mercredi 17 juin - par SABRAN

Pourquoi j’ai quitté Yahoo : surveillance ordinaire, illusions françaises et renaissance numérique venue de Suisse

Je ne sais pas si j’ai le droit de “préconiser” une solution, même gratuite, sur Agoravox. Ce n’est pas mon intention. Ce que je veux partager ici, ce sont des dizaines d’heures d’investigation, de tests, d’essais, de comparaisons, de configurations, de migrations, de lectures techniques et juridiques. J’ai cherché une alternative fiable, souveraine, respectueuse de la vie privée, compatible avec un logiciel libre, et capable de remplacer une adresse Yahoo devenue inutilisable. Ce qui suit n’est pas une publicité : c’est le résultat d’un travail personnel, méthodique, parfois fastidieux, qui m’a conduit à une conclusion que je n’attendais pas moi‑même. Je la partage ici parce que je pense qu’elle peut être utile à d’autres.

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Pendant plus de quinze ans, j’ai utilisé la même adresse Yahoo. Une adresse historique, presque affective, que je traînais comme un vieux bagage numérique. Et puis, lentement, elle s’est transformée en ce que beaucoup connaissent : un dépotoir numérique. Une boîte saturée de publicités, de spams, de notifications commerciales, de messages indésirables. Une boîte qui ne m’appartenait plus vraiment.

Ce n’est pas un accident. C’est le résultat d’un modèle économique où l’utilisateur n’est pas un client, mais une ressource à exploiter. Une matière première. Une donnée.

Yahoo et Google : la surveillance comme modèle économique

Yahoo et Google ne sont pas des services mail. Ce sont des machines publicitaires. Leur objectif n’est pas de vous offrir un bon service, mais de vous profiler, de vous suivre, de vous analyser, et de vendre votre attention au plus offrant.

Chaque recherche, chaque clic, chaque site visité est enregistré. Chaque déplacement sur mobile est tracé. Chaque interaction est analysée. Et vos mails ne sont pas épargnés : ils sont passés au crible par des algorithmes qui détectent vos achats, vos voyages, vos abonnements, vos habitudes.

Google combine vos mails, vos recherches, vos déplacements, vos vidéos YouTube, vos sites visités, vos applications. Résultat : un profil comportemental plus précis que ce que votre entourage sait de vous. Yahoo fait la même chose, avec moins de moyens, mais la même logique.

C’est cela, le cœur du problème. Et c’est cela que j’ai voulu quitter.

Le réflexe patriotique : chercher une alternative française

Comme beaucoup, je me suis tourné vers les solutions françaises. Par réflexe citoyen. Par attachement à la souveraineté numérique. Par envie de soutenir un service national.

Et là, j’ai découvert un paysage… décevant.

Laposte.net : un service public figé dans le passé

Laposte.net rassure sur le papier : service public, serveurs en France, gratuit, reconnu par l’administration. Mais la réalité est moins flatteuse.

Interface vieillissante, lente, datée. Antispam irrégulier, parfois trop permissif, parfois trop agressif. Stockage limité à 5 Go, dérisoire en 2026. Aucun cloud, aucune suite moderne. Synchronisation IMAP capricieuse. Et surtout : aucune évolution majeure depuis des années.

Laposte.net fonctionne, oui. Mais c’est un service figé dans les années 2010, incapable de rivaliser avec les standards modernes.

Mailo : une belle idée plombée par un antispam trop agressif

Mailo se veut souverain, indépendant, respectueux de la vie privée. Sur le papier, c’est séduisant. Dans la pratique, c’est autre chose.

L’antispam est trop strict. Certains mails légitimes sont bloqués. Les notifications administratives arrivent en retard. Et surtout : le service pousse clairement vers les abonnements payants pour “améliorer la délivrabilité”.

Un mail souverain ne devrait pas forcer l’utilisateur à payer pour que ses messages arrivent correctement.

Mailo n’est pas mauvais. Mais il n’est pas fiable pour l’administratif, ni pour les services nécessitant une réception instantanée.

