mercredi 7 octobre - par Christophe R

Le silence est devenu suspect

Nous parlons beaucoup, répondons vite, commentons presque tout. Comme si se taire était devenu suspect. Et si le silence était justement l’une des choses dont nous manquons le plus ?

Il devient difficile de se taire.

Pas longtemps. Pas vraiment. Comme si le silence disait quelque chose de nous qu'on préférerait éviter.

 

Alors on remplit.

 

Une anecdote. Une opinion. Une réaction rapide. Un conseil qu'on n'a pas demandé. Les mots arrivent avant même que le regard ait eu le temps de se poser.

 

On connaît tous ça.

Soyons honnêtes, on l'a tous fait aussi.

 

Les politiques nous en donnent une version amplifiée.

 

Il faut répondre avant d'avoir réfléchi. Commenter avant même que les faits soient clairs. Réagir à tout, immédiatement. Le silence est devenu dangereux : il pourrait passer pour un doute, une faiblesse, une absence de maîtrise.

 

Alors la parole tourne.

 

Elle occupe l'espace.

Elle rassure sur le moment.

Mais elle finit aussi par fatiguer.

 

Parce qu'à force de parler partout, tout le temps, les mots perdent un peu de leur poids.

 

Cette agitation ne s'arrête pas aux plateaux télé.

Elle est entrée dans nos vies ordinaires.

 

Dans ces conversations où chacun attend surtout son tour. Dans ces réunions où il faut dire quelque chose pour prouver qu'on existe. Dans ces messages envoyés sans nécessité réelle — juste pour ne pas disparaître du fil.

 

Même le silence doit maintenant se justifier.

Comme s'il fallait produire du bruit pour prouver sa présence au monde.

 

Pourtant, les moments les plus précieux ne sont pas toujours ceux où quelqu'un parle.

 

Parfois, c'est quelqu'un qui écoute vraiment.

Quelqu'un qui laisse une place.

Quelqu'un qui ne cherche pas immédiatement à répondre.

 

Un silence calme peut contenir davantage d'attention qu'un flot de paroles.

Mais cela demande une chose devenue rare : accepter de ne pas remplir le vide tout de suite.

 

On sous-estime la fatigue du bruit.

Pas seulement le bruit des moteurs ou des écrans.

 

Le bruit des avis permanents.

Des réactions instantanées.

Des paroles qui passent sans jamais se poser.

 

À la fin, on ne cherche même plus quelqu'un qui parle bien.

On cherche quelqu'un auprès de qui l'on puisse enfin respirer.

 

Alors je me pose cette question, et je vous la laisse :

Et si le vrai luxe, aujourd'hui, c'était d'être capable de se taire au bon moment ?



9 réactions


  • jakem jakem 7 octobre 09:40

    Même quand ils se promènent en pleine nature des gens tiennent leur trukàpuces dans leurs pattes.

    Même quand ils font du jogging les garçons et les filles de course transportent leur trukàpuces dans une poche arrière de leur short.


  • Eric F Eric F 7 octobre 09:41

    C’est tout à fait exact, le fait de vous répondre en est la preuve smiley


  • ZenZoe ZenZoe 7 octobre 16:05

    Vous avez tout à fait raison quand vous dites que le silence est dangereux.

    Il y a bien un proverbe qui dit qu’il vaut mieux se taire et passer pour un idiot que parler et le prouver, mais ce proverbe n’est vrai que pour la première partie !

    Se taire prouve que vous êtes anormal, asocial, que vous ne comprenez rien aux codes, sans doute à cause d’un gène de crétinisme...

    Quand j’étais étudiante, un professeur avait émis le souhait de nous diviser en deux groupes pour soi-disant mieux travailler : le groupe avec des étudiants qui s’exprimaient sur tout et tout le temps, et l’autre avec ceux qui se taisaient et écoutaient.... Et il avait dit, je vous le donne en mille : « on met d’un côté les gens qui savent articuler leurs pensées, et les gens qui ont plus de difficultés à le faire ». L’imbécile, le sot !!!

    Il y a eu un tollé bien sûr, et il a battu en retraite, mais le mal était fait.

    Depuis, je bavarde, je bavarde, je saoûle tout le monde sans doute, mais Oh mon Dieu, pourvu que tout le monde pense que je suis tellement brillante !!!

     smiley


    • ZenZoe ZenZoe 7 octobre 16:08

      « on met d’un côté les gens qui savent articuler leurs pensées, et de l’autre les gens qui ont plus de difficultés à le faire »

      J’avais oublié d’écrire les mots en gras, mais vous aviez compris j’imagine... et bla bla bla....


    • Christophe R Christophe R 7 octobre 18:22

      @ZenZoe

      Merci pour ce témoignage. La remarque de votre professeur rejoint assez bien ce que j’essayais de dire : nous confondons parfois le silence avec l’absence de pensée, alors qu’il peut simplement être le temps nécessaire pour écouter, observer ou réfléchir.

      Et votre « bla bla bla » final m’a fait sourire. Comme quoi, même sous un article consacré au silence, les mots savent toujours se faire une petite place. 🙂


  • Zolko Zolko 7 octobre 20:44

    Un truc que j’adore est le silence pendant un road-trip à deux : passer des heures à regarder les paysage, écouter la musique, chacun perdu dans ses pensées, sans rien dire, et sans que ça soit lourd.

    Les gens avec qui on peut faire ça, sans être gêné, sont rares et sont ceux avec qui on peut vraiment bien discuter, curieusement. Tandis que ceux qui se croient obligés de remplir les silences sont assez vite sans intérêt. 


    • Christophe R Christophe R 8 octobre 00:36

      @Zolko

      Merci pour ce beau témoignage. Vous évoquez quelque chose d’essentiel : pouvoir partager un silence sans ressentir le besoin de le combler.

      J’aime beaucoup votre image de ces heures de route où chacun regarde le paysage, perdu dans ses pensées, tout en étant simplement heureux d’être ensemble.

      Finalement, être bien avec quelqu’un, c’est peut-être aussi ne pas avoir besoin de se parler tout le temps.


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