jeudi 3 septembre - par Sylvain Rakotoarison

Patrick Bruel jette l’éponge

« Les conditions ne sont tout simplement plus réunies pour que les concerts restent ce qu'ils auraient dû être : des moments de musique et de partage. Je refuse que le public et les équipes soient pris à partie, (…) alors je fais le choix de l'apaisement. » (Patrick Bruel, le 1er septembre 2026 sur Instagram).

Lorsqu'il venait d'être placé en garde-à-vue, le 10 juin 2026, avant sa mise en examen, à la suite de nombreuses accusations d'agression sexuelle voire de viol (une trentaine de plaintes ont déjà été déposées), on se posait la question si Patrick Bruel allait être incarcéré ou pas. Finalement, il n'a été placé que sous contrôle judiciaire, avec la possibilité de faire de concerts. Du coup, la question des concerts est revenue ces dernières semaines.

Certains ont d'abord regretté que le contrôle judiciaire se soit beaucoup assoupli au fil des jours. En effet, Patrick Bruel a pu quitter le territoire national pour se rendre à l'étranger. Si le risque de fuite était très faible (le chanteur a toujours honoré ses convocations judiciaires), il en est ressorti cependant un sentiment de privilège et d'indulgence judiciaires parce que Bruel était Bruel. Il est en effet très rare qu'une personne mise en examen et placée sous contrôle judiciaire puisque partir à l'étranger, même quand la raison pourrait être justifiée.

Cela a renforcé la détermination que certains maires, principalement de gauche (au sein du PS pour la plupart), à vouloir s'opposer à la venue de Patrick Bruel dans leur ville. En effet, pour le trente-cinquième anniversaire de son album "Alors, regarde !", Patrick Bruel avait prévu de faire une tournée à partir du 2 octobre 2026 : il devait notamment chanter à Chartres, Laval, Bruxelles, Paris, Orléans, Reims, Amiens, Saint-Omer, Rouen, Caen, Lille, Chambéry, Dijon, Nancy, Amnéville, Montpellier, Marseille, Nice, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Tours, Brest, Angers, Poitiers, Limoges, Clermont-Ferrand, Genève, Lyon, Saint-Étienne, Strasbourg, etc.

Du reste, une interdiction municipale aurait pu être l'occasion d'une belle bataille administrative, car le tribunal administratif ne donnerait pas forcément raison au maire en cas d'interdiction. Il faut une raison impérieuse qui mette en cause l'ordre public pour pouvoir réduire un droit ausis fondamental que celui de la liberté d'expression.

L'enjeu était à la fois moral (Bruel a-t-il le droit et la décence de chanter encore alors qu'il est accusé de nombreuses agressions sexuelles et que ses victimes se font connaître publiquement de plus en plus nombreuses, c'est même très impressionnant), mais aussi politique (pour les maires de gauche en pleine préparation de l'élection présidentielle), et enfin, financier. Car Patrick Bruel, qui doit payer les salles de spectacle et ses équipes techniques, devra rembourser les billets déjà achetés, et ce n'est pas sûr que son assurance l'indemnisera dès lors qu'il a pris sa décision volontairement.

Car c'est là le problème, qui se pose aussi à Marine Le Pen pour la présidentielle et à quelques autres personnalités publiques, c'est comment se comporter lorsqu'on est accusé, voire mis en examen, mais pas encore définitivement condamné et jouissant donc de la présomption d'innocence (la multiplicité des plaintes renforce en l'occurrence une présomption de culpabilité).


C'est le juge qui décide, en fait, et dans le cas de Patrick Bruel, il avait accepté qu'il puisse faire sa tournée de concerts. Par conséquent, la question était plutôt : quelle est la décision raisonnable à prendre ? Patrick Bruel a finalement jeté l'éponge en annonçant dans un message sur Instagram, le 1er septembre 2026, qu'il renonçait à faire sa tournée. Il a expliqué que les conditions n'étaient plus réunies pour que ce soient des événements joyeux. On imagine que dans chaque ville, il aurait été reçu par un comité d'accueil pas forcément très favorable pour rappeler ses quatre mises en examen.

La décision a provoqué de nombreuses réactions parce que Patrick Bruel compte dans le paysage culturel français. Chanteur et acteur, il a été très longtemps adulé par les jeunes filles en herbe, et, chose étrange, beaucoup de ses (encore) fans ne comprennent pas sa décision de tout annuler. Décidément, il y aura toujours des victimes renouvelées pour Patrick Bruel.

Des associations féministes et les victimes se réjouissent de cette décision de décence et espèrent que cela va faire réfléchir certaines femmes qui croient encore en Bruel pour leur donner un peu de lucidité. Le diable se présente rarement sous une forme détestable, sinon ce serait trop facile. Les prédateurs sexuels, au contraire, ont généralement un fort impact de séduction. Dans leur tête, souvent, ils s'estiment irrésistibles, donc ils ne peuvent pas concevoir qu'il y ait un problème de consentement chez des jeunes femmes qui n'oseraient pas lui résister.

Comme lorsqu'un politique démissionne sous le coup d'une accusation judiciaire, cette annulation n'est pas un aveu ni une preuve de culpabilité, simplement, la mise en place de meilleures dispositions permettant de se défendre.

Car pour l'heure, Patrick Bruel n'a pas encore été jugé et reste donc présumé innocent. Lui-même revendique cette innocence, se sentant injustement accusé par toutes celles qu'ils croyaient être ses conquêtes. Le renoncement à ses concerts va apaiser la situation et l'instruction judiciaire se fera donc de manière plus paisible et dépassionnée. C'est ce qu'on peut espérer de mieux pour que la justice passe.


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Sylvain Rakotoarison (02 septembre 2026)

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