lundi 24 février 2025 - par olivier cabanel

Le diable de Bétharram

Décidément, rien ne va plus au Royaume de France, ou un Béarnais, pris dans sa sauce, et dans ses propres contradictions, ne sait plus comment se sortir du bourbier dans lequel il s’est enfoncé tout seul… un internaute a résumé en 3 mots : le bêta rame...

En effet, le 1er ministre ne sait plus à quel saint se vouer pour se dépêtrer de la situation que le scandale de Bétharram a mis au devant de la scène.

Darmanin a tenté de le soutenir, mais tellement maladroitement, que l’effet a été largement improductif en déclarant : « le 1er ministre n’a pas menti, il a dit ce qu’il savait ... »... alors qu’au même moment, Bayrou lâche : « le gouvernement Jospin était au courant des violences... », mais s’il affirme çà, c’est donc qu’il le savait lui aussi !

Libération relève que l’intéressé se félicite d’avoir diligenté une inspection générale dès qu’il a appris, en 1996, le dépôt d’une plainte. lien

Alors comment peut-il prétendre encore aujourd’hui : « je ne savais rien » ?!!!

Ce qui a fait dire au député Paul Vannier : « chacune de ses nouvelles déclarations dévoile le mensonge des précédentes »…

En effet après avoir affirmé que personne ne savait, il dit aujourd’hui quasi le contraire, sur l’air de « d’autres savaient », en tentant maladroitement de se disculper, en pointant du doigt, Lionel Jospin, Élisabeth Guigou, et même Ségolène Royal, laquelle outrée rappelle avoir donné des instructions des août 1997 pour lever la loi du silence, et protéger les enfants...elle envisage même une action pour dénonciation calomnieuse. lien

ils sont 132 maintenant à avoir porté plainte.

Mais Bayrou est tranquille, il sait qu’il sera un jour Président de la République, ainsi qu’il l’avait déclaré à Pasqua : « Bayrou est le seul homme politique à m’avoir assuré que la Sainte Vierge lui était apparue, et prédit qu’il serait président de la République ». lien

Étonnant aussi les bavures des ministres comme celui d’Elisabeth Borne qui, interviewé sur BFMtv, se plante en beauté, donnant comme numéro d’alerte en cas de violences sur enfants le 3919... oups : le bon numéro est le 119...le 3919 est destiné aux violences faites aux femmes.

Cerise sur le gâteau, l’affaire Bétharram est en train de faire des petits... elle se situe à Bergerac…

un livre est sorti en 1999, (tiré à 180 000 exemplaires) « l’omerta française », (éditeur Albin Michel) rédigé par la journaliste Sophie Coignard et Alexandre Wickham, et dans ce livre, l’affaire de Bergerac est citée, avec d’autres affaires étouffées, pour certaines…

cette affaire a provoqué la condamnation d’un enseignant à d’abord 6 mois, puis à 12 mois de prison par la cour d’assise de Périgueux en 1995.

La victime, Frédéric Vidal, âgé de 15 ans, a été interviewé par « l’Express » en 1994 et il a déclaré dans les colonnes de l’hebdo : « j’ai été violé pendant des années par le professeur de math (André Garic) lequel a été condamné à 6 ans de prison pour attentat à la pudeur, mais il ne s’agissait pas de simples attentats à la pudeur ».

Ajoutons que le violeur avait aussi sévi sur la sœur de celui ci, et qu’il était l’ami du père des 2 victimes, et principal de collège.

Celui-ci a tenté de dénoncer les faits en 1992 et a fait face à une loi du silence généralisée avant d’être muté... lien

Un rapport a suivi, et une note a été remise au ministre en 1994 qui déplorait que : «  en cas d’abus sexuel commis par un enseignant, l’incrédulité initiale de ses collègues, du chef d’établissement et de l’ensemble de la hiérarchie, puis les lenteurs dans la saisine de la justice ou les hésitations à entamer une procédure disciplinaire laissent dans l’opinion la déplorable impression d’un milieu éducatif plus solidaire du coupable ou plus soucieux de l’image d’un établissement que du traumatisme des victimes  ».