Le contraste est violent : souveraineté vs exploitation
 

Service

Modèle économique

Publicité

Analyse IA

Stockage
Gratuit

Thunderbird

Souveraineté

Yahoo

Publicité

Oui

Oui

 1 To

Moyenne

Faible (USA)

Gmail

Publicité + données

Oui

Oui

15 Go

Excellente

Faible (USA)

Laposte.net

Public gratuit

Non

Non

5 Go

Faible

Moyenne

Mailo

Freemium

Non

Non

1 Go

Moyenne

Bonne

Proton Mail

Abonnements

Non

Non

1 Go

Bridge

Excellente

Infomaniak

Freemium éthique Abonnements éthiques

Non

Non

20 Go

Excellente

Excellente

La souveraineté n’est pas un concept abstrait : c’est un impératif vital

On présente souvent la souveraineté numérique comme une idée vague, presque philosophique. Une préoccupation de spécialistes. Mais la réalité récente a montré que c’est une question concrète, urgente, politique, et parfois même judiciaire.

Lorsque le président de la Cour Pénale Internationale a émis un mandat d’arrêt visant un chef d’État étranger, son adresse professionnelle hébergée chez Microsoft a été suspendue. Quelques jours plus tard, sa carte bancaire a été bloquée.

Pas par décision d’un juge. Pas par une autorité indépendante. Mais par des entreprises privées américaines, appliquant leur propre interprétation du Patriot Act, une loi qui oblige les sociétés américaines à coopérer avec les autorités de leur pays — même lorsque cela concerne des institutions étrangères.

Ce rappel brutal montre que :

  • toute donnée hébergée aux États‑Unis
  • ou par une entreprise américaine

peut être bloquée, saisie ou rendue inaccessible du jour au lendemain.

Mails. Fichiers cloud. Contacts. Agenda. Identité numérique.

La souveraineté n’est pas un luxe. C’est la garantie que vos données ne dépendent pas d’une législation étrangère.

La solution venue de Suisse : Infomaniak et Proton Mail

Ironie de l’histoire : ce sont nos voisins suisses qui proposent les services les plus respectueux du RGPD, les plus modernes, et les plus fiables.

Infomaniak Mail : un freemium éthique

Pour l’adresse @ik.me, la version gratuite offre :

  • 20 Go de stockage mail
  • 10 alias gratuits
  • aucune publicité
  • aucun tracking
  • aucun profilage
  • un antispam performant
  • des serveurs en Suisse
  • une compatibilité parfaite Thunderbird
  • aucun bridage IMAP
  • aucune fonction essentielle réservée au payant

La version gratuite est totalement utilisable comme adresse principale.

Proton Mail

Proton Mail propose un chiffrement total et une confidentialité maximale, mais n’est pas compatible Thunderbird dans sa version gratuite.

Le logiciel de mail Thunderbird : un logiciel libre… mais pas réservé aux “geeks”

On entend encore trop souvent que Thunderbird serait un outil “pour Linux”, réservé aux technophiles. C’est totalement faux.

Thunderbird est un logiciel libre complet, recommandé par l’État français, utilisé par les administrations, les collectivités, les associations… et il est disponible en version native pour les trois systèmes grand public :

  • Windows
  • macOS
  • Linux

Autrement dit : tout le monde peut l’utiliser, sans changer d’ordinateur, sans installer Linux, sans compétence technique particulière.

Configuration automatique

Il suffit d’entrer votre adresse mail et votre mot de passe : Thunderbird détecte les serveurs, les ports, les protocoles, et configure tout en quelques secondes. Pas besoin de connaître l’IMAP, le SMTP, les ports sécurisés ou les certificats : tout se fait seul.

Une sécurité supplémentaire : un mot de passe spécifique pour chaque appareil

Infomaniak applique une mesure de sécurité que peu de services gratuits proposent : chaque fois que vous configurez un logiciel mail sur un nouvel appareil — Thunderbird sur ordinateur, une application Android, une tablette, un autre PC — le gestionnaire web génère un mot de passe spécifique pour cet appareil.

C’est un peu contraignant, oui. Mais c’est surtout une protection supplémentaire majeure.

Si un mot de passe est compromis, les autres restent protégés. Si un téléphone est perdu ou volé, on peut révoquer uniquement le mot de passe de cet appareil.

