Pourquoi j’ai quitté Yahoo : surveillance ordinaire, illusions françaises et renaissance numérique venue de Suisse
Je ne sais pas si j’ai le droit de “préconiser” une solution, même gratuite, sur Agoravox. Ce n’est pas mon intention. Ce que je veux partager ici, ce sont des dizaines d’heures d’investigation, de tests, d’essais, de comparaisons, de configurations, de migrations, de lectures techniques et juridiques. J’ai cherché une alternative fiable, souveraine, respectueuse de la vie privée, compatible avec un logiciel libre, et capable de remplacer une adresse Yahoo devenue inutilisable. Ce qui suit n’est pas une publicité : c’est le résultat d’un travail personnel, méthodique, parfois fastidieux, qui m’a conduit à une conclusion que je n’attendais pas moi‑même. Je la partage ici parce que je pense qu’elle peut être utile à d’autres.
Pendant plus de quinze ans, j’ai utilisé la même adresse Yahoo. Une adresse historique, presque affective, que je traînais comme un vieux bagage numérique. Et puis, lentement, elle s’est transformée en ce que beaucoup connaissent : un dépotoir numérique. Une boîte saturée de publicités, de spams, de notifications commerciales, de messages indésirables. Une boîte qui ne m’appartenait plus vraiment.
Ce n’est pas un accident. C’est le résultat d’un modèle économique où l’utilisateur n’est pas un client, mais une ressource à exploiter. Une matière première. Une donnée.
Yahoo et Google : la surveillance comme modèle économique
Yahoo et Google ne sont pas des services mail. Ce sont des machines publicitaires. Leur objectif n’est pas de vous offrir un bon service, mais de vous profiler, de vous suivre, de vous analyser, et de vendre votre attention au plus offrant.
Chaque recherche, chaque clic, chaque site visité est enregistré. Chaque déplacement sur mobile est tracé. Chaque interaction est analysée. Et vos mails ne sont pas épargnés : ils sont passés au crible par des algorithmes qui détectent vos achats, vos voyages, vos abonnements, vos habitudes.
Google combine vos mails, vos recherches, vos déplacements, vos vidéos YouTube, vos sites visités, vos applications. Résultat : un profil comportemental plus précis que ce que votre entourage sait de vous. Yahoo fait la même chose, avec moins de moyens, mais la même logique.
C’est cela, le cœur du problème. Et c’est cela que j’ai voulu quitter.
Le réflexe patriotique : chercher une alternative française
Comme beaucoup, je me suis tourné vers les solutions françaises. Par réflexe citoyen. Par attachement à la souveraineté numérique. Par envie de soutenir un service national.
Et là, j’ai découvert un paysage… décevant.
Laposte.net : un service public figé dans le passé
Laposte.net rassure sur le papier : service public, serveurs en France, gratuit, reconnu par l’administration. Mais la réalité est moins flatteuse.
Interface vieillissante, lente, datée. Antispam irrégulier, parfois trop permissif, parfois trop agressif. Stockage limité à 5 Go, dérisoire en 2026. Aucun cloud, aucune suite moderne. Synchronisation IMAP capricieuse. Et surtout : aucune évolution majeure depuis des années.
Laposte.net fonctionne, oui. Mais c’est un service figé dans les années 2010, incapable de rivaliser avec les standards modernes.
Mailo : une belle idée plombée par un antispam trop agressif
Mailo se veut souverain, indépendant, respectueux de la vie privée. Sur le papier, c’est séduisant. Dans la pratique, c’est autre chose.
L’antispam est trop strict. Certains mails légitimes sont bloqués. Les notifications administratives arrivent en retard. Et surtout : le service pousse clairement vers les abonnements payants pour “améliorer la délivrabilité”.
Un mail souverain ne devrait pas forcer l’utilisateur à payer pour que ses messages arrivent correctement.
Mailo n’est pas mauvais. Mais il n’est pas fiable pour l’administratif, ni pour les services nécessitant une réception instantanée.
Le contraste est violent : souveraineté vs exploitation
|
Service |
Modèle économique |
Publicité |
Analyse IA |
Stockage |
Thunderbird |
Souveraineté |
|
Yahoo |
Publicité |
Oui |
Oui |
1 To |
Moyenne |
Faible (USA) |
|
Gmail |
Publicité + données |
Oui |
Oui |
15 Go |
Excellente |
Faible (USA) |
|
Laposte.net |
Public gratuit |
Non |
Non |
5 Go |
Faible |
Moyenne |
|
Mailo |
Freemium |
Non |
Non |
1 Go |
Moyenne |
Bonne |
|
Proton Mail |
Abonnements |
Non |
Non |
1 Go |
Bridge |
Excellente |
|
Infomaniak |
Freemium éthique Abonnements éthiques |
Non |
Non |
20 Go |
Excellente |
Excellente |
La souveraineté n’est pas un concept abstrait : c’est un impératif vital
On présente souvent la souveraineté numérique comme une idée vague, presque philosophique. Une préoccupation de spécialistes. Mais la réalité récente a montré que c’est une question concrète, urgente, politique, et parfois même judiciaire.
