais les trésoreries sont à sec dans beaucoup d’entreprises et le roi est nu.
Les entreprises vont désormais devoir affronter plusieurs défis majeurs dans les prochains mois :
- La crise économique qui appelle plus de protection, d’aides, d’accompagnements, de formations alors que les budgets sont partout resserrés ou carrément annulés (la formation est encore considérée comme un coût et une variable d’ajustement)
- Les entreprises françaises abordent souvent cette crise dans un piteux état financier, elles étaient incapables de s’autofinancer, comptant sur le système bancaire pour les aider à survivre, mais les lignes de crédit bancaire étant souvent diminuées ou gelées elles se retrouvent complètement démunies
- Les besoins en reconversion professionnelle sont immenses (32 % des salariés se déclarent en demande de reconversion professionnelle selon une enquête pour l’AFPA de mai 2009). Ces salariés ignorent que notre modèle professionnel n’est pas conçu pour absorber des demandes aussi massives en formation et en reconversion (les CIF par exemple sont au nombre de 35 000 annuellement, soit 1 pour 500 salariés du privé alors qu’il faudrait multiplier au moins par 10 ces dispositifs (en temps normal !)
- Les salariés ont été abusés par le terme de sécurisation professionnelle ou de Droit à la formation, ils vont découvrir en 2010, quand le dispositif du DIF arrivera à sa date butoir, que leur entreprise n’a plus les moyens de les envoyer en formation. Le Droit à la formation n’est pas (encore) cette assurance employabilité à laquelle les salariés aspirent légitimement. Les entreprises ne pourront financer et les budgets mutualisés ne pourront pas non plus absorber la vague prévisible de demandes.
- Les entreprises qui n’avaient pas de politique emploi des seniors ou emploi des handicapés vont se voir brusquement appliquer de lourdes pénalités qui les mettront un peu plus en difficulté (1 % de la masse salariale de pénalités pour les entreprises sans plan de développement de l’emploi senior, une contribution handicapé multipliée par 4 à partir de janvier 2010)
- A partir de septembre 2009 les plans de licenciements massifs, de restructuration ou même de fermeture définitive de site vont se succéder très rapidement. Il ne sera plus possible de différer encore les décisions douloureuses qui feront réellement prendre conscience de la gravité de la situation actuelle (avec une sortie massive de la société industrielle construite depuis deux siècles dans le monde développé).