C’est une approche suisse : sécurité d’abord, confort ensuite — mais sans jamais sacrifier la simplicité.

Un client mail local, c’est une autre dimension de rapidité

Avec Thunderbird, vos mails sont stockés sur votre ordinateur, pas dans un onglet de navigateur. Cela change tout.

Un webmail reste limité par :

  • la vitesse du navigateur
  • les scripts
  • les lenteurs du réseau
  • les serveurs distants

Avec Thunderbird, tout est déjà chez vous :

  • dossiers instantanés
  • recherches immédiates
  • pièces jointes sans attente
  • archives consultables hors‑ligne

C’est une expérience plus rapide, plus fluide, plus fiable, plus souveraine.

Le chiffrement OpenPGP : protéger ses mails n’est plus une option

On pense souvent que le chiffrement serait réservé aux informaticiens, aux journalistes d’investigation ou aux militants politiques. C’était peut‑être vrai il y a dix ans. Ce n’est plus vrai aujourd’hui.

Pourquoi ?

Parce que les pirates ne sont plus des spécialistes. L’intelligence artificielle a transformé la cybercriminalité en industrie.

Autrefois, pirater un mail demandait :

  • des compétences techniques,

  • des outils spécialisés,

  • du temps,

  • une vraie expertise.

Aujourd’hui, l’IA permet à n’importe qui de lancer des attaques sophistiquées :

  • faux mails administratifs générés automatiquement,

  • imitations parfaites de style d’écriture,

  • scans massifs d’adresses,

  • tentatives d’accès automatisées,

  • hameçonnage ciblé produit par IA,

  • scripts capables de contourner des protections basiques.

Les attaques ne sont plus artisanales. Elles sont industrielles, automatisées, multipliées par l’IA.

Dans ce contexte, le chiffrement OpenPGP intégré à Thunderbird devient une nécessité, même pour les particuliers, les indépendants, les artisans, les petites entreprises, les associations.

Comment fonctionne OpenPGP ? Une explication simple

Thunderbird intègre nativement OpenPGP, un système de chiffrement de bout en bout. Le principe est très simple à comprendre :

  • Vous possédez une clé privée : c’est votre clé personnelle, secrète, qui reste sur votre ordinateur.

  • Vous diffusez votre clé publique : c’est l’équivalent d’un cadenas ouvert que vous donnez à vos contacts.

Quand quelqu’un veut vous écrire en sécurisé :

  • il verrouille son message avec votre clé publique (votre cadenas ouvert),

  • vous seul pouvez l’ouvrir grâce à votre clé privée, qui ne quitte jamais votre machine.

L’inverse fonctionne de la même manière : pour écrire à quelqu’un en chiffré, vous utilisez sa clé publique.

Résultat :

  • même intercepté, le message est illisible,

  • même si un serveur est compromis, le contenu reste protégé,

  • même sur un Wi‑Fi espionné, le message reste inaccessible,

  • ni un pirate,

  • ni un fournisseur mail,

  • ni un État étranger,

  • ni même Infomaniak ne peut lire le contenu.

C’est cela, le chiffrement de bout en bout : une protection mathématique, pas une promesse commerciale.

Thunderbird rend le chiffrement simple

Pendant longtemps, OpenPGP était compliqué : il fallait installer Enigmail, Gpg4win, gérer des fichiers de clés, comprendre des concepts obscurs.

Aujourd’hui, tout cela est terminé.

Thunderbird permet :

  • de créer une clé,

  • de l’envoyer à un contact,

  • d’importer la sienne,

  • de signer un message,

  • de chiffrer un mail,

  • de vérifier une signature

en quelques clics, sans installation supplémentaire.

C’est la combinaison parfaite :

  • un service souverain (Infomaniak),

  • un logiciel souverain (Thunderbird),

  • un chiffrement souverain (OpenPGP).

Une architecture simple, robuste, interopérable, et surtout accessible à tous.

La renaissance numérique : organiser son usage des mails avec les alias.

Infomaniak permet jusqu’à dix alias gratuits par adresse @ik.me. Dix identités numériques propres, séparées, supprimables à volonté, qui redirigent toutes vers votre boîte principale. Dix portes d’entrée distinctes, dix boucliers contre les fuites de données, les reventes d’adresses et le spam.

