Le jeu de Pékin
Vivement 2008
Qu’on en finisse enfin avec ces sempiternelles images d’athlètes chinois remportant des médailles olympiques
émouvantes aux larmes avec en surimpression le logo des jeux de 2008 ! D’aussi longtemps que je m’en souvienne, ces images d’un chauvinisme presque naïf, comme la peinture, inondent les ondes. Pékin 2008 ! Pékin 2008 ! Nous sommes les meilleurs. C’est peut-être vrai, mais de toute façon, ce n’est pas là que se situe le message. Ces athlètes dont on nous tarabuste sans cesse les mêmes exploits sont les héros de la propagande pour une Chine forte, nationaliste et surtout unie derrière Pékin.
Je me souviens de ce soir de juillet 2001 où toute la Chine s’est levée les bras en l’air et la larme à l’œil. Enfin une reconnaissance internationale et médiatique, qui devrait mettre un terme à plus d’un siècle de sentiment d’humiliation vis-à-vis des puissances de l’Ouest et du Japon. J’aurais aimé qu’on en reste sur un sentiment d’appartenance et de reconnaissance internationale. Utopiste, va !
Si le sentiment d’inégalité face aux occidentaux est mis en sourdine, la haine contre le Japonais est de bon ton. Il serait antipatriotique de vouloir relativiser les faits et de prendre un peu de distance. La télévision diffuse aussi, sans s’essouffler, films et téléfilms montrant la cruauté des uns et la bravoure, l’intelligence des autres. A la décharge de mes concitoyens, que j’aime, et donc me permets certaines critiques, la position du Japon moderne est réellement négationniste. On ne veut déranger les ancêtres. Juste quelques lignes dans les manuels d’histoire scolaire, chiffres estompés, le Premier ministre peut se rendre en paix chaque année dans un mausolée d’anciens criminels de guerre, les femmes chinoises et coréennes pour le « confort » des soldats n’ont jamais existé.
Il est intéressant de faire le parallèle entre la situation des deux grands perdants de 1945 et la façon dont ils ont géré et gèrent l’après-guerre. La plupart des Chinois, je ne parle pas des intellectuels, n’en sont pas encore au point de pouvoir comparer, relativiser. Leur passé, c’est de l’émotion pure. En parler, en d’autres termes que nationalistes, c’est les blesser. Ceci dit, le Japon a un nouveau Premier ministre qui n’ira certainement pas se recueillir au mausolée du temple de Yasukuni et qui surtout a fait le voyage de Pékin dans la première semaine suivant son élection. Espoir. La Chine est le principale partenaire économique du Japon, et vice versa...
Mais revenons aux jeux, belle victoire, éliminer d’un coup la France, le Japon, le Canada et la Turquie ! Le logo des jeux a tout recouvert, des maisons aux souliers, des cahiers d’écoles aux musées nationaux. A Pékin, devant le Musée de la Révolution, il y a un petit monument décomptant le nombre de jours avant la cérémonie d’ouverture. Ce monument a été inauguré 1417 jours avant les débuts des jeux !
Ce logo, c’est la fierté d’être chinois, un drapeau politiquement et sportivement, bien sûr, correct. Une icône. Maintenant ce sont les mascottes et ces petits animaux, par leur candeur, passent un peu mieux. Le lendemain de leur présentation elles étaient déjà dans les classes de jardins d’enfants !
A la télévision, le « on a gagné, on a gagné » dure depuis cinq ans et (mais comment font-ils ?) a toujours du souffle, nous ne sommes pas très loin des images de propagande de la Chine maoïste. L’effet de la couleur, la musique, le côté clip vidéo en plus.
En faisant quelques recherches, je suis étonné du nombre de sites prônant le boycott des jeux. Je ne suis pas de cet avis, et j’aimerais bien aussi que les Chinois ne voient pas de critiques politiques dans ce que je dis. Je suis content que la Chine ait gagné les jeux, et je suis content d’y vivre. Je ne regarde pas trop la télé, c’est tout. Je ne critique pas non plus le but recherché par cette propagande, c’est-à-dire une Chine forte et surtout unie, derrière un président en jogging. Les grandes puissances occidentales n’usent-elles pas des mêmes ficelles ? Pour qui se dopent les athlètes américains ? Les questions que je me pose sont de cet ordre : comment les Chinois apprécient-ils de revoir sans cesse les mêmes images ? Et à quel point sont-ils conscients du discours sous-jacent ? Autant demander à un catholique fervent s’il n’est pas fatigué de voir l’image du Christ dans les églises.
Après 2008, la lune !


Et puis l’auteur admettra que les haies du 110 metres sont effacees avec une relle beaute !