Commentaire de argoul
sur De la bêtise
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L’intérêt d’Agoravox est de reprendre automatiqueùent des billets publiés sur blogs ; le désavantage de la formule est qu’elle n’assure pas de suivi. Le blog est un dialogue, pas un « bloc » figé de pensée. Je comprends les réactions épidermiques des premiers commentateurs mais, une fois de plus ils démontrent le défaut de l’époque : le superficiel, l’émotionnel, le groupisme, « ça dérange, donc c’est con ». Il est réconfortant de voir en revanche les commentaires plus mûrs des syndicalistes, ils « savent » qu’il y a un problème syndical en France et que les réactions « bêtes » sont sans doute une manifestation du blocage mental de la société tout entière sur le sujet. Voici le billet suivant du blog, non repris par Agoravox, qui poursuit le dialogue sur « la bêtise » :
Les notes précédentes, pamphlétaires, ont donné lieu à des réactions intéressantes, montrant que le débat est possible et que la politique reste une passion française qu’il serait dommage d’étouffer.
Mon propos concernait le fonctionnement d’une démocratie, l’inégalité créée par des statuts d’exemption, le syndicalisme français, le « libéralisme » et la confusion des mots, la manipulation, la hantise du changement, l’économie de marché. Revenons sur ces points.
1/ La démocratie : je crois au vote et au débat, pas aux cris et au cassage, pour se faire entendre. Ou alors, cela devient de la démagogie ; Mussolini comme Hitler sont parvenus au pouvoir de cette façon. Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour de l’élection présidentielle en 2002 pour les mêmes raisons. Ne jouons pas avec la démocratie.
2/ Les statuts d’exception (sans doute justifiés en leur temps), deviennent source de croissantes inégalités de conditions aujourd’hui. Le monopole des « avoués » et celui des « agents de change » ont bien été abolis parce qu’ils étaient devenus des freins. Celui des « ouvriers du Livre » est, pour une part (pas la seule, il ne s’agit pas de désigner un bouc émissaire commode), responsable de l’état lamentable de la presse quotidienne française - car pourquoi les Français liraient-ils moins les journaux que les pays voisins à modes de vie comparables ? Ces privilèges d’un autre temps, ces monopoles, ne sont pas justifiés aujourd’hui - ou alors, on en discute, avec des arguments. Pas plus les stocks options excessives des patrons d’ailleurs, ou certaines exemptions fiscales. Ces « domaines réservés » sont en contradiction avec un idéal de partage social et de fraternité républicaine auxquels je suis attaché, comme nombre de Français probablement. Un débat national et honnête s’impose, plutôt que la menace constante d’une guerre civile si on touche aux « privilèges ». C’est la méthode que je conteste, pas l’affrontement naturel des intérêts.
3/ Le syndicalisme est singulièrement faible en France par rapport aux pays voisins. Il importe de savoir pourquoi. Or, seule l’intermédiation des intérêts permet d’éviter les débordements de passions et d’aborder les problèmes en recherchant une solution pratique (c’est le rôle par ex. de l’avocat devant la justice). Je suis pour des syndicats puissants qui donnent les arguments de la base selon un rapport de force permettant de les écouter : que fait la CGT (par exemple, elle n’est pas la seule) pour attirer des salariés en son sein ? Pourquoi la CFDT (bien que faible) attire plus ? Ne serait-ce pas parce qu’elle est plus pragmatique, plus réaliste, plus en phase avec le concret des gens ? Je n’ai pas la réponse. En revanche, ma conviction est que la principale question est la faiblesse des syndicats français. Entrenue à quelles fins ? Voulue par qui ? Résultant de quelles causes ? Quand les syndicats représenteront enfin quelque chose, l’intelligence de la négociation aura des chances de l’emporter sur la « bêtise » politique.