Chacun pourra s’organiser comme il le souhaite. Voici un exemple d’implémentation possible :

  • un alias pour les achats
  • un pour les plateformes
  • un pour les newsletters
  • un pour les voyages
  • un pour les services techniques
  • un pour les forums
  • un pour les marketplaces
  • un pour l’administratif
  • un pour les usages sensibles
  • un pour les inscriptions douteuses (concours en ligne, par exemple)

Si un site revend votre adresse, il suffit de supprimer l’alias et d’en recréer un autre. Votre identité principale reste intacte et peut être réservée aux organismes officiels ou aux contacts de confiance.

Conclusion : reprendre le contrôle

Quitter Yahoo, ce n’est pas seulement fuir la pub. C’est refuser un système où vos données peuvent être analysées, revendues, ou même bloquées par une législation étrangère.

Laposte.net est figée dans le passé. Mailo filtre trop et pousse vers le payant. Yahoo et Gmail exploitent vos données.

Infomaniak, lui, offre un service moderne, souverain, respectueux du RGPD, compatible Thunderbird, sans publicité, sans surveillance, et avec une gestion des alias qui redonne enfin le contrôle à l’utilisateur.



14 réactions


  • SABRAN 17 juin 13:11

    ARTICLE RECTIFICATIF — “Mise au point sur les alias @ik.me et clarification de ma stratégie mail” Dans ce précédent article, j’indiquais qu’Infomaniak permettait encore la création d’alias gratuits pour les adresses @ik.me. Après vérification, cette information n’est plus exacte : les alias classiques ont été supprimés dans la version gratuite. L’interface entretient d’ailleurs la confusion, car le bouton “Ajouter un alias” apparaît encore, mais la création est désormais bloquée.

    Je rectifie donc cette information afin que chacun dispose d’une vision précise de la situation.

    Cette mise à jour m’a conduit à revoir ma stratégie mail. Et finalement, cela m’a permis de construire un système plus simple, plus cohérent, et surtout plus robuste.

    1. Les alias +tag : la solution qui remplace les anciens alias Même si les alias classiques ont disparu, Infomaniak accepte toujours les adresses de type :

    [email protected]

    [email protected]

    [email protected]

    Ces adresses arrivent toutes dans la même boîte, mais permettent :

    de filtrer automatiquement,

    de cloisonner les usages,

    d’identifier l’origine d’un mail,

    de remplacer totalement les anciens alias.

    Ces alias +tag sont illimités, compatibles IMAP, et fonctionnent parfaitement dans Thunderbird. Pour l’administratif, c’est même plus souple que les alias classiques.

    2. Pourquoi @ik.me reste supérieur à Google pour l’administratif Pour tout ce qui touche :

    aux impôts,

    à la santé,

    à la banque,

    aux documents officiels,

    à l’identité numérique,

    à la confidentialité,

    à la souveraineté des données,

    Infomaniak est meilleur que Google.

    Raisons :

    hébergement en Suisse, hors Patriot Act,

    protection des données plus stricte que le RGPD,

    aucune exploitation commerciale,

    aucune analyse publicitaire,

    infrastructure stable et durable.

    Pour les données sensibles, @ik.me est le bon choix.

    3. Pourquoi j’utilise Gmail pour les achats — sans subir la publicité Pour les achats, newsletters et inscriptions marchandes, les enjeux ne sont pas les mêmes. Le RGPD n’a pas d’impact réel dans ce contexte, et toutes mes factures sont archivées localement.

    Gmail offre :

    une fiabilité exemplaire,

    une compatibilité parfaite avec Thunderbird,

    des alias +tag illimités.

    Et point important : en utilisant Gmail dans Thunderbird, je ne vois aucune publicité. Je profite donc de la stabilité du service sans subir l’écosystème Google.

    C’est l’outil idéal pour séparer les usages commerciaux du reste.

    4. Ma stratégie mail, désormais simple et durable Administratif → @ik.me +tags (sécurisé, souverain, RGPD, Suisse)

    Achats / newsletters → Gmail +tags (pratique, fiable, illimité, sans publicité dans Thunderbird)

    Archives → stockage local (indépendance totale)

    Cette organisation est claire, cloisonnée, et pérenne.