Lorsque le président de la Cour Pénale Internationale a émis un mandat d’arrêt visant un chef d’État étranger, son adresse professionnelle hébergée chez Microsoft a été suspendue. Quelques jours plus tard, sa carte bancaire a été bloquée.
Pas par décision d’un juge. Pas par une autorité indépendante. Mais par des entreprises privées américaines, appliquant leur propre interprétation du Patriot Act, une loi qui oblige les sociétés américaines à coopérer avec les autorités de leur pays — même lorsque cela concerne des institutions étrangères.
Ce rappel brutal montre que :
- toute donnée hébergée aux États‑Unis
- ou par une entreprise américaine
peut être bloquée, saisie ou rendue inaccessible du jour au lendemain.
Mails. Fichiers cloud. Contacts. Agenda. Identité numérique.
La souveraineté n’est pas un luxe. C’est la garantie que vos données ne dépendent pas d’une législation étrangère.
La solution venue de Suisse : Infomaniak et Proton Mail
Ironie de l’histoire : ce sont nos voisins suisses qui proposent les services les plus respectueux du RGPD, les plus modernes, et les plus fiables.
Infomaniak Mail : un freemium éthique
Pour l’adresse @ik.me, la version gratuite offre :
- 20 Go de stockage mail
- 10 alias gratuits
- aucune publicité
- aucun tracking
- aucun profilage
- un antispam performant
- des serveurs en Suisse
- une compatibilité parfaite Thunderbird
- aucun bridage IMAP
- aucune fonction essentielle réservée au payant
La version gratuite est totalement utilisable comme adresse principale.
Proton Mail
Proton Mail propose un chiffrement total et une confidentialité maximale, mais n’est pas compatible Thunderbird dans sa version gratuite.
Le logiciel de mail Thunderbird : un logiciel libre… mais pas réservé aux “geeks”
On entend encore trop souvent que Thunderbird serait un outil “pour Linux”, réservé aux technophiles. C’est totalement faux.
Thunderbird est un logiciel libre complet, recommandé par l’État français, utilisé par les administrations, les collectivités, les associations… et il est disponible en version native pour les trois systèmes grand public :
- Windows
- macOS
- Linux
Autrement dit : tout le monde peut l’utiliser, sans changer d’ordinateur, sans installer Linux, sans compétence technique particulière.
Configuration automatique
Il suffit d’entrer votre adresse mail et votre mot de passe : Thunderbird détecte les serveurs, les ports, les protocoles, et configure tout en quelques secondes. Pas besoin de connaître l’IMAP, le SMTP, les ports sécurisés ou les certificats : tout se fait seul.
Une sécurité supplémentaire : un mot de passe spécifique pour chaque appareil
Infomaniak applique une mesure de sécurité que peu de services gratuits proposent : chaque fois que vous configurez un logiciel mail sur un nouvel appareil — Thunderbird sur ordinateur, une application Android, une tablette, un autre PC — le gestionnaire web génère un mot de passe spécifique pour cet appareil.
C’est un peu contraignant, oui. Mais c’est surtout une protection supplémentaire majeure.
Si un mot de passe est compromis, les autres restent protégés. Si un téléphone est perdu ou volé, on peut révoquer uniquement le mot de passe de cet appareil.
C’est une approche suisse : sécurité d’abord, confort ensuite — mais sans jamais sacrifier la simplicité.
Un client mail local, c’est une autre dimension de rapidité
Avec Thunderbird, vos mails sont stockés sur votre ordinateur, pas dans un onglet de navigateur. Cela change tout.
Un webmail reste limité par :
- la vitesse du navigateur
- les scripts
- les lenteurs du réseau
- les serveurs distants
Avec Thunderbird, tout est déjà chez vous :
- dossiers instantanés
- recherches immédiates
- pièces jointes sans attente
- archives consultables hors‑ligne
C’est une expérience plus rapide, plus fluide, plus fiable, plus souveraine.