4/ Oui, je suis libéral, mais avant tout politiquement libéral, dans la lignée des Lumières dont je crois que le socialisme moderne est la suite (voir la note sur Monique Canto-Sperber sur ce blog). Ce libéralisme-là (né en France, je vous le rappelle, avec Voltaire et Montesquieu, entre autres), place la politique avant l’économie, qui n’est qu’un outil de gestion (utile, mais à sa place). Je suis proche d’un Jacques Delors ou d’un Christian Blanc, si vous voulez. Ce n’est pas parce que j’écris des notes sur l’économie mondiale et sur le fonctionnement du capitalisme que j’accepte tout ce qui est. Mais avant de savoir quoi faire, il faut observer et analyser, à mon avis.
5/ Il me semble que coller des étiquettes personnelles ne fasse pas avancer le débat, sauf à user de cette « intimidation » violente dont les années staliniennes (et la CGT d’alors) ont donné de tristes exemples. La manipulation à des fins politiciennes n’en est jamais exclue, nous en revienons par là au fonctionnement d’une démocratie adulte vu plus haut. C’est contre cet « abêtissement » de la violence et contre les manipulations des récupérateurs politiques que je m’élève.
6/ Il faut regarder le monde tel qu’il devient, s’efforcer de réfléchir et de débattre pour s’y adapter avec pour objectif, toujours, le bien-être des hommes et l’intérêt général du pays. Ce n’est pas en se contentant de « défendre » des « zaquis-point-à-la-ligne » que l’on y parviendra. Regardez la sidérurgie des années 80 : tout le monde s’y est mis et les drames sociaux les plus criants ont été évités. Regardez Air France : en déficit permanent hier, l’emploi sans cesse menacé, aujourd’hui entreprise qui va bien. Regardez Renault, « vitrine sociale » durant 40 ans, puis en déficit abyssal dans les années 80, aujourd’hui modernisée, remotivée, dynamique à l’international. Posons-nous des questions : les protections sont utiles lorsqu’elles servent un objectif national (l’économie n’est qu’un outil d’un vouloir stratégique), est-ce que les exceptions d’hier sont encore justifiables ? Si oui, pas besoin de casser, il suffit de le montrer. Sinon, il faut aménager leur réforme, pas élever une digue à tout prix, qui sera balayée par la prochaine vague.
7/ Car, sauf à s’isoler comme Cuba ou la Corée du nord, je ne vois pas comment la France seule pourrait échapper à l’économie de marché, donc à ses règles du jeu. Qu’il faille les aménager à notre sauce, bien sûr, mais commençons tout de suite car à dire sans arrêt NON à tout ce qui change, on se résigne fatalement à subir ce que les autres nous font. La gauche a une responsabilité dans cette absence de maturité politique des citoyens. A ne pas vouloir répudier l’attitude radicale (changeons le monde, tout de suite), inepte pour qui aspire à gouverner, à ne pas expliquer pourquoi il convient d’agir avec les autres européens unis, dans une économie qui est ce qu’elle est, la gauche entretient l’illusion qu’il suffit d’une « révolution » de rue, comme en 1789, 1848 ou 1968, pour que le paradis advienne en France. Dangereuse attitude qui la déconsidère face aux citoyens adultes (qui savent bien que le pragmatisme est indispensable quand on n’est pas maître du monde) comme face aux naïfs (pour qui elle ne fait pas ce qu’elle promet et ne répond pas aux désirs du peuple).
Vous avez compris que je parle du système politique et médiatique français qui induit et encourage certains comportements particuliers, pas des hommes qui, un par un, sont sans doute parfaitement rationnels lorsqu’ils défendent leur intérêt particulier.
J’ajoute les résultats d’une étude Dialogue/TNS Sofres qui vient justement de sortir sur l’image des syndicats en France. Ses principales conclusions : « Aux yeux de l’opinion comme des salariés, les syndicats sont très attentifs à défendre les salariés du secteur public, ceux des grands groupes, et ceux qui ont un emploi stable. Ils sont en revanche jugés majoritairement peu attentifs à la défense des travailleurs précaires, des salariés des petites entreprises, des chômeurs, et encore moins des retraités. Ainsi les syndicats sont-ils aujourd’hui beaucoup plus perçus comme les défenseurs d’un « ghetto » de salariés déjà bien protégés, que comme un soutien à l’ensemble de la population laborieuse. »