    Conclusion Les alias classiques @ik.me ont disparu, mais les alias +tag les remplacent avantageusement. Et en séparant strictement administratif et achats, j’ai renforcé la sécurité, la lisibilité et la fiabilité de mon organisation numérique — tout en restant totalement insensible à la publicité de Google grâce à Thunderbird.


  • pemile pemile 17 juin 14:05

    «  Avec Thunderbird, vos mails sont stockés sur votre ordinateur »

    Que si on utilise le protocole POP.

    Et dans ce cas, pourquoi insister sur les capacités en gigas des solutions webmail ?


    • Eric F Eric F 17 juin 18:13

      @pemile

      Vous qui pouvez être parfois de bon conseil dans ce domaine, quel est votre opinion sur le fond concernant les outils recommandés par l’auteur ?


    • pemile pemile 17 juin 18:52

      @Eric F

      Quitter définitivement Google pour Infomaniak, aucun doute, mais ils viennent de greffer une IA (souveraine) à leur service mail smiley


    • SABRAN 18 juin 10:16

      @Eric F

      À la question : “Quel est votre opinion sur les outils recommandés par l’auteur ?”, ma réponse est simple : je n’en recommande qu’un seul, et ce n’est pas un hasard : je parle de Thunderbird.

      Je précise que la question ne m’était pas adressée, et que la réponse donnée évoquait Infomaniak — qui est un fournisseur de messagerie, pas un outil en soi — alors que je parlais de l’outil Thunderbird. Je me permets donc d’apporter ma propre réponse, afin d’éviter toute confusion.

      Thunderbird n’est pas un produit commercial, ni un gadget à la mode. C’est un logiciel client mail open source, développé par MZLA Technologies, une filiale de la Fondation Mozilla. Et Mozilla, ce n’est pas une entreprise comme les autres : c’est une organisation à but non lucratif, dont la mission est de défendre un internet ouvert, neutre, respectueux de la vie privée. Son financement repose principalement sur :

      • les partenariats (notamment avec les moteurs de recherche),

      • les dons des utilisateurs,

      • et les activités de ses filiales, dont Thunderbird fait partie.

      Mozilla ne vend pas vos données, ne vous profile pas, ne vous enferme pas dans un écosystème. Son objectif est presque militant : redonner du contrôle aux utilisateurs.

      Thunderbird s’inscrit exactement dans cette philosophie. Open source signifie deux choses très simples pour un non informaticien : – le logiciel est gratuit – son fonctionnement est transparent, car son code est public et vérifiable par n’importe quel expert.

      Pas de publicité, pas de collecte de données, pas de dépendance à un géant du numérique. Et surtout : une compatibilité totale avec tous les fournisseurs de messagerie, sur Windows, macOS et Linux.

      Une Jeep face à une berline

      Je l’ai découvert moi même récemment. Comme beaucoup, j’étais enfermé dans les webmails sans vraiment m’en rendre compte. Et ma première impression a été limpide : Thunderbird, c’est une Jeep. Une interface un peu rustique, un tableau de bord sans fioritures… mais un moteur et un châssis d’une fiabilité remarquable.

      Outlook, c’est une berline premium. Confortable, intégrée, bardée d’options… mais lourde, dépendante de tout l’écosystème Microsoft, et parfois capricieuse.

      Avec Thunderbird, on a un outil brut, solide, indépendant, qui fait exactement ce qu’on lui demande. Sans publicité. Sans collecte de données. Sans verrouillage.

      Un logiciel discret, mais loin d’être marginal

      Thunderbird ne publie pas de chiffres d’utilisateurs — par principe : il ne collecte rien. Les seules données disponibles sont les installations actives, mesurées via la télémétrie Glean.