Suite à çà, un conseiller de Bayrou lui glisse : « attention avec ces histoires de pédophilie, il faut faire quelque chose », conseil auquel le ministre aurait répondu : « je ne vois vraiment pas l’intérêt de salir l’Éducation nationale. Et puis tu imagines la réaction des syndicats ?! Non, je t’assure, il y a des moments ou il faut savoir se taire  ». lien

(propos non démentis à la sortie du livre…)

Pour la question de « se taire », Bayrou a démontré qu’il avait quelques capacités…

Finalement, si l’on considère qu’une autre affaire de pédophilie, celle de Joël Le Scouarnec, refait surface aujourd’hui mettant en cause un chirurgien, coupables de 299 viols et agressions sexuelles, commis pendant des décennies, essentiellement sur des enfants aura mis plus de 30 ans pour aboutir, l’affaire de Bétharram lui fait étrangement écho.

Rappelons qu’il n’a été interpellé qu’en 2017, soit bien longtemps après les faits : il s’était installé en Touraine en 1983, mais c’est dans le Morbihan que vivent encore une majorité de ses victimes, et c’est en 2006 qu’un psychiatre l’avait signalé à l’ordre des médecins du Finistère.

Mais ce n’est qu’en 2017 que sa voisine porte plainte : il s’en était pris à la petite fille de 6 ans de celle-ci. lien

Pire, l’homme se dit fier d’être pédophile : « je suis à la fois exhibitionniste,(...) voyeur, sadique, masochiste, scatologique, fétichiste,(...) pédophile et j’en suis très heureux  ». Lien

Sauf que, comme à Bétharram, de nombreux cas vont échapper à la justice, car ils sont prescrits.

À ce stade de l’affaire, seul un homme vient enfin d’être mis en examen pour viol et agression sexuelle... après un an d’investigations sur un dossier tentaculaire, dans lequel 11 personnes ont été mis en cause... sont seules 3 sont encore en vie. Lien

On peut écouter ici le témoignage d’un élève qui raconte son calvaire.

Quant à Bayrou, il déambule tranquillement dans les allées du salon de l’agriculture... il va serrer des mains... boire quelques verres... goûter quelques produits régionaux... avant de s’en retourner, la conscience tranquille, dans son bureau ministériel... alors que l’Assemblée Nationale vient de lancer une commission d’enquête : « modalités du contrôle de l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires  ». lien

« nous devrons entendre François Bayrou  » affirme Paul Vannier, l’un des membres de la commission, sur les violences commises à Bétharram dans les années 2000-2010 : « comment tant de crimes, pendant tant d’années, ont pu être commis à Bétharram sans qu’aucun service de l’État ne les détecte et n’intervienne ?  » a-t-il déclaré. lien

Espérons que d’ici là, le 1er ministre aura retrouvé la mémoire, car comme dit mon vieil ami africain : « l’eau chaude n’oublie pas qu’elle a été froide ».

le dessin illustrant l’article est de Pierre Ballouhey

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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109 réactions


  • rogal 26 février 2025 07:44

    Pau.. Ustaritz... Bergerac... Dax...

    La suite au prochain numéro ?


    • olivier cabanel olivier cabanel 26 février 2025 10:23

      @rogal
      retenez ces noms : notre-dame-de-Garaison, Saint-Pé-de-Bigorre...c’est pour bientôt !


    • ETTORE ETTORE 26 février 2025 10:47

      @olivier cabanel
      Jamais heureux ce pays....
      Quand je vois la racornie mamie Borne, être en charge de « l’éducation sexuelle  », de nos enfants.....Madre !
      Je me demande, si au même titre que les viols dans ces institutions, privées ou religieuses, le mal, en finalité, ne serait pas à l’identique.
      Entre les détraqués, qui avaient libre cours de leur « en-saigne-ment », et ces
      « hussards » qui vont profiter de quelques tutos sur gogol, si ce n’est d’un ballet de LGBT+ou moins drag queen, pour les seconder dans leur hystérie du genre....
      Qu’avons nous fait de nos enfants ?
      Et.....Surtout, qu’allons nous continuer à en faire faire.