Le chiffrement OpenPGP : protéger ses mails n’est plus une option
On pense souvent que le chiffrement serait réservé aux informaticiens, aux journalistes d’investigation ou aux militants politiques. C’était peut‑être vrai il y a dix ans. Ce n’est plus vrai aujourd’hui.
Pourquoi ?
Parce que les pirates ne sont plus des spécialistes. L’intelligence artificielle a transformé la cybercriminalité en industrie.
Autrefois, pirater un mail demandait :
-
des compétences techniques,
-
des outils spécialisés,
-
du temps,
-
une vraie expertise.
Aujourd’hui, l’IA permet à n’importe qui de lancer des attaques sophistiquées :
-
faux mails administratifs générés automatiquement,
-
imitations parfaites de style d’écriture,
-
scans massifs d’adresses,
-
tentatives d’accès automatisées,
-
hameçonnage ciblé produit par IA,
-
scripts capables de contourner des protections basiques.
Les attaques ne sont plus artisanales. Elles sont industrielles, automatisées, multipliées par l’IA.
Dans ce contexte, le chiffrement OpenPGP intégré à Thunderbird devient une nécessité, même pour les particuliers, les indépendants, les artisans, les petites entreprises, les associations.
Comment fonctionne OpenPGP ? Une explication simple
Thunderbird intègre nativement OpenPGP, un système de chiffrement de bout en bout. Le principe est très simple à comprendre :
-
Vous possédez une clé privée : c’est votre clé personnelle, secrète, qui reste sur votre ordinateur.
-
Vous diffusez votre clé publique : c’est l’équivalent d’un cadenas ouvert que vous donnez à vos contacts.
Quand quelqu’un veut vous écrire en sécurisé :
-
il verrouille son message avec votre clé publique (votre cadenas ouvert),
-
vous seul pouvez l’ouvrir grâce à votre clé privée, qui ne quitte jamais votre machine.
L’inverse fonctionne de la même manière : pour écrire à quelqu’un en chiffré, vous utilisez sa clé publique.
Résultat :
-
même intercepté, le message est illisible,
-
même si un serveur est compromis, le contenu reste protégé,
-
même sur un Wi‑Fi espionné, le message reste inaccessible,
-
ni un pirate,
-
ni un fournisseur mail,
-
ni un État étranger,
-
ni même Infomaniak ne peut lire le contenu.
C’est cela, le chiffrement de bout en bout : une protection mathématique, pas une promesse commerciale.
Thunderbird rend le chiffrement simple
Pendant longtemps, OpenPGP était compliqué : il fallait installer Enigmail, Gpg4win, gérer des fichiers de clés, comprendre des concepts obscurs.
Aujourd’hui, tout cela est terminé.
Thunderbird permet :
-
de créer une clé,
-
de l’envoyer à un contact,
-
d’importer la sienne,
-
de signer un message,
-
de chiffrer un mail,
-
de vérifier une signature
en quelques clics, sans installation supplémentaire.
C’est la combinaison parfaite :
-
un service souverain (Infomaniak),
-
un logiciel souverain (Thunderbird),
-
un chiffrement souverain (OpenPGP).
Une architecture simple, robuste, interopérable, et surtout accessible à tous.
La renaissance numérique : organiser son usage des mails avec les alias.
Infomaniak permet jusqu’à dix alias gratuits par adresse @ik.me. Dix identités numériques propres, séparées, supprimables à volonté, qui redirigent toutes vers votre boîte principale. Dix portes d’entrée distinctes, dix boucliers contre les fuites de données, les reventes d’adresses et le spam.
Chacun pourra s’organiser comme il le souhaite. Voici un exemple d’implémentation possible :
- un alias pour les achats
- un pour les plateformes
- un pour les newsletters
- un pour les voyages
- un pour les services techniques
- un pour les forums
- un pour les marketplaces
- un pour l’administratif
- un pour les usages sensibles
- un pour les inscriptions douteuses (concours en ligne, par exemple)
Si un site revend votre adresse, il suffit de supprimer l’alias et d’en recréer un autre. Votre identité principale reste intacte et peut être réservée aux organismes officiels ou aux contacts de confiance.
Conclusion : reprendre le contrôle
Quitter Yahoo, ce n’est pas seulement fuir la pub. C’est refuser un système où vos données peuvent être analysées, revendues, ou même bloquées par une législation étrangère.
Laposte.net est figée dans le passé. Mailo filtre trop et pousse vers le payant. Yahoo et Gmail exploitent vos données.
Infomaniak, lui, offre un service moderne, souverain, respectueux du RGPD, compatible Thunderbird, sans publicité, sans surveillance, et avec une gestion des alias qui redonne enfin le contrôle à l’utilisateur.