      Elles indiquent entre 20 et 30 millions d’utilisateurs dans le monde. (Source : statistiques officielles Thunderbird)

      Les études de marché confirment sa présence : en Europe, sa part de marché tourne autour de 1,87 %. Cela peut sembler modeste, mais il faut comprendre le contexte :

      • le marché est dominé par Apple Mail et Outlook, deux logiciels préinstallés ou massivement déployés en entreprise • et par Gmail, qui représente environ 30 % du marché mondial, alors même qu’il ne propose qu’un webmail et une application mobile, pas de logiciel complet

      Dans ce paysage saturé par les géants, Thunderbird fait figure d’exception : l’un des derniers logiciels client mail réellement indépendants.

      Et 1,87 % de parts de marché, appliqué à des centaines de millions d’utilisateurs, cela représente plusieurs millions de personnes qui continuent de choisir un outil libre, transparent et non intrusif.

      Conclusion

      Thunderbird n’est pas seulement un logiciel : c’est un choix de société. Un choix pour la transparence, pour l’indépendance, pour la maîtrise de ses données. Un choix qui s’inscrit dans la mission de la Fondation Mozilla : défendre un internet qui ne soit pas entièrement absorbé par les géants du numérique.

      Ce n’est pas le plus beau, ni le plus “tendance”. Mais comme une Jeep, il passe partout, il ne vous lâche pas, et il ne vous espionne pas.

      C’est pour cela que je le recommande.


    • pemile pemile 18 juin 10:43

      @SABRAN « Thunderbird n’est pas seulement un logiciel : c’est un choix de société. »

      C’est un des clients libres, mais le plus important reste l’hébergeur de la boite mail, non ?


    • SABRAN 18 juin 13:14

      @pemile

      Vous avez tout à fait raison, voici les critères essentiels pour choisir un hébergeur mail :

      1) Absence de publicité Un service mail gratuit financé par la pub implique souvent : – analyse automatique du contenu – tracking – affichage intrusif – baisse de performance

      Un bon service mail ne doit pas afficher de publicité.

      2) Respect du RGPD Critère majeur pour moi. Un hébergeur RGPD doit : – héberger les données en Europe – ne pas revendre les données – ne pas profiler l’utilisateur – permettre l’export et la suppression des données

      C’est le critère qui élimine d’emblée Gmail, Outlook.com, Yahoo.

      3) Bonne reconnaissance par les sites marchands et officiels

      Très important :

      – certains services européens sont mal reconnus par Amazon, Vinted, banques, services publics

      – les mails d’inscription ou de validation peuvent être bloqués Un bon hébergeur doit être bien “réputé” sur Internet.

      4) Antispam efficace et bien configuré Un bon antispam doit :

      – bloquer les spams

      – ne pas bloquer les mails légitimes

      – permettre des règles personnalisées

      – éviter les faux positifs

      C’est un critère souvent sous estimé.

      5) Souveraineté numérique

      Pour moi, c’est un critère clé. Cela implique :

      – hébergement en Europe

      – entreprise européenne

      – pas de dépendance aux GAFAM

      – pas de transfert hors UE

      Infomaniak, Mailo, Posteo, Mailfence entrent dans cette catégorie.

      6) Compatibilité avec les logiciels clients

      Un bon hébergeur doit fonctionner parfaitement avec :

      – Thunderbird – Outlook – Apple Mail – Android / iOS

      Certains services gratuits limitent l’IMAP ou le POP.

      7) Stabilité et disponibilité

      Un bon service doit garantir :

      – disponibilité > 99,9 %

      – serveurs redondants

      – infrastructure fiable

      Les petits hébergeurs amateurs sont à éviter.

      8) Transparence et politique de confidentialité claire

      Un bon hébergeur doit expliquer :

      – ce qu’il collecte

      – ce qu’il ne collecte pas

      – comment il chiffre les données

      – comment il gère les logs

      Beaucoup de services gratuits sont opaques.

      9) Chiffrement et sécurité

      Critères importants :

      – TLS obligatoire

      – support de PGP / OpenPGP

      – authentification forte

      – protection contre les attaques

      Posteo, Proton, Mailfence et infomaniak excellent ici.

      10) Durabilité de l’entreprise

      Un service mail doit être pérenne. Critères :

      – ancienneté

      – modèle économique viable

      – réputation

      – base d’utilisateurs solide

      Beaucoup de petits services disparaissent.