    • sylvie 27 février 2025 10:04

      @olivier cabanel
      c’est en train de sortir sur FI...  smiley


  • Octave Lebel Octave Lebel 26 février 2025 12:13

    Pour mémoire Ségolène Royale qui n’a pas que des qualités à su être à la hauteur sur ce type de sujet. En arrière-fond reste le problème de la volonté politique des dirigeants élus et/ou nommés, du courage et du sens moral (et de l’habileté) du fonctionnaire) et de celle des hiérarchies. Pour le fonctionnaire l’habileté consiste à informer en même temps ses collègues, sa hiérarchie de proximité et celle de tutelle. Il agit dans le sens du droit et personne ne se sent contourné et chacun est invité à exercer sa responsabilité professionnelle et morale.

    https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/190225/segolene-royal-historiquement-raison-contre-francois-bayrou

    « Une circulaire ministérielle prise à l’initiative et sous l’autorité de Ségolène Royal datée du 26 août 1997 concernant l’ « instruction des violences sexuelles » est bien parue au Bulletin Officiel le 4 septembre 1997.

    Son préambule met l’accent sur la prise en compte de la parole de l’enfant : « la parole de l’enfant qui a trop longtemps été étouffée doit être entendue et écoutée ; et sa souffrance prise en compte, car c’est à partir de la sanction du crime ou du délit que peut s’opérer pour la victime un lent travail de reconstruction ».

    Le chapitre sur le signalement lorsqu’il y a « connaissance directe des faits » est particulièrement incisif. Il est rappelé que tout manquement à cette obligation légale expose le fonctionnaire « à être poursuivi en justice pour non empêchement de crime, non-dénonciation de mauvais traitements, omission de porter secours ou non-assistance à personne en péril, selon les cas » et « à faire l’objet de poursuites disciplinaires ».

    Et le texte ajoute, pour que nul n’ignore le changement d’attitude prescrit : « concrètement, chacun doit comprendre que les mutations destinées à étouffer les affaires ou à faire taire les familles constituent des délits sévèrement réprimés par la loi ».

    En juillet 1998, un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale souligne que les « mutations volontaires ou fortement conseillées » qui avaient pu dans le passé régler des rumeurs ou accusations plus ou moins formelles de pédophilie à l’Ecole n’ont plus droit de cité et que les différents échelons de la hiérarchie de l’Education nationale ont désormais rompu avec la « culture de l’étouffement ».

    La ‘’circulaire Royal’’, en son chapitre IV, recommande « une nécessaire » concertation entre l’Education nationale et la Justice en soulignant que « l’interlocuteur naturel » des autorités académiques est le Procureur de la République dont « la qualité des informations permettra d’adopter les mesures conservatoires les plus appropriées ». Il appert que le dossier de l’administration sera désormais essentiellement constitué des informations qui lui seront données par le Procureur de la République.

    La ‘’circulaire Royal’’ est intervenue dans contexte historique où la question de la pédophilie avait pris de l’ampleur. D’abord en raison de l’affaire Dutroux, en Belgique, qui a agi comme un révélateur et un détonateur : des adolescentes ont été séquestrées, violées et assassinées ; et des dysfonctionnements policiers ou judiciaires soulèvent le soupçon de négligences voire de tentatives d’étouffement.

    De l’été 1996 à l’été 1997, l’émotion et l’inquiétude se déplacent de Belgique en France. Plusieurs faits divers y contribuent : l’incarcération d’un ancien instituteur de la Nièvre, Jacky Kaisermertz ; le procès des 72 prévenus du réseau Toro Bravo devant le tribunal correctionnel de Paris ; l’opération « Ado 71 », qui débouche sur la mise en examen de 323 personnes et le suicide de cinq ‘’suspects’’.


  • xana 27 février 2025 18:39

    Merci Olivier Cabanel pour votre article et plus encore pour la discussion qui s’en est ensuivie.

    Le seul apport inutile est celui de « Pemile » mais chacun ici sait pourquoi.


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