      11) Support technique réactif

      Critère souvent oublié :

      – temps de réponse

      – qualité des réponses

      – disponibilité en français

      Infomaniak est excellent sur ce point.

      12) Prix et modèle économique Un service payant est souvent plus sain, mais un modèle freemium peut l’être tout autant, dès lors que l’offre gratuite est honnête et que le financement repose clairement sur les abonnements — ce qui garantit la durabilité du service.

      C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai finalement opté pour une solution hybride :

      – Gmail pour les achats en ligne, où le RGPD n’est pas un enjeu majeur et où la publicité est efficacement bloquée par Thunderbird ;

      – Infomaniak pour tout ce qui concerne les services officiels et personnels (retraite, Ameli, impôts, banques, assurances), où la souveraineté, la confidentialité et la fiabilité sont essentielles.


    • pemile pemile 18 juin 13:23

      @SABRAN « support de PGP / OpenPGP »

      Ça ne concerne pas l’hébergeur mais le logiciel client !


    • pemile pemile 18 juin 13:24

      @SABRAN « C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai finalement opté pour une solution hybride : Gmail pour les achats en ligne »

      Why ??!!

      Pour aider les services du pub ?


    • SABRAN 18 juin 16:06

      @pemile

      Autant pour moi, Oui vous avez raison :

      La bonne formulation aurait du être : « compatibilité avec les logiciels supportant PGP (c’est-à-dire : ne pas bloquer les mails chiffrés) »


    • SABRAN 18 juin 16:22

      @pemile

      Autant pour moi, vous avez raison, la formulation correcte dans une liste de critères d’hébergeur aurait du être :

      Compatibilité avec les logiciels supportant le PGP (c’est-à-dire : ne pas bloquer les mails chiffrés)


    • pemile pemile 18 juin 16:32

      @SABRAN « les mails chiffrés »

      La plus grande utilité de PGP pour les mails, c’est surtout la signature électronique !


  • SABRAN 18 juin 09:10

    La question : « Même si vous utilisez Thunderbird en IMAP, vos mails sont bien stockés sur votre ordinateur. Que si on utilise le protocole POP. Et dans ce cas, pourquoi insister sur les capacités en gigas des solutions webmail ? »

    Réponse :

    Un webmail n’est qu’une interface pour accéder à votre boîte mail. Ce qui détermine la capacité en gigas, ce n’est pas le webmail lui même, mais le service de messagerie (gratuit ou payant) qui fournit l’espace de stockage sur le serveur.

    Beaucoup de gens pensent que seul le protocole POP “télécharge” les messages. En réalité, IMAP télécharge aussi les mails, tout en conservant une copie sur le serveur. Contrairement à POP, IMAP n’est pas une “relève de boîte” : il synchronise vos appareils (ordinateur personnel, ordinateur de travail, tablette, smartphone…) et permet de consulter vos messages hors ligne.

    Pourquoi parler alors de la capacité en gigas du webmail ? Parce qu’en IMAP, le serveur reste la source principale. Si votre boîte est pleine, vous ne recevez plus de messages, même si Thunderbird ou Outlook en gardent une copie locale.

    L’avantage d’un logiciel de messagerie, c’est qu’il crée une double sécurité : une copie sur chacun de vos appareils, en plus de la copie native sur le serveur.

    En cas de panne, de changement d’ordinateur ou même d’attaque informatique (ransomware), vous pouvez récupérer vos mails soit depuis votre sauvegarde locale, soit depuis le serveur.

    À l’inverse, POP, un protocole conçu dans les années 80, supprime souvent les messages du serveur et ne synchronise pas les dossiers. C’est pour cela qu’il est de moins en moins utilisé, et que l’IMAP est devenu la configuration par défaut.

    IMAP + logiciel de messagerie = simplicité, sécurité et sauvegarde automatique.


    • pasglop 18 juin 10:51

      @SABRAN

      Thunderbird permet aussi en POP de gérer la durée de conservation des messages sur le serveur pour tous les comptes, ou non.

      De 7 jours par défaut à plusieurs mois voire plus. Je trouve que POP à l’avantage de contraindre l’utilisateur à une gestion plus rigoureuse, mais c’est sûrement la conséquence d’une vieille habitude devenue routine.


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